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1 août

Jacques et Anne Kerchache

témoignages

portrait de Jacques Kerchache
portrait de Jacques Kerchache © musée du quai Branly, photo Sophie Anita

Jacques Chirac, ancien Président de la République

« Je ne sais ce que j’aimais le plus en lui : la justesse du regard, la force des convictions, l’immense générosité. Personnage romanesque, il abordait la vie avec passion et volupté. Il portait ses rêves avec un rare opiniâtreté, surmontant tous les obstacles, galvanisant toutes les énergies »

Stéphane Martin, Président du musée du quai Branly

« Jacques Kerchache avait l’enthousiasme spontané et ceux qui ne veulent pas vieillir. Empli de rêves et de désir, il accueillait avec passion toutes les sollicitations. Sa conversation était extraordinairement prenante. Il parlait d’abondance et exprimait, par explosions, des joies sans contrainte et des détestations violentes, dissimulant derrière un franc-parler abrupt une grande vulnérabilité qu’exaltait une sensibilité profonde ; cette sensibilité sur laquelle il a construit, au fil du temps et des formes, un regard d’artiste aigu et exigeant ».

extraits d'interview

Jacques Kerchache pour la Revue Dada en juin 2000

« L’essentiel est la qualité plastique d’une œuvre quelle que soit son origine ou sa provenance. Ce qui me touche le plus c’est de percevoir par-delà une forme, le geste créatif d’un artiste ».

« On ne peut ignorer le fait qu’une meilleure connaissance des cultures du monde nous permet aussi de mieux comprendre les hommes qui en sont les représentants ».

biographie

Connaisseur à l’œil réputé infaillible, conseiller des plus grands collectionneurs, Jacques Kerchache était un militant infatigable de la cause des arts premiers.

Né en 1942, il épouse Anne Diagne, dont il aura deux filles Maïa et Déborah.

Entre 1959 et 1980, il effectue de nombreux voyages d’études en Afrique, en Asie, en Amérique, en Océanie, à l’occasion desquels il dresse un inventaire critique des grandes collections de sculptures.

En 1960, il ouvre à Paris sa première galerie rue des Beaux-Arts puis il s’installera rue de Seine jusqu’en 1981. Il expose aussi bien des artistes contemporains (Malaval, Pol Bury, Sam Szafran…) que de l’art « primitif » : Art Primitif-Amérique du Nord (1965), Fleuve Sépik –Nouvelle-Guinée (1967), Les Lobi (1974)…

Durant cette période, il rencontre Max-Pol Fouchet et André Breton qui exercent sur lui une influence considérable.

En 1978, il est nommé conseiller technique auprès du Président Senghor pour le projet du Musée des Civilisations noires de Dakar.

Spécialiste des arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, il participe à diverses expositions importantes à travers le monde, en tant que commissaire ou consultant.

Il a notamment conçu et organisé Sculpture africaine en hommage à André Malraux à la villa Médicis en 1986, l’Art des Sculpteurs Taïno, en 1994 au Petit Palais, à la demande de Jacques Chirac et Picasso/Afrique : Etat d’esprit au centre Georges Pompidou en 1995. Il fut par ailleurs expert et consultant de l’exposition du musée d’art moderne de New York, Le Primitisme dans l’art du XXe siècle en 1984, ainsi qu’à Londres lors de l’exposition : Afrique, l’art d’un continent, en 1995.

Il est l’auteur de nombreux articles sur la sculpture, mais aussi sur des artistes modernes et contemporains. Il est notamment le maître d’œuvre d’un ouvrage de référence : L’Art Africain, publié chez Citadelles & Mazenod (1988) avec Jean-Louis Paudrat. Cet ouvrage épuisé vient d’être réédité dans une version réactualisée.

En 1990, il lance un manifeste intitulé : « Les chefs-d’œuvre du monde entier naissent libres et égaux », afin qu’une huitième section au musée du Louvre, consacrée aux arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, soit créée. Il obtient près de 150 signatures en faveur du projet.

En 1996, il est nommé par le Président de la République, Jacques Chirac, à la Commission de Préfiguration de l’établissement public pour le futur musée du quai Branly.

Dès 1997, il assure la sélection puis la muséographie de 120 chefs-d’œuvre d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques, qui seront exposés au Pavillon des Sessions, du musée du Louvre à partir d’avril 2000. Les arts premiers ont enfin un lieu emblématique qui leur est dédié, en attendant l’ouverture du musée du quai Branly en juin 2006. 

Jacques Kerchache meurt en 2001, 5 ans avant l’ouverture du musée du quai Branly.

Jacques Kerchache était  Chevalier de la Légion d’honneur et Chevalier de l'Ordre national du Mérite.

Anne Kerchache (Anna Douaoui) est actuellement membre du conseil d’administration du musée du quai Branly.

27 pièces exceptionnelles ont été données au musée de l’Homme, au musée national des arts d’Afrique et d’Océanie ainsi qu’au musée du quai Branly. Ces 27 dons ont enrichi les collections d’Afrique et d’Insulinde du musée du quai Branly.

dons d'objets d'Afrique

dons de Jacques Kerchache

  • un masque heaume anthropomorphe kota (Gabon) donné en 1967 au musée de l’Homme ainsi que son tirage exposé de manière permanente au salon de lecture Jacques Kerchache (donné en 2007 par Arnaud Baumann au musée du quai Branly)
  • un masque yoruba (Nigeria) donné en 1968 au musée de l’Homme
  • un masque mama (Nigeria) donné en 1975 au musée national des arts d’Afrique et d’Océanie

dons de Anne et Jacques Kerchache

  • un sommet de sceptre yombe (Congo) en ivoire d’éléphant donné en 1998.

Cette œuvre est exposée au Pavillon des Sessions du musée du Louvre depuis avril 2000 : voir la fiche de l'objet.

Il est reproduit dans l’ouvrage Sculptures Afrique Asie Océanie Amériques (Réunion des musées nationaux, 2000).

sommet de sceptre yombe (Congo) - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
sommet de sceptre yombe (Congo), Ivoire d’éléphant, XIXe siècle, Don Anne et Jacques Kerchache © musée du quai Branly, photo Hughes Dubois

  • 18 statues anthropomorphes ibo (Nigeria) données en 2001 avant le décès de Jacques Kerchache au musée du quai Branly (dont 3 exposées en permanence au Salon de lecture Jacques Kerchache)
Salon de lecture Jacques Kerchache, statues anthropomorphes ibo - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Salon de lecture Jacques Kerchache, statues anthropomorphes ibo, don Anne et Jacques Kerchache © musée du quai Branly photo Antonin Borgeaud

dons de Anne Kerchache :

  • Un tambour bamiléké (Cameroun) donné en 2005 au musée du quai Branly
  • Un masque suku (Congo) donné en 2005 au musée du quai Branly
  • Une statue mumuye (Nigeria) donnée en 2005 au musée du quai Branly et décrite dans l’ouvrage musée du quai Branly – la Collection (Skira Flammarion, 2009) :

Cette exceptionnelle statue est une figure oraculaire et guérisseuse. Elle date du XIXe siècle et a été sculptée en terre mumuye, au nord-est du Nigeria. Elle est typique du style mumuye : mince avec un corps allongé et une petite tête, un long cou, un torse et des bras longs et des jambes très courtes. C’est une « figure parlante », qui était probablement dressée à l’extérieure d’une case ou à l’intérieur d’un bâtiment. Elle sert à révéler l’identité des voleurs et autres malfaiteurs. Un jus de plante médicinale était badigeonné sur la bouche de la statue, qui « parlait » alors à l’être humain à l’écoute, comme un oracle. Les statues mumuye étaient également utilisées pour les rites de guérison lors d’épidémies telles que la variole. Il est probable que des artistes européens comme Giacometti aient été inspirés par les statues mumuye, dont ils ont adopté la forme allongée et le style épuré.

statue mumuye (Nigeria) - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
statue mumuye (Nigeria), XIX-XXe siècle, Don Anne Kerchache © musée du quai Branly, photo Patrick Gries

don d'un objet d'Asie du Sud-Est (Insulinde)

Don de Anne et Jacques Kerchache :

  • Une sculpture ifugao donnée en 1999

Cette sculpture fait partie des 120 chefs-d’œuvre exposés au Pavillon des sessions, ambassade du musée du quai Branly au Louvre : voir la fiche de l'objet.

sculpture ifugao
sculpture ifugao, Nord de l'île de Luçon, Philippines, XVe siècle, Don Anne et Jacques Kerchache © musée du quai Branly, photo Hughes Dubois