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20 décembre

concerts jazz Bleu indigo

Concert Bleu indigo 2010 © musée du quai Branly, photo Cyril Zannettacci
Concert Bleu indigo 2010 © musée du quai Branly, photo Cyril Zannettacci

Tous les concerts proposés dans le cadre de la troisième saison de Bleu Indigo ont pour perspective cavalière l’afro-futurisme. D’abord employée en 1994 par Mark Dery afin de désigner la tournure particulière donnée par la culture afro-américaine, surtout musicale, aux modernes utopies et technologies, cette notion émettait un doute et un vœu : et si l’univers de référence africain était moins à interpréter comme un gage d’ancestralité qu’il ne serait prospectif, qu’il ne serait à envisager comme ce qui fait place, autrement, à l’à-venir ?

Brèche de sons et de sens d’abord ouverte par un guitariste et un rappeur hors normes (Jeff Parker & Beans), boucles ensuite autour de la vie en société, réelle et imaginaire, chez les Afro-Américains du Deep South à l’Up North (Gerald Cleaver’s Uncle June) ou autour de la cosmogonie de Sun Ra (Myth-Science Assembly), puis relectures musicales des œuvres et des visions de Frantz Fanon (Nasheet Waits’ Tarbaby) ou Eduardo Galeano (Myra Meford & Snowy Egret), enfin improvisations auprès des 4 éléments et de toutes les matières traduites en musique (Memorize the Sky)… aucun des projets artistiques proposés pour cette troisième saison de Bleu Indigo ne préjuge d’une identité enfermée dans le passé ou l’histoire.

informations pratiques

  • 6 concerts entre septembre 2012 et juin 2013
  • théâtre Claude Lévi-Strauss
  • tarifs : 15 € / 10 €, gratuité pour les adhérents du musée sur réservation préalable
  • le + : les billets donnent accès au plateau des collections du musée, le jour du concert

cliquez ici pour accéder à la billetterie

Myra Melford & Snowy Egret

samedi 1er juin 2013, 18h

Dans le cadre du weekend Amérique latine

Concert exceptionnellement en accès libre, dans la limite des places disponibles

Myra Melford puise depuis toujours à d’autres sources d’inspiration que la musique – dans l’art philosophique d’Héraclite ou dans l’art culinaire du chef cuisinier Paul Canales, par exemple. Partie à la découverte des implications de Memoria del fuego I Los nacimientos, que l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano a élaboré à partir de fragments de plusieurs mythes de création des Indiens de l'Amérique "précolombienne", eux-mêmes interrompus par des extraits de récits de voyage des explorateurs européens avant le 18ème siècle, la pianiste a opté pour la forme du collage. Soit une suite en 12 sections où les passages écrits (ceux du livre et ceux de la musique) alternent avec des espaces ouverts à l’improvisation en solo, duo, trio ou quartette.

Séances passées

Tarbaby

samedi 6 avril 2013, 18h

On pourrait traduire Tar Baby par « bébé de goudron » : c’est ainsi que l’on avait coutume de désigner les enfants « noirs », obscurcis dès la naissance, sur la peau et dans la conscience, par un prétendu baptême dans la poix... Il n’est pas anodin que, pour un groupe placé sous un tel dénominateur, bien sûr réévalué, Nasheet Waits, fils de l’immense batteur Freddie Waits, batteur polymorphe lui-même, parrainé dès son plus jeune âge par Max Roach et par Ed Blackwell, ait eu envie de faire retour à l’auteur de Peau noire, masques blancs. Car on connaît l’importance de Franz Fanon pour les Black Panthers ou dans le développement des études post-coloniales, son analyse affûtée des effets pervers de la colonisation comme de la décolonisation, des mécanismes dépersonnalisant de l’aliénation.

Living by Lanterns


Living by Lanterns © Lauren Deutsh

samedi 16 février 2013, 18h

En coproduction avec le Festival Sons d’Hiver

À partir de l’enregistrement inédit d’une séance d’une heure réunissant, en 1961, l’utopiste Sun Ra, son saxophoniste ténor John Gilmore et son contrebassiste Ronnie Boykins, le batteur et chef d’orchestre Mike Reed a élaboré une suite de vastes dimensions. Avec l’aide du vibraphoniste Jason Adasiewicz, il a dégagé de cette nébuleuse de libres expérimentations une structure en forme ou tracée de comète. Et il a eu la bonne idée de la faire suivre par certains des meilleurs représentants de la jeune garde chicagoane et d’autres de la jeune garde new-yorkaise, interjetant régulièrement / irrégulièrement des samples tirés des bandes de la session originale. Un travail d’orfèvre et d’alchimiste.

Retrouvez Mike Reed et Yves Citton dans une rencontre au salon de lecture Jacques Kerchache, vendredi 15 février à 18h30 : Actualité(s) de l'afro-futurisme : autour de Sun Ra.

Memorize The Sky and Paul Lytton

samedi 26 janvier 2013, 18h

Considérant l’improvisation davantage comme un moyen que comme une fin, Matt Bauder, Zach Wallace et Aaron Siegel inventent des environnements sonores hallucinatoires : la musique du bois, d’un bois gravé. La musique du vent, de la maison du vent. La musique de l’argile, d’un nuage d’argile. La musique du feu, d’une brique de feu. Memorize the Sky est un groupe de musique imaginaire, qui développe musicalement l’imaginaire de la matière et des éléments – et l’on pourra toujours relire Bachelard ou Baudelaire pour mieux les entendre : « Qui n’a rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? ».

Gerald Cleaver / Uncle June

Uncle June © Scott Friedlander
Uncle June © Scott Friedlander

samedi 24 novembre 2012, 18h

À travers la figure tutélaire d’Uncle June, de son ascendance et de sa descendance, le batteur Gerald Cleaver – l’un des plus prisés dans les mondes du jazz, américains et européens, traditionnalistes et avant-gardistes – célèbre la « méta-mémoire », la conscience claire du devenir audacieux de toute une population. Il salue la persévérance et les facultés d’adaptation créative de la communauté afro-américaine, notamment lors de la Grande Migration du Sud rural vers le Nord urbain. Son groupe d’élite (Tony Mallaby, Craig Taborn, Matt Maneri…) se propose ainsi de conjuguer les pratiques et les valeurs associées à ces différents modes de vie, et comment ils signifient le monde, quitte à admettre la nécessité d’une approche irrationnelle, la nécessité de subvertir et d’innover, de manipuler les codes et les significations.

The hungry reapers: Jeff Parker & Beans

Beans © Beowulf Sheehan

samedi 22 septembre 2012, 18h

Sur le papier, glacé, cela ressemblerait presque à la rencontre entre un guitariste de « jazz » et un MC de « rap » sur la table de dissection d’une scène souterraine. Dans la réalité, inflammable, il s’agirait plutôt du tournoiement de deux affranchis (dé)faiseurs de sens dans le ciel des sons, et inversement. Membre de l’AACM depuis 1995, et de Tortoise depuis 1997, Jeff Parker a intégré des éléments d’ambient, de dub, de krautrock ou de musique concrète à un phrasé limpide. Membre fondateur d’Anti-Pop Consortium, Beans s’est formé dans les rues du Lower East Side et sur la scène du Nuyorican Poets Café, ouvrant l’un des plus étranges éventails de traitements électroniques qui se soit entendu de ce côté-ci des musiques savamment populaires. Jeff Parker et Beans : le tournoiement idéal pour siphonner courants et contre-courants de l’afro-futurisme.