© musée du quai Branly - Jacques Chirac

Chercheur

Contenu

Emilie Guitard

Poste :
  • Docteure
Institution :
  • Université Paris Nanterre
Lieu :

Nanterre (FR)

Domaine de recherche

Discipline : Anthropologie

Thème :

Dans les villes moyennes de Garoua et Maroua, au Nord et à l’Extrême Nord du Cameroun, on dit des « chefs », soit des détenteurs de l’autorité à l’échelle d’une famille, d’un quartier, de la cité ou autrefois d’un royaume, qu’ils doivent être « comme des grands tas d’ordures ». Ce proverbe situe ainsi les relations de pouvoir et l’exercice de l’autorité dans un rapport particulier avec la gestion des déchets : le chef doit se montrer patient et hiératique comme un grand dépotoir, lorsqu’il reçoit toutes les insultes et les plaintes de ses sujets comme autant d’immondices ; mais, selon un registre ésotérique développé par les religions locales puis repris dans le cadre musulman, on attend aussi qu’il fasse preuve de la même puissance, magique notamment, que celle dégagée par une grande et ancienne accumulation de déchets. Les conceptions locales des excrétions corporelles, des objets déchus et des restes des activités du quotidien font en effet du contrôle et de la manipulation des déchets un élément majeur d’un processus de « subjectivation » (Foucault) particulier. Celui-ci s’opère via des « techniques du corps » et des « techniques de soi » spécifiques autour du détachement entre soi, ses déchets corporels et ses possessions matérielles. L’analyse généalogique des discours et des pratiques de gestion individuelles et institutionnelles des déchets depuis la fondation des deux villes au XVIIIe siècle jusqu’au début du XXIe siècle, marqué par la privatisation de ce service public, permet alors de saisir comment les tas d’ordures dans ce contexte peuvent être considérés comme de véritables « dispositifs de pouvoir » et le contrôle des immondices comme un instrument puissant de gouvernement de soi et des autres.

Bourses et prix

Prix de thèse du musée du quai Branly - Jacques Chirac

Date du prix : 2016

Titre du prix : « "Le grand chef doit être comme le grand tas d'ordures". Gestion des déchets et relations de pouvoir dans les villes de Garoua et Maroua (Cameroun) »

Sous la direction de : Michael Houseman et Christian Seignobos

Domaine du prix : Anthropologie politique de l'Afrique

Aire de spécialisation du prix : Cameroun

Date du procès verbal du comité scientifique du prix : 03/11/2016

Parcours scientifique

Docteure en anthropologie de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense et chargée de mission Recherche à l’Institut Français de Recherche en Afrique (IFRA) Nigeria, Emilie Guitard étudie les rapports des sociétés africaines urbaines à leur environnement. Ses recherches de doctorat, réalisées dans deux villes moyennes au Nord du Cameroun, Garoua et Maroua, ont porté sur les représentations et les modes de traitement institutionnels et populaires des déchets et leurs liens avec les relations de pouvoir locales.

Dans la continuité de ces premiers travaux, elle poursuit actuellement sa réflexion sur les interactions entre les politiques municipales de gestion des déchets et des espaces naturels urbains et les représentations et pratiques citadines en la matière dans les villes du Sud-Ouest Nigeria, du Nord Cameroun et de l’Ouest Zimbabwe. Dans le cadre de l’ANR Jeunes Chercheur(e)s interdisciplinaire PIAF, elle documente les perceptions des changements environnementaux des habitants et des gestionnaires des ressources naturelles de la petite ville minière de Hwange (Zimbabwe), en bordure d’une aire protégée, à travers leur connaissance de la biodiversité animale et végétale locales. Elle travaille également sur deux projets de recherche au Nigeria, l’un sur les représentations et les modes de gestion municipaux et citadins des espaces publics de nature et de dépôt d’ordures à Lagos, et l’autre sur un inventaire des arbres remarquables, d’un point de vue botanique, historique et anthropologique, dans la ville d’Ibadan.

Parallèlement à ses activités de recherche, Emilie Guitard a pu enseigner de 2007 à 2014 au sein du département d'Anthropologie de l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense, du L1 au Master, depuis les fondamentaux de sa discipline, jusqu'à l'anthropologie politique de l'Afrique ou encore les relations des sociétés humaines à leur environnement.