Le guide des bienfaits

Projet scientifique

Le musée du quai Branly - Jacques Chirac a hérité des collections du Musée de l’Homme et du Musée des Arts d’Afrique, d’Amérique et d’Océanie. Ce double héritage, justifiant la double tutelle du Ministère de la Recherche et de l’Enseignement  et du Ministère de la Culture, le situe ainsi au cœur des problématiques reliant la recherche scientifique et l’exposition artistique. Au cours du vingtième siècle, ces problématiques ont été élaborées par les penseurs qui ont été associés à ces institutions, comme Paul Rivet, Claude Lévi-Strauss, Michel Leiris ou André Malraux.

Selon le décret du 9 décembre 2004, le département de la recherche et de l’enseignement du musée du quai Branly - Jacques Chirac a pour mission de « contribuer au développement de la recherche scientifique fondamentale et appliquée se rapportant aux collections dont l'établissement a la garde, ainsi qu'aux sociétés dont elles procèdent. »

À ce titre, il vise à faire travailler ensemble anthropologues, archéologues et historiens de l’art pour interroger les modalités de création, de circulation et de patrimonialisation des artefacts extra-européens, depuis leurs usages techniques, rituels et commerciaux jusqu’à leurs modalités de collecte, d’exposition et de conservation dans les musées.

La diversité des collections du musée du quai Branly - Jacques Chirac (statues anthropomorphes, outils techniques, restes humains ornés, photographies, livres…) et de leurs matériaux (bois, pierre, papier, peaux, plantes…) fournit ainsi un support pour une réflexion interdisciplinaire sur les modalités de conservation et de mise en valeur de ces documents issus des sociétés extra-européennes.

Soutenue par un ensemble de bourses attribuées par l’établissement (bourses de début et de fin de thèse, bourses post-doctorales, bourses  des collections), la recherche au musée du quai Branly - Jacques Chirac est diffusée par un vaste programme de colloques internationaux et par des partenariats avec des institutions universitaires assurant des enseignements in situ. Le musée du quai Branly - Jacques Chirac participe également à trois Laboratoires d’excellence (Création Art Patrimoine, Passés dans le Présent et Patrima) afin de contribuer au resserrement des liens entre recherche académique et institutions patrimoniales.

S’il n’est pas un laboratoire de recherche au sens classique, le département de la recherche est donc avant tout une structure fédérative destinée à faciliter les échanges entre chercheurs d’horizons variés. Ainsi, entre 2006 et 2014, le GDRI « Anthropologie et histoire des arts » a associé une quinzaine d’universités en France et à l’étranger, sous l’impulsion du musée du quai Branly - Jacques Chirac et avec l’encadrement du CNRS, pour travailler sur la question de l’artification et de la mise en musée. 

Le département de la recherche a été dirigé par Maurice Godelier, Emmanuel Désvaux et Anne-Christine Taylor. Son directeur actuel, Frédéric Keck, s’intéresse notamment aux questions relatives à la coupure entre artefacts biologiques et artefacts culturels. Déterminante dans la constitution des collections du musée du quai Branly - Jacques Chirac au cours des deux derniers siècles, cette classification peut aujourd’hui être analysée en suivant les méthodes de l’anthropologie des sciences. Si la distinction entre nature et culture n’est pas pertinente dans la plupart des sociétés extra-européennes, il reste à voir comment cette distinction a informé le regard européen sur les objets issus de ces sociétés et modifié leurs trajectoires dans les collections.

Le musée devient ainsi, à l’instar du zoo ou du parc naturel, un lieu où se donnent à voir plusieurs modalités de relations entre humains et non-humains. L’étude des collections d’un musée permet alors de s’interroger sur des transformations écologiques en cours à l’extérieur du musée, qui se trouvent réfléchies et intensifiées du fait des conditions de conservation propres à la mise en valeur du patrimoine. S’il fournit une archive matérielle pour la recherche scientifique sur le passé, le musée ouvre aussi des futurs possibles dans la réflexion publique pour un monde commun.