Changer de langue :

29 novembre

Māori : parcours de l'exposition

introduction

Cet espace d’introduction a pour but d’orienter le visiteur vers le monde vu selon les perspectives māori, en présentant notamment un concept majeur qui sous-tend l’exposition, clef de voûte de la culture māori :

* Tino rangatiratanga, ou le contrôle des Māori sur toute chose māori, est une expression devenue synonyme de la lutte pour un contrôle accru des ressources et de la destinée des Māori. La racine du mot, Rangatira, ou chef, désigne celui dont l’autorité exercée sur sa tribu et son territoire est reconnue. Au sens large, l’expression renvoie aux concepts de souveraineté et d’autodétermination - la volonté des Māori de regagner le contrôle de leur culture, de leur identité et de leurs ressources, tout en s’impliquant dans la participation à des initiatives globales comme la protection de l’environnement.

* Dans la déclaration d’indépendance de 1835, les Māori affirment clairement leur volonté inextinguible de conserver leur souveraineté. Ils l’ont confirmée en signant Te Tiriti o Waitangi (Le Traité de Waitangi) en 1840.

La signature de ces documents signifiait que l’autorité des Māori serait à la fois reconnue et assurée sur leurs terres, leurs forêts, leurs pêches, etc.

Partie 1 - Whakapapa : système de référence généalogique, identité culturelle

Life mask of Wiremu Te Manewha, iwi (tribes) : Ngāti Korokī, Ngāti Raukawa, about 1885, by Gottfried Lindauer (1839–1926) and Sir Walter Buller (1839–1906), New Zealand, plaster, paint. Te Papa © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

Le whakapapa est le système de références à travers lequel sont formulés les récits cosmologiques et généalogiques. Cette notion exprime les liens de parenté entre les peuples, les régions tribales, l’environnement naturel et l’inter-relation entre toutes choses, animées et inanimées, ainsi que les relations entre le temps, l’espace et les générations. Elle permet aux Māori de s’identifier par rapport aux autres et au monde qui les entourent.

Dans cette partie, 3 éléments fondamentaux illustrent les relations qui structurent la société māori : waka (la pirogue ou le moyen de transport), whare tupuna (la maison de réunion ancestrale), tā moko (l’art de la sculpture sur peau, le tatouage).

Tauihu (canoe prow), 1500–1800, iwi (tribe): Te Aitanga-a- Hauiti (attributed), Ngāti Toa Rangatira (associated), New Zealand, wood, pāua shell. Te Papa © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

* Thème 1 / Waka, la pirogue

La notion de généalogie et de lien entre les peuples est étroitement liée au waka, la pirogue par laquelle les ancêtres des Māori sont arrivés sur la terre de Nouvelle-Zélande et qui a acquis une importance généalogique au fil du temps.

Aujourd’hui, lorsque les Māori se présentent de façon formelle, ils précisent souvent le nom du waka qui a amené leurs ancêtres jusqu’en Nouvelle-Zélande

Aotearoa. L’histoire forte et les traditions qui y sont associées reflètent la puissance du waka comme mode d’identité collective et d’affirmation culturelle en tant que peuple du Pacifique.

L’importance du waka dans la culture māori est aujourd’hui mise en valeur par la pratique du Waka Ama (pirogue à balancier monoplace de course), un sport moderne qui s’appuie sur des traditions et connaissances ancestrales.

* Thème 2 / Whare tupuna, la maison communautaire

Au 19e siècle, de grandes maisons communautaires tribales furent sculptées et érigées dans le pays, représentant le corps d’un ancêtre à l’intérieur duquel on trouve refuge. Cette représentation ancestrale est aussi forte et significative pour la société māori aujourd’hui qu’elle l’était quand elle fut originellement sculptée.

Une whare tupuna est partiellement reconstruite dans l’exposition pour expliquer au public les parties clés de cette demeure et ce qu’elles représentent, leurs fonctions et le rôle qu’elles jouent toujours aujourd’hui pour les tribus.

Focus historique : Bastion point

Bastion Point (Takaparawhau en māori) est une célèbre parcelle de la baie d’Auckland. Dans les années 1970, ce fut le lieu des protestations māori contre l’appropriation de leur territoire par des non Māori.

Tāmoko panel, 1896–99, made by Tene Waitere (date unknown–1931), New Zealand, wood, pāua, paint. Te Papa © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

* Thème 3 / Tā moko, l’art du tatouage

Le tā moko (art de sculpter et de pigmenter la peau) consiste à inciser et colorer la peau d’une personne pour y refléter son whakapapa (généalogie). Les moko traditionnels forment une série de motifs sous la peau qui ressemblent beaucoup aux sculptures sur bois māori.

Le moko, en tant que signifiant indélébile, affirme l’identité culturelle. Ses expressions sont à la fois traditionnelles et contemporaines : au début du 20e siècle, l’art du Tā mokoavait presque complètement disparu mais vers la fin du siècle, sa pratique connut un renouveau toujours d’actualité aujourd’hui.

L’exposition présente des moko traditionnels et contemporains à travers une série d’objets usuels et cérémoniels (kit de tatouage, statuettes gravées, entonnoir gravé…), ainsi que des photographies relatant les expressions de cet art ancestral.

Partie 2 - Les expressions du mana : intégrité, charisme et leadership

Le Mana est un terme qui fait référence à une force ou une qualité d’origine spirituelle, qui réside dans les êtres vivants, les animaux, et même les objets animés ou inanimés, lorsqu’ils inspirent le prestige et le respect. Les objets ou les êtres qui possèdent du mana se voient accorder le respect, parce qu’une telle possession leur confère autorité, pouvoir et prestige. Une façon qu’ont les Māori d’exprimer la valeur d’un être est de parler de leur mana ou pouvoir personnel.

Avoir du mana veut donc dire faire preuve d’efficacité et d’influence – en ayant conféré le pouvoir d’accomplir certaines choses dans une situation donnée, en faisant preuve d’autorité et en dirigeant une tribu.

Il existe différents types de mana : mana tangata (pouvoir des êtres), mana whenua (autorité d’un groupe sur la terre qu’il occupe) et mana atua (pouvoir du lien avec les puissances spirituelles).

Cette partie présente donc l’identité māori, en exposant des symboles extérieurs du mana et de l’identité tels que des parures personnelles, une cape, des moko (tatouages) et des armes. Elle évoque également les différentes expressions artistiques du mana dans la culture māori : à travers les taonga (trésors personnels), la langue, les instruments de musique et la terre.

Toki poutangata (ceremonial adze), 1500–1800, maker unknown, New Zealand, wood, pounamu (Aotearoa New Zealand jade), fibre. Te Papa © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa
Waka huia, 1800–1850, maker unknown, North Island, New Zealand, wood. Te Papa © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

* Thème 4 / He taonga rakai, trésors personnels

Les taonga tawhito (trésors des temps anciens) présentés ici sont datés entre 600 et 900 ans ap. J.-C., la plus ancienne période de colonisation de la Nouvelle-Zélande par des populations de Polynésie orientale. Ils comprennent notamment un collier en dents de requin, un pendentif en forme de lézard fait avec des os de baleine et des pendentifs taillés dans de la pierre.

Ces trésors n’étaient pas seulement des parures : on leur accordait également de puissants pouvoirs spirituels.

Qu’ils soient anciens ou récents, les taonga sont importants et accumulent au cours du temps une histoire et des récits qui leur sont associés par le biais d’une tradition orale. Ainsi, l’exposition montre des objets qui ont une signification pour les chefs māoris, accompagnés d’images de ces chefs, qui portent leurs taonga personnels.

Pūtōrino (bugle flute), date unknown, maker unknown, New Zealand, wood, flax. Te Papa © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

* Thème 5 / Taonga puoro, musique et instruments de musique māori

La musique māori a son propre récit fondateur. De Ranginui (le ciel père) vint la mélodie, alors que les battements du coeur de Papatūānuku (la terre mère) donnèrent naissance au rythme. De leurs descendants naquirent les taonga puoro (instruments de musique traditionnels), qui réunissent le rythme et la mélodie.

A travers la musique et le chant, les Māori expriment tous les aspects de la vie sociale, individuelle et spirituelle : des chansons existent pour le deuil, pour l’amour, pour fêter une naissance, pour insulter un ennemi, pour la pêche, pour faire appel à l’histoire et à la généalogie… Les flûtes, trompettes et percussions saisissent les sons de la nature : oiseaux, insectes et vent.

Avec le regain d’intérêt pour les taonga puoro, les instruments traditionnels māori sont en train de prendre une nouvelle place dans le développement de la musique contemporaine.

* Thème 6 / Te reo māori, la langue māori

Le langage a son propre mana, le te reo māori, qui porte en lui les valeurs et l’éthique d’une culture. Ainsi, il est essentiel au bien-être social et à la formation de l’identité. Il est montré ici à travers une chronologie des moments clés liés à la renaissance et la préservation de la langue māori : après avoir connu un déclin significatif au milieu du 20e siècle, l’usage du te reo māori a été revalorisé grâce à l’engagement de groupes māori et la création de structures qui enseignent en māori.

L’adoption du Māori Language Act en 1987 a fait du māori une des langues officielles de la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, le te reo māori est parlé en société comme à la télévision, à la radio, sur internet et chanté dans les chansons de variété.

* Thème 7 / Mana wahine

Le Mana Wahine décrit l’influence et le prestige des femmes pour souligner les rôles essentiels qu’elles ont occupés dans le développement et la préservation de la culture māori. Leur contribution capitale dans le militantisme māori du 21e siècle est également reconnue à ce titre.

* Thème 8 / Mana whenua, l’autorité d’un groupe sur la terre qu’il occupe

Focus historique : la Marche Māori pour la Terre de 1975

En 1975, un grand nombre de Māori ont participé à la Marche Māori pour la Terre pour protester contre la perte continuelle des terres māori. Son objectif premier était de récupérer les terres dont les Māori avaient été dépossédés et de faire cesser toute perte ou aliénation supplémentaire de terre māori.

Partie 3 - Kaitiakitanga : la sauvegarde, le soin et la protection de l’environnement naturel

Les Māori considèrent le monde comme un environnement où toute vie est créée par Papatūānuku (la Terre Mère) et où toutes les choses sur cette terre sont reliées entre elles. Les Māori gardent et prennent soin de l’environnement des générations futures : cela inclut toutes les ressources de la terre, de la mer et des voies navigables pour que le bien-être des humains et des autres espèces
perdure dans le temps de manière durable.

Matau (fish hook), 1500–1800, maker unknown, New Zealand, bone, fibre. Te Papa © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

Thème 9 / La pêche : croyances spirituelles et fortes valeurs

La pêche fut une activité essentielle à la survie des Māori mais il s’agissait également d’une activité ancrée dans des croyances spirituelles et des valeurs fortes. Les Māori observaient le kaitiakitanga (la sauvegarde et le soin portés aux ressources) dans la gestion des zones de pêche d’eau douces ou de mer, en fonction des cycles saisonniers au sein de leur calendrier lunaire.

Les objets de pêche étaient soigneusement conçus et décorés comme autant de symboles du profond respect porté à Tangaroa, divinité de la mer.

Foreshore and Seabed Hīkoi (march), Wellington, New Zealand, 2004. Photograph by Michael Hall, Te Papa © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

* Thème 10 / La terre : gestion des ressources

La māuri représente l’interconnectivité de ce tout qui existe. Les hommes ont la responsabilité de s’assurer que la māuri des ressources naturelles est protégée et conservée. Un mauvais usage des ressources a un impact direct sur la māuri ou force vitale d’une voie d’eau et par conséquent sur tous les facteurs qui lui sont associés.

Focus historique : La Foreshore and Seabed Controversy de 2004

La controverse néo-zélandaise sur le littoral et les fonds marins a éclaté en réaction à la promulgation d’une loi faisant passer la propriété de ces zones au Gouvernement. Les tribus māori se sont rassemblées pour protester contre la nouvelle Loi qui écartait toute possibilité de revendication tribale fondée sur leurs possessions ancestrale et historique, et sur Traité de Waitangi.

Le conflit juridique dont il est question commença en 1996. Après de nombreux rebondissements, le Gouvernement néo-zélandais adopta le 18 novembre 2004 le Foreshore and Seabed Act, qui affirmait que le territoire en question appartenait à la Couronne.

Une protestation d’envergure s’ensuivit, qui rassembla des tribus māori, des sympathisants non Māori, des représentants de la communauté légale et de nombreux autres anonymes qui soutinrent la marche et s’opposèrent aux implications du projet de loi. Tous se rejoignirent aux portes du Parlement dans le plus grand rassemblement public jamais vu en Aotearoa, la Nouvelle-Zélande.

L’exposition s’achève avec la présentation de Uncle Tasman : The Trembling Current that Scars the Earth, oeuvre vidéo de l’artiste Natalie Robertson autour de la pollution d’un cours d’eau dans la Bay of Plenty dont elle est originaire, suite aux effluents d’une papeterie.

L’art contemporain, autour des Māori

Nemesis, 2005, by Reuben Paterson (born 1973), iwi (tribes): Ngāti Rangitihi, Ngāi Tūhoe, New Zealand, diamond dust and glitter dust on canvas. On loan from the artist and Gow Langsford Gallery © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa
Fiona Pardington, Heitiki
Michael Parekowhai, Chapman’s Homer 2011

Des oeuvres de plusieurs artistes māori contemporains sont présentées et réparties dans toute l’exposition selon les thèmes abordés.

Ces artistes travaillent soit sur la culture māori (les photographies artistiques de tiki de Fiona Pardington) soit à partir de l’iconographie māori (Reuben Paterson), du territoire et de ses paysages vidéos (Natalie Robertson) ou des combats māori actuels (Brett Graham).

Reuben Paterson - art numérique et techniques mixtes

Il réutilise des motifs māori dans ses oeuvres, utilisant des techniques résolument modernes telles que l’animation numérique, ou des sources d’inspiration liées aux mouvements pop des années 70.

Les oeuvres de Reuben Paterson ont été présentées lors de la 17ème Biennale de Sydney en 2010.

Fiona Pardington - photographie

Faisant partie du collectif néo-zélandais avec Reuben Paterson lors de la 17ème édition de la Biennale de Sydney, Fiona Pardington est connue pour sa maîtrise du développement analogique en chambre noire, de l’impression à la main et du virage. Dans ses photographies d’objets traditionnels māoris, un jeu d’éclairage confère à ces objets un aspect charnel, révélant la matière et mettant l’accent sur la signification sociale et religieuse des taonga.

Brett Graham - sculpture

Brett Graham est un sculpteur néozélandais de renommée internationale. Il a participé à des manifestations d’art contemporain d’envergure internationale, telle que la Biennale de Sydney en 2006.

Il est identifié pour sa capacité à interpréter des concepts culturels et historiques complexes dans des sculptures fortes et monumentales.
Son travail est un dialogue culturel entre les histoires māori et européenne, associé à la modernité de l’esthétique et du matériau. L’oeuvre présentée dans l’exposition, Foreshore defender, traite de la controverse māori sur la propriété des zones côtières.

le jardin et le hall du musée accueillent également 3 installations de l’artiste Michael Parekowhai

Cet artiste néo-zélandais est devenu l’une des références en matière de performances artistiques, exposant notamment lors de grandes manifestations internationales, telles que la Biennale de Sydney (2002) ou l’Asia Pacific Triennal (2006- 2007).

Les oeuvres exposées au musée du quai Branly, Chapman’s Homer, A peak in Darien et Story of a New Zealand river, s’inscrivent toutes trois dans le projet On first looking into Chapman’s Homer, présenté cette année par l’artiste lors de la Biennale de Venise. L’artiste y interroge, à travers un jeu d’échelle entre beauté et terreur, entre courbes saillantes des taureaux et reprise de motifs māori, la notion de territoire, les mouvements migratoires qui le font évoluer et les racines de la culture māori.

sont également exposés

Ngāti Korokī (sculpture), Darryn George (peinture), Shane Cotton (peinture), Robyn Kahukiwa (peinture), Laurence Aberhart (photographie), Natalie Robertson (vidéo).