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29 décembre

colloque Traversées le Jazz à la croisée des champs

mercredi 27 mai 2009 de 15h à 18h

session 1 : Atlantique noir

ouverture musicale : Vijay Iyer, pianiste et Mike Ladd, poète

modérateur  : Daniel Soutif, philosophe et critique d’art

Après avoir été un tranchant « passage du milieu » entre Afrique, Amérique et Europe, l’Océan Atlantique a pris figure d’espace reliant les espaces, continentaux ou culturels : archipéliques. Premières explorations des musiques au travers des identités, de l’identité à travers la musique.

  • Anthony Davis, musicologue et pianiste : « Le Trickster*,  le rôle récurrent du bouffon dans les opéras « Amistad » et « X : The life and times of Malcom X »

Danser le long de la fracture culturelle. Jouer avec le Post-Moderne. Réécrire l’Histoire.

  • Denis-Constant Martin, sociologue : « Imaginaires transatlantiques : des États-Unis à l’Afrique du Sud »

En repartant des propositions de Paul Gilroy, et aussi de celles d’Édouar Glissant, cette communication tente, par la mise en parallèle d’expériences américaines et sud-africaines, de souligner l’importance de l’imaginaire dans la construction et l’expression de représentations de soi positives proclamant l’appartenance au monde de la création et de la modernité.

  • Michael Veal, musicologue et  bassiste, saxophoniste : « Body Heat : son, abstraction et corps dans l’Afro-Atlantique »

Cette intervention examinera la relation entre l’abstraction noire et le corps dans la sphère musicale, telle qu’elle existe dans les 3 espaces culturels qui composent le monde “Afro-Atlantique”: l’Afrique occidentale, les caraïbes et l’Afro-Amérique, et telle qu’elle s’articule dans une série de traditions expérimentales, liturgiques et populaires.

jeudi 28 mai 2009 de 10h à 13h

session 2 : La traversée de l’Atlantique 1Explorations de quelques espace-temps, situés au XXème siècle et par ordre chronologique cette fois-ci, de divers allers-retours musicaux et artistiques entre Amérique et Europe, divers allers-retours de musiciens américains et européens.

modérateur : Pierre Carsalade, doctorant en anthropologie à l'EHESS (Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris)

  • Yannick Séité,  professeur de lettres : « Les musiques fantômes d'Albert Alexander Smith & Eugene McCown »

A travers l’expérience parisienne de 2 peintres-musiciens américains des années 1920 un rappel ou de ce que put être à Paris, dans la première moitié du XXe siècle, la vie des musiciens dits de jazz, leurs contacts avec les artistes français et leur combat contre les préjugés.

  • Francesco Martinelli, critique et historien de la musique, responsable du Centre pour la Recherche sur le Jazz chez la Fondation Siena Jazz : « Echanges entre musiciens de jazz américains et européens après 1959 : redécouvrir le passé et chercher l’avenir »

A partir des années 60, alors que le jazz évoluait dans des directions diverses et parfois opposées en apparence, de nouvelles générations de musiciens cherchèrent à créer l’alchimie qui permettrait d’allier la liberté d’expression à une large gamme de références. Des pratiques d’improvisation de diverses origines, des techniques instrumentales abouties, et un mélange de composition et d’improvisation vinrent parachever les tentatives inabouties du jazz américain des 40 années précédentes.

  • Evan Parker, saxophoniste : « A la dérive sur une anche : de fil en aiguille »

Evan Parker évoquera ses voyages et les influences que ses contacts transatlantiques ont eues sur son parcours dans le labyrinthe de l’improvisation musicale. 

jeudi 28 mai 2009 de 15h à 18h

session 3 : La traversée de l’Atlantique 2

ouverture musicale : Evan Parker (saxophoniste) et Joëlle Léandre (contrebassiste)

modérateur  : François-René Simon, critique musical pour "Jazz Magazine" 

Débat entre musiciens européens et américains, habitués aux traversées, physiques et esthétiques, et qui ont parfois pris pour thème différentes manières de parcourir les espaces et d’être transformé par ces parcours.

  • Vijay Iyer, pianiste & Mike Ladd, poète : « Cartographies de l’après-futur »

« Dans nos projets respectifs en solo, nous nous sommes efforcés de compliquer et de faire exploser les catégories identitaires trop évidentes, leur préférant une compréhension des Atlantiques Noirs et Marrons en tant que vastes matrices culturelles s’influençant mutuellement. Nos deux dernières collaborations de grande ampleur se penchent sur les nouvelles « zones de contact » du XXIème siècle. Dans le cas du cycle de chansons "In What Language ?" (2003), la zone en question est un aéroport international, avec son nouveau climat de surveillance et d’anxiété, décrit à travers les micro-histoires de gens de couleur en transit dans le contexte de la mondialisation. L’oratorio "Still Life with Commentator" (2006) illustre la sphère abstraite des média numériques sur-mesure, de l’hystérie de l’information en continu et d’une guerre contre le terrorisme à la fois lointaine et juridiquement contestable. Nous avons traité les deux sujets sous un angle kaléidoscopique en puisant dans les récits historiques et identitaires, la mémoire et les souvenirs pour éclairer et cartographier les recoins cachés de ces zones de contact, en se penchant sur les nombreux types de rencontres que ces zones provoquent. »

  • Joëlle Léandre, contrebassiste : « Voyager comme les sons »

« Ma vie n’a été qu’un perpétuel voyage, ainsi qu’une multitude de rencontres, plutôt interna-tionales. J’ai appris et grandi, musicalement et humainement, à force « d’être ailleurs ». C’est cet « ailleurs » qui m’est cher et me donne « du son à retordre ». J’aime faire ma petite cuisine et en sortir « un bon plat sonore ». Il faut du temps, de la patience/passion. Les sons ne sont que ça, d’ici et d’ailleurs, il suffit de les écouter, puis de les « entendre ».

  • Nicole Mitchell, flûtiste : « Xenogenesis Suite : l’art en tant que discours social »

Ecrivain de science-fiction afro-américaine, Octavia Butler utilisait la littérature comme un outil lui permettant de se confronter à de nouvelles réalités sociales et de commenter les problèmes de l’époque. Son livre, “Dawn”, s’intéresse au résultat surprenant d’un suicide nucléaire : le sauvetage et l’enlèvement d’humains par des extraterrestres. Dans un nouvel environnement à la fois inconnu et terrifiant, sans aucune prise sur sa vie ou son avenir, comment une femme peut-elle survivre seule ? Avec “Xenogenesis Suite”, qui s’inspire du “Dawn” de Butler, la compositrice Nicole Mitchell affirme que la musique, tout comme la danse, le cinéma et l’art visuel expérimentaux, peut quitter le domaine du divertissement et nous amener au questionnement, à la réflexion et à la transformation. Son travail explore le côté sombre de l’humanité. En offrant une illustration musicale du processus de la peur, “Xenogenesis Suite” confronte l’auditeur aux expériences humaines que nous tentons d’éviter, telles que l’horreur de l’isolement, le décalage et la perte de contrôle sur notre propre vie.

  • Didier Petit, violoncelliste : « Instinct et perception »

« Dès que l’on change de territoire géographique et culturel, notre perception et notre instinct sont aux manettes. En arrivant dans un territoire nouveau pour soi-même, nos sens restent en éveil pendant un temps plus ou moins long : le temps de l’adaptation. En musique, il y a aussi cette perception aiguë dès que l’on joue avec un musicien que l’on ne connaît pas. Notre perception du temps change et nous sommes à l’affût. Surtout que, malgré tout ce qui a pu être dit, il n’y a pas de musique universelle. Ces moments sont plutôt une leçon sur nous même : comment réagissons-nous face à la mise en « danger » ? Et, en même temps, rencontrer l’autre musicalement, dans un autre territoire que le sien, est finalement plus aisé, puisque nous sommes déjà physiquement déterritorialisés. La musique qui en découle est le reflet de nos qualités d’être. Car ce qui fait la musique, c’est l'incarnation du temps et de l’espace ».

vendredi 29 mai 2009 de 10h à 13h

session 4 : Outre-Espace

Ambigüe lieu de vie, se voulant riche de tous les sons et de tous les sens possibles, le champ jazzistique s’est non seulement constitué à partir d’identités recomposées, formant contre-espace, mais s’est aussi projeté dans l’ailleurs ou l’inconnu, vers la réinvention – l’improvisation – d’identités en dérive et/ou en devenir.

modérateur : Clare Moss-Couturier, américaniste, doctorante en anthropologie à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris)

  • John Szwed, anthropologue :   « Espace et race: métaphores et  métaphysique »

Le fait que le jazz ait dû intégrer des éléments de concepts utopiques et métaphysiques ne devrait pas étonner puisque c’est aussi le cas de bien d’autres musiques du monde. Mais le jazz a hérité d’une terminologie particulièrement riche et variée et d’un courant de pensée provenant de sources à la fois eurologiques et afrologiques qui ont ensuite été remaniées pour s’adapter à l’histoire des Etats-Unis. Sun Ra, Duke Ellington, et plusieurs autres musiciens seront au centre de cette intervention. John Szwed essayera de démontrer comment de telles idées se sont développées dans le contexte des croyances des Baptistes noirs, de la science-fiction, du programme spatial américain et de toute une série de sectes liées aux notions d’espace intersidéral.

  • Alexandre Pierrepont, ethnologue et critique : « New Yorubas dans les nouveaux mondes : la musique (est) du domaine du possible »

En suivant quelques traces – magnétiques – laissées par l’imaginaire yoruba, ou les Yorubas imaginaires, dans les musiques du champ jazzistique, on tentera de montrer que le référent africain a moins servi d’identifiant (de fixatif) que de remontant (de dérivatif) pour les Africains-Américains, qu’il a moins agi comme une composante et davantage comme une improvisante. Ce devenir-talismanique de l’Afrique donnant l’image du devenir-multiple du champ jazzistique et de son pouvoir constituant : eutopia, « lieu magnifique », plutôt que le non-lieu de l’utopia voisine, où les pluralités sont organisatrices d’elles-mêmes ; lieu de figurations, de défigurations et de reconfigurations, d’identités en mouvance, métamorphiques ; outre-espace d’élection pour « l’instabilité et la mutabilité des identités » (Paul Gilroy).

  • Greg Tate, critique, écrivain et  chef d’orchestre : « Le mariage d’Alice Coltrane et de Jimi Hendrix : Björk et les contours du jazz à venir »

vendredi 29 mai 2009 de 15h à 18h

session 5 : La croisée des champs

ouverture musicale : Nicole Mitchell(flûtiste) et Didier Petit (violoncelliste)

modérateur  : Yannick Seité, professeur de lettres

« Ici même est un espace » : que vient faire, alors, le jazz dans l’espace d’un musée ? Que vient-il y dire, y faire entendre, lui qui s’est si souvent mal rangé, lui qui a toujours dérangé les catégories de l’esthétique, voire de l’entendement ?

  • Christian Béthune, philosophe : « Ritournelle du travail et travail de la ritournelle, comment le "champ jazzistique" a échappé au "champ artistique" »

La ritournelle, disent les auteurs de « Mille plateaux », c’est ce qui permet de connecter 2 milieux entre eux pour faire un territoire ; c’est ce qui, grâce au rythme, fait passer du plan de l’action au plan de l’expression. Dans ce processus, le passage à l’art est subsidiaire, accidentel et toujours artificiel. Le jazz, pour sa part, a échappé à cet accident.

  • Pierre Sauvanet, professeur d’esthétique et Colas Duflo, philosophe : « Le jazz au musée du Quai Branly ? »

Règle du jeu à 2 : en 45 mn, les intervenants s’échangent des questions sur le mode « call and response » (voir déjà l’ouvrage « Jazzs »), avec exemples musicaux bienvenus ; seules les questions sont connues au préalable des intervenants, non les réponses de chacun.

Objectif double : interroger frontalement la présence du champ jazzistique dans un musée plus ou moins dit des « arts premiers » (ainsi, comment penser les relations entre jazz et musiques traditionnelles ?) ; mais aussi, dans un musée tout court (ainsi, comment penser le coefficient de « culturalité » du jazz muséographié ?).

  • Bill Shoemaker, critique musical : « Riffs sur Jazz, la musique improvisée et les vestiges du modernisme »

Le jazz et la musique improvisée sont des propositions intrinsèquement modernistes de part leur contexte progressiste. De façon plus importante, elles facilitent ce qu’Abraham Maslow appelait « les expériences paroxystiques », des moments totalement actualisés qui, comme Art Blakey le disait du jazz, dépoussièrent la vie quotidienne. Comment cela s’inscrit-il dans un environnement médiatique post-moderne et post-McLuhan dans lequel le médium cesse d’être le message ou même le massage, mais qu’importe ? La lutte pour l’auto-détermination des musiciens de jazz et des improvisateurs est-elle sapée par l’idéologie libertaire des téléchargeurs ? Le XXIème siècle amène-t-il avec lui le progrès ou, selon une citation de Roscoe Mitchell, une course vers le bas ? Un avis sur la question ou au moins un début d’opinion ?