Mission Dakar Djibouti : contre enquête

Un projet collaboratif

Contenu

Le musée du quai Branly - Jacques Chirac a initié un projet ambitieux visant à porter un regard neuf et croisé sur l’histoire de la mission Dakar-Djibouti, qui a marqué l’histoire de l’anthropologie française et des collections du musée.

Le projet

Ce projet, intitulé « Dakar-Djibouti : contre-enquête », associe de nombreux partenaires :

Il rassemble chercheurs et conservateurs, de détenteurs de savoirs dans les localités d’origine et les communautés de ces pays, présentes en France par le biais d’associations et de fédérations.
Cette mission scientifique, l’une des plus emblématiques de la collecte en contexte colonial, a duré 21 mois de 1931 à 1933 et collecté plus de 3 000 objets, 300 manuscrits et amulettes, des milliers de spécimens naturalistes, des milliers de photographies, d’enregistrements sonores et rédigés près de 10 000 fiches de terrain.

Ces travaux permettront de réexaminer l’histoire et les circonstances de cette mission pluridisciplinaire dont le détail nous est parvenu grâce à de nombreuses archives et au témoignage de Michel Leiris dans L’Afrique fantôme (1934).

 

Coopération scientifique et patrimoniale

La conférence de Daouda Keita, directeur général du musée national du Mali, s’inscrit dans le cadre d’une coopération scientifique et patrimoniale renforcée avec les pays d’origine des collections africaines. Les recherches qu’il a effectuées en collaboration avec les équipes de conservation du musée s’inscrivent notamment dans le cadre du projet Dakar - Djibouti.

 

musée du quai Branly - Jacques Chirac · Le Mali dans les collections du musée du quai Branly - Jacques Chirac

Mission dakar Djibouti : Focus sur le boli collecté

Parmi les objets célèbres, rapportés du Mali par la mission, figure un boli, objet sacré lié à la société secrète du Kono, pris avec d’autres dans le sanctuaire réservé aux seuls initiés masculins de Dyabougou. Cet épisode du 7 septembre 1931 fait écho à celui de la veille, à Kéméni, où d’autres objets du Kono furent saisis sans le consentement de leurs détenteurs.

Retracer l’histoire controversée de cet objet fait partie du travail mené dans le cadre du projet Dakar - Djibouti, et, plus largement, dans celui des recherches de provenance initié depuis 2019 par le musée.
Toutefois, toutes les histoires ne sont ni aussi bien connues, ni aussi violentes que celle de cet objet ; c’est tout l’enjeu d’un travail de recherche de long terme.

 

Contexte d’usage

Les boliw sont des objets sacrés confectionnés, manipulés et conservés à l’abri des regards par les initiés de la puissante société masculine du Kono. Dans les milieux Bamana (Mali) non musulmans, le contrôle des équilibres sociaux passe par les sociétés initiatiques dont celle du Kono. Dans ce cadre secret, strictement masculin, des objets puissants canalisent et opèrent contre les énergies nuisibles à la communauté et aux initiés. Les boliw sont utilisés comme des autels portatifs nourris régulièrement d’un amalgame à base de sang animal afin - notamment - de favoriser la fertilité, résoudre des conflits ou encore intimider les personnes malveillantes.
La force et le pouvoir de ces objets cultuels, donc leur efficacité, sont liés aux éléments versés régulièrement dont le sang chargé de nyama, énergie dangereuse à manipuler. Un boli peut revêtir plusieurs formes, zoomorphe, anthropomorphe ou « informe » en fonction du type de maux à résoudre en faveur de la communauté toute entière.  
 

 

Le boli dans "L'Afrique fantôme"

Un an après le retour de la « mission ethnographique et linguistique Dakar-Djibouti », le secrétaire de la mission, Michel Leiris, publie son journal intitulé « L’Afrique fantôme » en 1934. Aux dates des 5 au 7 septembre 1931, il révèle que plusieurs objets, dont le boli, ont été pris par la mission Dakar-Djibouti sans le consentement des institutions locales.

Extrait de L’Afrique fantôme, p. 105. Citation de Michel Leiris :

« 7 septembre.
Avant de quitter Dyabougou, visite du village et enlèvement du deuxième kono, que Griaule a repéré en s’introduisant subrepticement dans la case réservée. Cette fois, c’est Lutten et moi qui nous chargeons de l’opération. Mon cœur bat très fort car, depuis le scandale d’hier, je perçois avec plus d’acuité l’énormité de ce que nous commettons. De son couteau de chasse, Lutten détache le masque du costume garni de plumes auquel il est relié, me le passe, pour que je l’enveloppe dans la toile que nous avons apportée et me donne aussi, sur ma demande – car il s’agit d’une des formes bizarres qui hier nous avait si fort intrigués – une sorte de cochon de lait, toujours en nougat brun (c’est-à-dire sang coagulé) qui pèse au moins 15 kilos et que j’emballe avec le masque. (…) Lorsque nous partons, le chef veut rendre à Lutten les 20 francs que nous lui avons donnés. Lutten les lui laisse, naturellement. Mais ça n’en est pas moins moche… »

Leiris, Michel, L’Afrique fantôme, op. cit., p. 195

 

 

sur le Boli

  • Bande annonce du Vol du Boli au théâtre du Chatelet : www.youtube.com/watch
  • BRETT-SMITH, Sarah The making of Bamana sculpture : creativity and gender. Cambridge University Press, New York, 1994
  • COLLEYN, Jean-Paul, Bamana : un art et un savoir-vivre au Mali. New York : Museum for African art ; Zürich : Museum Rietberg ; Gand : Snoeck-Ducaju & Zoon, 2001
  • COLLEYN, Jean-Paul. Bamana, Cinq Continents, Collection : Visions d'Afrique, Milan, 2009

Sur la mission Dakar-Djibouti :

  • LEIRIS, Michel, L’Afrique fantôme in Miroir de l'Afrique. Michel Leiris. édition établie, présentée et annotée par Jean Jamin. Paris : Gallimard, 1996
  • A la naissance de l’ethnologie française. Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939) : naissanceethnologie.fr/exhibits/show/mission-dakar-djibouti

 

Bibliographie et sitographie