Playlist "Africa Fashion"

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En écho à l'exposition Africa Fashion, cette playlist explore les liens étroits entre musique et mode en Afrique et dans sa diaspora depuis les années 1960 à aujourd’hui. Chaque morceau illustre comment artistes et créateurs utilisent le vêtement pour affirmer identité, statut et style. De la SAPE congolaise au Met Gala new-yorkais, en passant par le rap ivoirien et l’afrobeats nigérian, la mode devient langage et outil d’expression sociale.

Avec Mon mari est capable, composé en 1969, Tabu Ley Rochereau, figure fondatrice de la rumba congolaise et icône majeure de la musique africaine moderne, met en lumière les liens étroits entre musique populaire, langage vestimentaire et représentation sociale. La chanson fait écho à un pagne emblématique du même nom, alors très coûteux sur les marchés ouest-africains : l’offrir à sa femme devenait une démonstration publique de réussite économique. En Afrique, le pagne n’est jamais neutre : il affirme une appartenance culturelle mais transmet aussi un message codé, social et parfois ironique, à travers ses motifs et son nom.

Avec Nana Benz (1998), le chanteur togolais King Mensah, surnommé « la voix d’or du Togo », rend hommage à une figure centrale de l’histoire du wax en Afrique de l’Ouest. Longtemps perçu comme un produit de luxe importé d’Europe, le tissu wax s’est progressivement démocratisé au XXᵉ siècle grâce à des actrices locales incontournables : les Nana Benz. Ces entrepreneuses togolaises des années 1960 ont bâti de véritables empires commerciaux en important et distribuant les wax néerlandais sur les marchés, transformant le tissu en marqueur de pouvoir, d’élégance et d’indépendance féminine.

Du tissu de luxe au symbole d’émancipation

Née au Congo, la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes) est bien plus qu’un style vestimentaire : c’est une véritable culture où la musique et la mode avancent main dans la main. Les sapeurs, parfois appelés black dandies, transforment l’élégance en performance sociale, en portant des vêtements de grands couturiers ou des tenues soigneusement composées, qu’ils exhibent dans l’espace public comme sur une scène.

Parmi les figures majeures de ce mouvement, Papa Wemba occupe une place centrale : pionnier de la rumba moderne, il a fait de la sapologie une extension de son art, liant voix, posture, mise en scène et costumes luxueux. Avec Sapologie, enregistré en 2009 avec Nash, il consacre musicalement ce mouvement et lui donne une portée internationale. Cette esthétique se diffuse ensuite dans les musiques urbaines contemporaines, comme en témoigne Sapologie (2017) de DJ Kenny et Fanicko, où les codes de la SAPE irriguent le rap et l’afropop. Dans les diasporas congolaises de Paris, Bruxelles ou Londres, la sapologie reste un langage vivant, incarné par des figures comme Norbat de Paris, qui fait du vêtement, du corps et de la musique des outils d’affirmation identitaire.

La SAPE, une histoire sonore et vestimentaire

Tyla (Afrique du Sud), Tems (Nigeria) et Ayra Starr (Nigeria), trois musiciennes africaines majeures de la pop africaine actuelle, illustrent la manière dont la musique dialogue étroitement avec la mode de luxe. Leur présence au Met Gala de New York, événement annuel organisé au Metropolitan Museum of Art et considéré comme la soirée la plus influente du monde de la mode, consacre cette relation entre musique, image et haute couture. Pensé comme une exposition vivante, le Met Gala invite chaque année artistes et créateurs à interpréter un thème fort. En 2024, Tyla marque les esprits dans une robe-sculpture en sable signée Balmain, inspirée du thème du temps, tandis que son single Chanel prolonge ce lien à travers l’usage dans son clip de pièces d’archives emblématiques. En 2025, le thème “Superfine: Tailoring Black Style” célèbre le dandysme noir et son héritage diasporique : Tems et Ayra Starr y apparaîssent dans des tenus conçues par le créateur britannique Ozwald Boateng, né à Londres de parents ghanéens, figure clé du tailoring noir contemporain.

Pop africaine et haute couture au Met Gala

Avec Vêtements et Atalaku, Himra et Asna incarnent deux visions complémentaires de la mode et de la musique en Côte d’Ivoire contemporaine. Himra, figure majeure de la drill ivoire et héritier de l’énergie de DJ Arafat, célèbre le style comme un marqueur de réussite et d’affirmation personnelle : ses paroles dans Vêtements mettent en avant l’argent dépensé pour briller en tenue, l’art de se saper comme expression de confiance et de visibilité sociale, et la culture du hype qui traverse la jeunesse ivoirienne et la diaspora. La DJ, productrice et artiste visuelle Asna explore un autre rapport au vêtement : elle porte un masque créé par Lafalaise Dion, la « reine des cauris », qui transforme ces coquillages traditionnels en accessoires de mode contemporains. À travers le monde, ses œuvres trouvent leur place sur des personnalités publiques telles que Beyoncé.

Saper et briller : la mode au rythme ivoirien

La streetwear africaine connaît une expansion fulgurante, portée par des marques et des artistes qui font de la musique un vecteur de visibilité. À Accra, Amaarae célèbre sa ville natale dans son clip Free The Youth, extrait de son album Black Star sorti en août 2025, en mettant en avant la marque éponyme fondée en 2013, qui transforme le streetwear en langage visuel puissant et vecteur d’identité pour la jeunesse africaine et sa diaspora. À Nairobi, le morceau Kiroho, réunissant Soundkraft, Spoiler et Ranzscooby, s’inscrit dans le nouveau genre en vogue appelé Arbantone, mélange d’afrobeat, de Gengetone, de trap et de rythmes locaux, et accompagne la montée de la marque Kiroho, fondée par le designer kenyan-britannique Ryan Ichangahi, portée par la nouvelle génération d’artistes urbains et diffusée à l’international. Au Nigeria, Teezee, rappeur et cofondateur de The Native Networks, illustre la même convergence entre musique et streetwear avec son morceau Stamina, sorti en 2023. Leader de la scène alté, il promeut le style non conventionnel et expérimental de la jeunesse nigériane, notamment à travers Street Souk, convention de streetwear qu’il a cofondée et qui réunit marques émergentes et publics locaux pour célébrer la mode africaine.

Streetwear et musique : Ghana, Kenya, Nigeria

Virgil Abloh et Mowalola Ogunlesi incarnent véritablement la rencontre entre musique et mode. Architecte de formation et créateur d’origine ghanéenne, Virgil Abloh, décédé en 2021 à l’âge de 41 ans, est le fondateur de la marque de streetwear de luxe Off-White, ancien directeur artistique des collections homme chez Louis Vuitton, bras droit de Kanye West et DJ reconnu, déployant sa vision unique à travers le luxe et l’urbain. Son remix de Piece of Mind de Rema combine les grooves irrésistibles du jeune prodige nigérian avec l’afrobeat légendaire de Fela Kuti (Water No Get Enemy). Virgil Abloh laisse derrière lui une empreinte indélébile sur le streetwear de luxe, la mode masculine et la scène musicale internationale.

Mowalola Ogunlesi, elle, est née à Lagos dans une famille profondément ancrée dans la mode : sa grand-mère, sa mère et son père ont tous œuvré dans la création textile ou le prêt-à-porter. Installée à Londres depuis l’enfance, diplômée de Central Saint Martins, elle s’impose comme créatrice audacieuse et musicienne, mêlant influences nigérianes et culture urbaine londonienne. Directrice artistique de collaborations prestigieuses et créatrice de sa propre marque, elle continue de bousculer les codes en associant mode, performance et musique. Dans le single Mezebu x2, en collaboration avec Teni, Mowalola montre que pour elle, le vêtement et le son ne font qu’un, révélant une vision artistique globale où la scène musicale et le podium se répondent.

Vêtements et musique : la vision globale de Virgil Abloh et Mowalola Ogunlesi