Le 22 sept. 2021

Les archives radiophoniques

Nouvelles sources pour une histoire culturelle du continent africain

Journée d’étude dans le cadre de l’événement "REPLAY ! Dakar 66" en salle de cinéma du 22 au 25 septembre 2021.

Le projet Pour un partage des archives : le 1er festival mondial des arts nègres, Dakar 1966 (labex Les passés dans le présent) a conduit un travail spécifique sur les archives radiophoniques du festival conservées par l'INA ; soit 60 heures de reportages, interviews, captations de spectacles, conférences et allocutions officielles issues du fonds OCORA. Ces sources, désormais recensées et décrites, sont accessibles pour des exploitations scientifiques ou professionnelles via l’INA. Elles permettent de retracer, au plus près de ses participant.es, la préparation du festival et son déroulement.
Cette journée d'étude élargit la focale aux archives radiophoniques comme nouvelles sources pour une histoire culturelle du continent africain. Elle croise les approches de la recherche scientifique, celles des institutions patrimoniales et celles du journalisme radio sur ce media dont l'étude est particulièrement dynamique dans les disciplines historiques. 

PROGRAMME DE LA JOURNÉE

INTRODUCTION

  • 10h Introduction sur le labex Les passés dans le présent - Ghislaine Glasson Deschaumes, cheffe de projet labex Les passés dans le présent
  • 10h10 Introduction de la journée - Sarah Frioux-Salgas, responsable du projet Fman et des archives du musée du quai Branly - Jacques Chirac & Diane Turquety, chargée d'études documentaires projet Fman
  • Descriptif des séquences radiophoniques, fonds OCORA, INA

HISTORIQUE DES FONDS LIÉS AU 1ER FESTIvAL MONDIAL DES ARTS NÈGRES

Modération : Odile Goerg, Université de Paris, CESSMA (Centre d'Étude en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques) UMR 245.

  • 10h30 OCORA : De la fabrication d'une émission à sa diffusion à travers l'exemple du programme "Femmes d'Afrique" - David Serrano, enseignant en histoire-géographie

L’Office de Coopération Radiophonique (OCORA) est un organisme français situé à Paris, créé en 1962 dans le contexte des indépendances et absorbé en 1969 par l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF). L’OCORA collabore avec quatorze Etats africains ainsi que l’Etat malgache. Ses missions sont multiples : le développement des infrastructures, la formation du personnel, la création de programmes radiophoniques. Sur ce dernier point, nous porterons notre attention sur un programme sonore en particulier « Femmes d’Afrique ».

  • 10h50 Le fonds OCORA à la radio publique française - Annie Lauzzana, documentaliste histoire des fonds radiophoniques de l'INA

La fabrique d'une archive : historique des chaînes et présentation matérielle du fonds.

  • 11h15 Radio et télévision au Sénégal : des outils de construction nationale (1960-1973) - Awa I. N'Diaye, Université de Paris

Héritière directe de radio Inter-AOF (ex Radio-Dakar, fondée en 1939), Radio Sénégal est née en 1960 lors de l’indépendance du pays. Dès ses débuts, ce média d’État s’est vu confier trois principales missions : informer, éduquer et distraire – reprenant le fameux slogan de la BBC, devenu le symbole des médias de service public. La télévision, qui a fait ses premiers pas à l’occasion d’un Projet-Pilote mené par l’UNESCO en 1965, devait remplir les mêmes objectifs. Dans ce cadre-là, les émissions culturelles – chères au poète-président Léopold S. Senghor – tenaient une place notable dans la grille des programmes de ces deux médias. Cette communication se proposera de revenir sur l’histoire de Radio Sénégal et de la télévision en faisant l’état des lieux des sources qui mettent en lumière le rôle d’outils de construction nationale qui leur fut conféré. L’accent sera notamment mis sur les volets culturel et éducatif de la radio et de la télévision, également centraux dans le FMAN de 1966.

  • 11h45-12h Pause

LA RADIO, OBJET D'ÉTUDE : UNE SOURCE CLÉ POUR LES SCIENCES SOCIALES - 1ÈRE PARTIE

Modération : Odile Goerg, Université de Paris, CESSMA (Centre d'Étude en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques) UMR 245

  • 12h Quelles sources pour comprendre la décolonisation des ondes sur le continent africain ? L'exemple de Radio-Sénégal et de Radio-Mali au temps de la Communaité (1958-1960) - Thomas Leyris, Professeur agrégé et doctorant contractuel à l'Université de Lille / IRHiS

La communication se proposera de montrer comment il a été possible d’accéder à une parcelle des sensations éprouvées par les auditeurs de Radio-Sénégal et de Radio-Mali pendant la période courte et mouvementée de la Communauté et en quoi cette étude permet de réviser en partie l’idée selon laquelle la radio n’a joué qu’un rôle négligeable dans la décolonisation de l’empire français d’Afrique.

  • 12h20 Les pièces radiophoniques du concours théâtral interafricain - Céline Gahungu, Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (THALIM)

Créé par l’OCORA en 1967, le Concours théâtral interafricain, objet radiophonique et compétition dramaturgique, poursuit deux objectifs : surmonter les difficultés d’accès à l’édition et aux structures de représentation ; sur la demande des directeurs des radiodiffusions africaines, initier un programme tout à la fois culturel et attractif. Le concours devient, au gré de ses éditions, une instance de légitimation des dramaturges africains.

  • 12h45-14h30 Déjeuner

LA RADIO, OBJET D'ÉTUDE : UNE SOURCE CLÉ POUR LES SCIENCES SOCIALES - 2ÈME PARTIE

Modération : Odile Goerg, Université de Paris, CESSMA (Centre d'Étude en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques) UMR 245

  • 14h30 "Ganni suugu", les chansons d'autrefois. Pratiques de collecte et de montage des chansons populaires à la Radio Rurale de Kayes (1988-1990) - Aissatou Mbodj-Pouye, anthropologue, chargée de recherche CNRS, Institut des mondes africains (IMAF), Campus Condorcet, Aubervilliers

En 1988 à Kayes, ville de l’ouest du Mali, une station de radio rurale en FM est autorisée à émettre, rompant le monopole étatique jusque-là strict sur les ondes. Des coopérants italiens ainsi qu’une équipe d’animateurs et de professionnels de la radio aux profils divers se retrouvent à mettre en place des programmes, à produire des contenus, et à sillonner la région pour collecter contes, récits de fondation de village et chansons. Dans cette présentation, je proposerai une réflexion sur les pratiques de collecte de chansons des animateurs de la radio. Cette perspective permettra de penser la question de l'archivage non pas simplement comme un après-coup de la pratique radiophonique, mais comme prolongeant des pratiques de sélection déjà à l’œuvre dans le travail de terrain, mené par des acteurs locaux selon leurs propres intérêts et critères esthétiques.

  • 14h50 Radio et urbanité sonore à Léopoldville 1949-1960 - Charlotte Grabli, Post-doctorante Marie Skłodowska-Curie, CIRESC-CNRS / Département d’histoire de UCLA

Auditeurs, circulations musicales et imaginaires afro-atlantiques entre la cité de Léopoldville et Sophiatown de 1930 à 1960. Quels rapports entre musique et politique dans l’espace de circulations musicales ?

  • 15h15-15h30 Pause

LES ARCHIVES RADIOPHONIQUES À LA RADIO : DES ÉMISSIONS JALONS

Modération : Odile Goerg, Université de Paris, CESSMA (Centre d'Étude en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques) UMR 245

  • 15h30 Mémoire d'un continent : un rapport multiple à l'archive - Jonathan Landau-Welinskiarchiviste (Pôle de conservation des archives des associations de jeunesse et d'éducation populaire - Pajep)

Depuis sa création en 1969, Mémoire d’un continent a expérimenté différentes façons de raconter et faire revivre le passé du continent africain à la radio. Cette intervention se propose de questionner le rapport que cette émission entretient avec la notion d’archives. Le corpus d’émissions représenté aujourd’hui par ce magazine diffusé sur RFI est inestimable pour la compréhension et l’incarnation de l’histoire africaine mais l’émission a été, au-delà, au cœur d’un rapport multiple et passionné aux archives en se référant à elles pour construire ses numéros, en procédant à l’envoi de reproductions de documents anciens aux journalistes africains, en questionnant les traces écrites et orales, matérielles et immatérielles de l’Histoire africaine, en constituant elle-même des archives orales pour les générations futures (série Les grands témoins de l'histoire contemporaine de l'Afrique) et, enfin, en y puisant et en les préservant pour contribuer à populariser et renouveler l’histoire africaine à l’aube du XXIe siècle.

  • 15h50 Archives radiophoniques et journalisme d'histoire - Valérie Nivelon (journaliste et documentariste, La marche du monde, RFI) et Ophélie Rillon (CNRS, Institut des mondes africains)

Valérie Nivelon et Ophélie Rillon ont collaboré à l’émission « Mali rail : archives et vinyles » sur l’histoire du chemin de fer Dakar-Niger et de ses archives au son du Super Rail Band, premier opus de la série « Les archives sonores du Mali ». Nous embarquons sur les traces du rail et de ses archives au son du Super Rail Band, l’un des plus grands groupes de musique malienne, né au buffet de la gare de Bamako en 1970. Alors que les trains sont à l’arrêt et que les salaires des cheminots ne sont plus versés, l’archiviste Moussa Traoré s’obstine à venir classer les documents qui racontent l’épopée ferroviaire de son pays, mais aussi l’histoire du Mali avec un grand H. Dans l’immense hangar où il travaille seul sans ordinateur, il transmet sa passion aux plus jeunes, et contribue à la formation d’une nouvelle génération d’enseignants et de chercheurs dans un pays en guerre.

LA PRÉSERVATION DES ARCHIVES SONORES AFRICAINES : QUEL RÔLE DES INSTITUTIONS PATRIMONIALES EUROPÉENNES ? 

  • 16h15 La préservation des archives sonores africaines : quel rôle des institutions patrimoniales européennes ? (intervention en anglais et en français)

Modération : Flora Losch, EHESS, Centre Alexandre-Kroyé

Regards croisés sur les archives sonores de l'Afrique coloniale et post-indépendances situées en Europe et en Afrique. Quels sont les fonds existants ? Comment sont-ils conservés et sauvegardés ? Quelles politiques de documentation et de valorisation sont mises en œuvre ? Quels partenariats internationaux passés, présents et futurs ? 

avec

Hilário Lopes, directeur adjoint des affaires publiques et internationales et des archives, Radio Télévision Portugaise (RTP) - From production to open access: RTP Arquivos project

RTP Arquivos project offre un accès libre et gratuit au patrimoine audiovisuel conservé par la RTP. Après une présentation générale des fonds de la RTP, ses projets de restauration, numérisation, catalogage et des modalités d’accès de ses collections ; Hilário Lopes détaillera les aspects techniques, les succès et difficultés rencontrés dans la mise en œuvre du Arquivos project.

Brice Amouroux, responsable du pilotage des projets techniques (INA) - Projet Dictabelts : Sauvegarde et restauration numériques des archives sonores du procès de Rivonia

En tant qu'établissement public, l'INA mène une politique de conservation et de valorisation de collections audiovisuelles. Après avoir passé plus de 20 ans à numériser et rendre accessible plus de 2 millions d'heures de programmes, l'Institut accompagne de plus en plus d'institutions dans la construction et le pilotage de leur propre plan de sauvegarde et de valorisation. Une action menée aussi bien sur le territoire national qu'à l'étranger et qui a conduit à nouer de nombreux partenariats dans le monde entier. Le projet de numérisation des archives sonores du procès de Rivonia (octobre 1963 - Juin 1964) constitue un des exemples les plus marquants de ces dernières années, combinant défis logistiques, techniques et documentaires au service d'une collection exceptionnelle. Retour sur les différentes étapes et les faits saillants qui ont abouti à la mise à disposition de plus de 250 heures d'enregistrements inédits.

CONCLUSION

  • 17h15 Conclusion de la journée, Ndiouga Benga et Ibrahima Wane (Université Cheikh Anta Diop Dakar)

En partenariat avec :