Cette table ronde vise à interroger la présence diffuse des populations autochtones et de leurs savoirs au sein du système éducatif et universitaire français.
Les échanges porteront notamment sur le développement – ou l’absence de politiques éducatives spécifiques dans les écoles des départements et territoires d’outre-mer, sur la formation des enseignants, sur l’expérience universitaire des étudiantes, étudiants et chercheurs autochtones, ainsi que sur les recherches produites autour de ces enjeux.
- Organisation : Silvia L. S. Macedo (UPEC)
Programme
- La médiation scientifique et critique comme résistance autochtone
Marie Thiann-Bo-Morel – Maîtresse de conférence, Université de la Réunion [en visioconférence]
En tant que sociologue de l'environnement et de la santé à l'Université de La Réunion, j’étudie les inégalités environnementales à La Réunion, mon péi. Mes travaux interrogent la manière dont les populations locales vivent, se représentent et résistent aux politiques publiques et à leurs effets sur l'environnement et la santé. Je croise justice environnementale critique et écologie décoloniale pour analyser les prédations environnementales et leurs logiques d'accaparement. Tout en étudiant les racismes environnementaux, je conceptualise, d'un point de vue autochtone, les résistances an misouk des « écologies populaires » comme des formes de révolte à bas bruit, révélatrices du souci environnemental des classes moyennes et populaires réunionnaises.
- Savoirs autochtones au sein des institutions éducatives en Guyane Française, état des lieux et perspectives
Liliane Appolinaire - Conseillère pédagogique Langues et Cultures Amérindiennes, Rectorat de Guyane Française [en visioconférence]
Conseillère pédagogique départementale en Langues et Cultures régionales, spécialisée dans les langues amérindiennes de Guyane, j’accompagne et présenterai le développement de dispositifs bilingues et la valorisation des langues et des savoirs autochtones dans l’école française.
Issue de la communauté autochtone kali’na, l’une des six communautés autochtones de Guyane, je pilote les dispositifs de langues maternelles, notamment les classes bilingues L1-français et le dispositif des ILM (intervenants en langue maternelle). Je contribue également à la conception de l’appareillage didactique nécessaire à leur mise en œuvre.
- L’existence de l'école au sein des communautés. Bilan de 70 ans d'école chez les Wayana en Guyane française
Aimawale Opoya - Chef coutumier, artiste et traducteur wayana
Cette présentation abordera différents aspects de l’école dans les villages autochtones de Guyane française, à partir de l’expérience des Wayana : difficultés de trouver des enseignantes et enseignants ainsi que les matériaux scolaires souvent en manque... ; parcours difficiles des étudiants pour poursuivre leur éducation en seconde degré... ; l'école et les tenants des savoirs traditionnels. On s’interrogera aussi sur comment procéder une véritable collaboration entre chercheurs et les tenants des savoirs traditionnels et, enfin, sur quelle procédure mettre en place pour ces derniers au sein de l'éducation nationale.
- Landguage Back: poétique d’une Reconquête Kalin’a Tɨlewuyu
Yuwey Henri - talãmelonin (poétesse, ora•autrice), onumingadoton (penseuse) et owomatodon (militante) de la nation Kalin'a Tɨlewuyu (peuple autochtone de « Guyane Française ») et franco-brésilienne
À travers mon expérience de l’école à l’université, mes recherches personnelles et plurielles, j'exposerai ma pensée-pratique nommée Landguage Back et les stratégies autochtones de Vie mises en place et construites autour de la transmission, la valorisation, l'adaptation et la réappropriation des savoirs, des histoires et des pouvoirs.
- Quand le dialogue des savoirs chante un autre monde
Umberto Cugola - Anthropologue et formateur spécialisé, IFRASS/Toulouse
À partir du conte traditionnel raconté par la doyenne W_a_ _S_a_l_a_w_é, lors du recueil du patrimoine horticole sur les pentes de la vallée de T_i_a_t_y_ _ , cette communication interroge les conditions de présence des savoirs kanak dans l’université. Ce conte n’est pas qu’un corpus de savoirs venus de mondes anciens qu’il s’agirait d’intégrer dans une logique de sauvegarde et de conservation. Si ces savoirs sont intelligibles en effet, c’est parce qu’ils sont vivants, qu’ils donnent à voir une manière d’habiter un territoire. Ils se comprennent dans un système de relations entre vivants et non-vivants évoluant avec des lieux, des mémoires, une histoire… un milieu. L’enjeu de leur transmission exige alors de reconnaître les configurations relationnelles à partir desquelles ils sont générés et sont actifs au sein de communautés humaines et non-humaines. Ce qui pourrait engager un dialogue fécond entre savoirs traditionnels et savoirs académiques jusqu’à nous rendre sensible au chant d’un autre monde.
- Les savoirs autochtones au prisme de "l'adaptation" : portée et limites de dispositifs dans le Pacifique insulaire
Marie Salaün – Professeure, Université Paris-Cité
Cette présentation reviendra sur l'histoire de la prise en compte des langues et cultures kanak et polynésiennes depuis les années 1970. Elle en rappellera les enjeux : politiques, pédagogiques, épistémologiques. Elle montrera comment, parce qu'elles sont pensées par l'institution sous le prisme d'une "adaptation", elles ne peuvent pour l'instant que marginalement contribuer à fonder une autre école.
Biographie des intervenants
- Marie Thiann-Bo-Morel (marie-eugenie.thiann-bo-morel@univ-reunion.fr)
Maîtresse de conférences à l’Université de la Réunion, en tant que sociologue de l'environnement et de la santé à l'Université de La Réunion, j'étudie les inégalités environnementales à La Réunion, mon péi. Mes travaux interrogent la manière dont les populations locales vivent, se représentent et résistent aux politiques publiques et à leurs effets sur l'environnement et la santé. Je croise justice environnementale critique et écologie décoloniale pour analyser les prédations environnementales et leurs logiques d'accaparement. Tout en étudiant les racismes environnementaux, je conceptualise, d'un point de vue autochtone, les résistances an misouk des «écologies populaires» comme des formes de révolte à bas bruit, révélatrices du souci environnemental des classes moyennes et populaires réunionnaises. Je participe et coordonne des programmes de recherche où la médiation scientifique est une façon de résister aux contraintes institutionnelles et scientifiques qui occultent la part des autochtones dans la conservation et la protection de la nature réunionnaise.
Dans mon mémoire biographique pour l'HDR (2025), je reviens sur les coûts et les effets du choix politique de rester sur l'île de La Réunion pour se former à (puis l'enseigner) une discipline quand cette dernière n'y est pas structurée. En parallèle de mon métier d'enseignante-chercheuse, j'évolue depuis une quinzaine d'années dans le monde associatif de l'éducation populaire («courant de pensée qui vise à promouvoir une éducation amenant une transformation sociale en dehors des institutions traditionnelles d’enseignement» (Céméa, s.d., Yakamédia, s.d.)). Depuis 2023, je suis présidente de l'association d'éducation populaire "Les Petits Débrouillards de La Réunion", pour faire de la médiation scientifique et critique un levier d'encapacitation des citoyen·nes et de transformation sociale. Lors de cette table ronde, j'aimerais revenir sur ce double parcours (universitaire et éduc-pop) et ses difficultés, en tant qu'universitaire autochtone.
- Liliane Appolinaire (Liliane.appolinaire1@ac-guyane.fr)
Conseillère pédagogique départementale en Langues et Cultures régionales, spécialisée dans les langues amérindiennes de Guyane, j’accompagne le développement de dispositifs bilingues et la valorisation des langues et des savoirs autochtones dans l’école française. Issue de la communauté autochtone kali’na, l’une des six communautés autochtones de Guyane, j’interviens sous l’égide d’un inspecteur de l’Éducation nationale. J’encadre et je pilote les dispositifs de langues maternelles, notamment les classes bilingues L1-français et le dispositif des ILM (intervenants en langue maternelle). Je contribue également à la conception de l’appareillage didactique nécessaire à leur mise en œuvre.
Nous avons publié en 2023, avec M. Didier MAUREL, alors inspecteur de l’Éducation nationale chargé des langues maternelles, un article intitulé « Trois esquisses de transposition didactique dans les classes bilingues kali ’na-français d’Awala-Yalimapo (Guyane) ». Revue de la persévérance et de la réussite scolaire chez les peuples premiers, vol. 5, p. 48-51. Je participe également au programme de recherche ILASOM (Inégalités éducatives : langues et accès aux savoirs dans les outre-mer). Dans ce cadre, j’ai publié en 2024 le témoignage « Intégrer les savoirs autochtones en classe » dans le numéro 24 de la revue Contextes et didactiques, consacré aux inégalités éducatives, aux langues et à l’accès aux savoirs dans les outre-mer.
- Aimawale Opoya (opoyaaimawale757@gmail.com)
Aimawale Opoya est chef coutumier du village wayana de Taluhwen en Guyane française. Il est artiste de maluwana (ou « ciel de case » un disque de bois orné de motifs zoomorphes), expert autochtone, traducteur wayana/français, auteur et performeur. Il a collaboré avec de nombreux anthropologues et artistes dont Jean Chapuis, Marie Fleury et Christophe Rulhes, participant à plusieurs campagnes d’archéologie et de cartographie participatives. Il a également été membre du projet Labex SAWA « Savoirs autochtones wayana-apalaï » (LESC-EREA, Musée du quai Branly). Il est président de l’association Ïtënkom Wayana-Apalai qui s’est donné pour mission la mise en place d’un label de certification pour protéger juridiquement l’art traditionnel wayana et apalai.
- Yuwey Henri (yuuwey@gmail.com)
Yuwey Henri est talãmelonin (poétesse, ora•autrice), onumingadoton (penseuse) et owomatodon (militante) de la nation Kalin'a Tɨlewuyu (peuple autochtone de « Guyane Française ») et franco-brésilienne. Elle est présidente
de Documents d'Artistes Caraibes et Amazonies (DDACA) qui vise à promouvoir et diffuser l'Art contemporain de ces territoires. Inspirée par la mission visionnaire et fondatrice menée par son père, le leader Paul Henri, pour les causes autochtones en « Guyane Française » dans les années 80, Yuwey s'engage dans la lutte pour l'avenir Kalin'a.
- Umberto Cugola (ucugola@gmail.com)
Anthropologue et éducateur spécialisé. Formateur à l’IFRASS-Toulouse et membre du comité éditorial du Journal de la Société des Océanistes. Auteur d’une thèse de doctorat soutenue en 2009 à travers laquelle je m’intéresse à la question du développement sur les terres coutumières des tribus kanak en Kanaky Nouvelle-Calédonie. Ce travail prendra la forme d’une recherche-action et impliquera des jeunes de ma tribu à La Conception, proche de Nouméa. Ce travail avec la jeunesse se poursuivra dans le champ du travail social et de l’éducation spécialisée.
- Marie Salaün (Marie.salaun@u-paris.fr)
Professeure d'anthropologie sociale à l'Université Paris Cité, je travaille depuis une trentaine d'années sur la question de la décolonisation dans le Pacifique, en scrutant deux institutions : l'école et la prison.
Parmi ses publications: Salaün, M., 2013, Décoloniser l’école? Hawai’i, Nouvelle-Calédonie. Expériences contemporaines, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, collection Essais, 304 p.; Salaün, M., 2014, Adapter l’école… ou en finir avec l’Outre-mer ? Diversité, 178.; Salaün, M., Le Plain, E., 2018, L'école ambiguë : histoires de familles à Tahiti, Paris : L'Harmattan. ; Salaün, M. (coord.), 2019, Figures de l’autochtonie. Cargo, Revue d’anthropologie sociale et culturelle, 9.
- Silvia Lopes da Silva Macedo (silvia.lopes-da-silva-macedo@u-pec.fr)
Maîtresse de conférences en anthropologie de l’éducation à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (INSPE) de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), je suis membre du laboratoire CIRCEFT-ESCOL. Docteure en anthropologie et ethnologie de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris), mes recherches portent sur les processus d’éducation et de scolarisation au sein des populations amérindiennes amazoniennes.
Ma thèse a porté sur les processus d’appropriation de l’école et de l’écriture par les populations amérindiennes wayãpi au Brésil et en Guyane française. Je poursuis actuellement mes recherches autour de trois axes principaux : la circulation des élèves entre les villes d’Oiapoque, au Brésil, et de Saint-Georges-de-l’Oyapock, en Guyane française ; les représentations et les pratiques du plurilinguisme chez les enseignants du premier degré en Guyane française ; et les processus d’institutionnalisation des savoirs autochtones au sein des institutions scolaires.
- Lieu : Salon de lecture Jacques Kerchache
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Dates :
Le mercredi 21 octobre 2026 de 14:30 à 17:30 - Public : Chercheur, étudiant, Enseignant, animateur, Tous publics
- Categorie : Les RDV du salon de lecture Jacques Kerchache
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Gratuit (dans la limite des places disponibles)