Chantier Curare

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Chantier aux enjeux interdisciplinaires, le chantier curare a eu pour objectif d’étudier, d’analyser, de documenter, de reconditionner, de conserver et de regrouper un corpus d’œuvres lié à l’usage du curare en Amérique du Sud.

178 œuvres provenant des collections Amériques et plus précisément, de plusieurs régions d’Amérique du Sud connues pour l’usage du curare, ont été prélevées afin d’être analysées par une toxicologue de l’Hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

Ces analyses ont permis de mettre en évidence la présence de tubocurarine, une des molécules incluses dans l’appellation “curare”. Molécules encore actives sur plus d’un tiers des objets analysés, ces premiers résultats ont permis de documenter les collections du musée, mais aussi de réorganiser les réserves et la gestion de cette collection à risques.

Ainsi, des plans de conservation, de reconditionnement et de prévention ont été mis en place afin de regrouper et protéger les œuvres concernées, mais également de protéger les personnes en contact avec ces dernières en en facilitant et sécurisant les manipulations.

 

 

Qu'est-ce que le curare ?

Indien Patamona avec sa sarbacane et son carquois. Erland Nils Herbert Nordenskiöld (1877 - 1932) © musée du quai Branly - Jacques Chirac (cliquer pour en savoir plus)

Le curare est connu vulgairement comme un poison neurotoxique originaire d’Amérique du Sud. En réalité, le mot “curare” est un terme ethnographique qui ne correspond à aucune réalité physico-chimique. Comme l’énonce Jean-Albert Vellard, ethnographe et naturaliste français du XXe siècle, il n’y a pas un curare mais des curares, ce dernier n’étant pas une substance définie mais une multiplicité de recettes différentes.

Sources disponibles à la médiathèque du musée :

Qu'est-ce que le curare ?

Des prélèvements effectués sur 178 pièces

Ce chantier, qui mêle plusieurs services du musée et fait intervenir des spécialistes extérieurs, a commencé par une étude des collections susceptibles d’être porteuses de curare.

Après avoir établi un corpus d’œuvres fondé sur plusieurs aires géographiques et culturelles réputées pour leur usage du curare, 178 œuvres ont ainsi été présentées à une toxicologue de l’Hôpital Raymond-Poincaré de Garches, qui a pu effectuer plus d’une centaine de prélèvements.

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Des prélèvements effectués sur 178 pièces

33 % des échantillons positifs au curare

Après plusieurs mois d’étude en laboratoire, à l’aide de techniques telles que la spectrométrie de masse, les premiers résultats ont indiqué que plus d’un tiers des échantillons prélevés étaient positifs au « curare »

Actif plus de 150 ans après sa création, il comporte donc des risques d’empoisonnement encore à ce jour. Poison neurotoxique, l'empoisonnement au curare implique alors un blocage de la transmission neuromusculaire et ainsi une paralysie des muscles tels que les poumons, pouvant conduire à l’asphyxie.

 

 

33 % des échantillons positifs au curare

Un plan de conservation, reconditionnement... et sécurité

Ces résultats et la prise en compte des risques liés à la présence de curare ont ainsi conduit à la mise en place d’un plan de conservation, de reconditionnement et de sécurité, afin de protéger les œuvres et surtout, les personnes entrant en contact avec ces dernières.

Ce chantier curare a ainsi permis d’améliorer les qualités de conservation, de conditionnement et de signalétique des œuvres et les conditions de sécurité pour les personnels internes et externes au musée.

 

 

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Un plan de conservation, reconditionnement... et sécurité

Ce qu'a permis ce projet

  • De détecter la présence de curare et donc de substance toxique sur certains objets encore à risque jusqu'à 150 après
  • De mettre en place des conditionnements et procédures permettant de protéger les personnes en contact avec ces œuvres, tout en conservant ces dernières dans les meilleures conditions possibles.
  • D’améliorer la documentation et la conservation de ces collections :

    • Regroupement typologique
    • Reconditionnement sur-mesure des collections
    • Enrichissement de l’inventaire et de la documentation

  • De procéder au récolement décennal et au marquage règlementaire lorsque nécessaire.

 

 

 

Ce qu'a permis ce projet

Les coulisses du chantier Curare en images

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MÉTHODOLOGIES

ANALYSES PHYSICO-CHIMIQUES

Après sélection du corpus et intervention d’une toxicologue pour effectuer des prélèvements sur ce dernier, plusieurs analyses ont été lancées.

Dû à la nature composite du curare, divergeant selon son aire géographique d’origine, cela a donné lieu à différentes méthodologies, notamment dans la recherches des molécules :

La turbocurarine

Une première molécule a été recherchée au sein des échantillons récoltés au cours des deux séances d’étude et de consultation : la tubocurarine, provenant de l’espèce végétale chondrodendron tomentosum de la famille des Menispermaceae.

Un dosage précis et « significatif » était recherché dans les prélèvements grâce à la chromatographie liquide couplée à une détection par spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS).

Grâce à cette technique, plus d’un tiers des prélèvements effectués sont revenus positifs à la tubocurarine, montrant ainsi la conservation du poison après 150 ans.

La turbocurarine

La toxiférine

Dans un second temps, une autre catégorie de molécule sera recherchée, provenant elle des végétaux de la famille des Loganiaceae, dont l’espèce la plus connue liée au curare est le strychnos toxifera : la toxiférine.

Dans ce cas précis, à l’inverse de l’étape précédente, aucun échantillon de comparaison n’est disponible, permettant ainsi de détecter la molécule curarisante. Les échantillons seront ainsi analysés par spectrométrie de masse à haute résolution.

Fournissant un spectre avec plusieurs pics, la toxicologue en charge des analyses pourra ainsi étudier chaque pic afin de rechercher une correspondance avec des alcaloïdes curarisants. Cette analyse, chronophage, est encore en cours.

Elle permettra peut-être de mettre en lumière d’autres résultats positifs, donnant ainsi de plus amples informations sur les œuvres, les différentes molécules actives au sein du curare présent, leur origine géographique et les pratiques culturelles liées à cette substance.

La toxiférine

Méthodologies

CONDITIONNEMENT ET SÉCURITÉ

Dans le cadre du chantier de reconditionnement des œuvres du projet curare, un plan de reconditionnement ainsi qu’un plan hygiène et sécurité ont été mis en place.

Plusieurs recommandations ont ainsi été formulées afin d’appliquer les plus récentes normes de conservation-préventives et éviter le dépôt de curare sur les personnes en contact avec ces collections :

Recommandations

  • La suppression de toute protection pouvant rendre l’objet non-visible augmentant le risque de contact entre l’objet et la peau (ex. : objets enveloppé ou intégralement recouverts) ;
  • La création de conditionnement limitant la possibilité de piqûres, de dépôts etc. (ex. : butée en mousse protégeant les bords et les pointes des flèches pouvant transpercer les protections cutanées et contaminer les personnes)
  • La création de plateau de manipulation individuels pour toutes les œuvres ;
  • La mise en place d’une signalétique de prévention spécifique ;
  • L’obligation pour les personnels de porter une blouse, des gants de protection chimique et anticoupures ainsi qu’un masque.

 

 

Recommandations