Changer de langue :

21 octobre

l’art d’être “autochtone” : figures du tribal et figurations tribales en Inde

vendredi 18 Juin 2010 de 9h30 à 18h30

salle de cinéma

  • journée d'étude coordonnée par Raphaël Rousseleau
  • co-organisée par le musée du quai Branly, ANR “HimalArt”, LESC, Paris X - Nanterre, Centre d’Etude de l’Inde et de l’Asie du Sud (CNRS-EHESS)

présentation

L’art tribal de l’Inde, ou art âdivâsî, est communément défini comme une forme d’expression “autochtone”, en plusieurs sens. Il s’agirait d’abord (1) de l’art des “premiers habitants” ou “aborigènes” (âdivâsî) du territoire indien, qui seraient antérieurs à la venue des porteurs de la langue sanscrite et du système des castes, sans parler bien sûr des colons européens ultérieurs. Pour cette raison, certains auteurs considèrent ces groupes comme les représentants de l’authentique Inde “précoloniale”.

Par cette antériorité fondatrice et le mode de vie censément forestier des tribaux, l’art aborigène indien sous-entend aussi (2) des formes esthétiques dont la référence majeure est l’environnement naturel (végétation, animaux), sinon la terre même élevée au rang de divinité majeure, selon quelques auteurs largement diffusés.

Cette journée d’étude réunit quelques spécialistes du domaine, pour distinguer nettement deux aspects du problème: -l’art âdivâsî tel qu’il est imaginé et présenté à partir de la figure du tribal comme “primitif indien” par les citadins, indiens ou occidentaux, et –le même art tel qu’il est pratiqué, vécu et commenté par ses producteurs locaux. Cette perspective critique permettra, dans un premier temps, de retracer les étapes majeures de la genèse de l’engouement contemporain pour diverses formes d’expression “tribales” en Inde, tout en soulignant le rôle qu’a joué paradoxalement l’image du “primitif indien” dans le développement de l’art “moderne” de ce pays. On verra, par exemple, que “l’art tribal” indien ne cesse, depuis sa definition, d’être à la fois associé à, et distingué de, son jumeau conceptuel: l’art ‘populaire hindou’, et qu’ils s’inscrivent tous deux dans une quête d’identité nationale.

Dans un second temps, l’examen des acteurs et des buts effectivement recherchés offrira un tableau plus approfondi du statut des “artistes” tribaux contemporains et de leurs créations. La catégorie même d’artiste est évidemment neuve pour ces populations et entraînent un certain nombre de changements socio-culturels qui mettent en pleine lumière certains individus plutôt que d’autres. De même, la promotion de ce type d’art est dépendante de politiques culturelles nationales qu’il est important de prendre en compte, car elles orientent elles aussi le type d’oeuvres diffusé. Certains des intervenants aborderont ces questions.

Revenant en-deça de ces transformations récentes, d’autres s’interrogeront sur l’utilisation orginale des objets concernés (peintures, sculptures), et sur leur statut : s’agit-il de “représentations” au sens strict, ou de “présentifications” (J.-P. Vernant), c’est-à-dire d’objets invocatoires, supports temporaires d’une présence divine, ou encore d’images permettant une médiation entre groupes humains et diverses formes d’altérités non-humaines?Sur ce point, les notions occidentales de “nature” ou de “terre” apparaissent trop génériques par rapport à celles qu’utilisent les âdivâsî. Par ailleurs, l’art “aborigène” n’est pas exempt de références à la société des castes hindoue d’ici-bas. Comment articuler tous ces faits?

Autant de questions ouvrant à une meilleure compréhension de ces objets et
leur évolution, que nous poserons à partir de matériaux de terrain. Entre l’image du primitif et le statut d’artiste contemporain, nous verrons finalement comment quelques créateurs âdivâsî actuels négocient avec leur image pour créer une oeuvre propre.

ouvrir et télécharger la programmation détaillée