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17 septembre

 

l'exposition a été conçue par le Museo Chileno de arte precolombino, Santiago de Chile, et présentée du 31 octobre 2007 au 30 mars 2008 sous le titre Morir para gobernar. Sexo y poder en la sociedad Moche.

 

 

la majorité des céramiques proviennent des collections exceptionnelles du Museo Larco de Lima, Pérou.

 

manifestation organisée dans le cadre des célébrations du bicentenaire des
indépendances d’Amérique latine en 2010

 

 

Sexe, mort et sacrifice

dans la religion Mochica

  • mezzanine Est
  • billet collections 8,50 € plein tarif et 6 € tarif réduit

du mardi 9 mars au dimanche 23 mai 2010

commissariat : Steve Bourget, professeur associé du département Art et Histoire de l’art à l’Université du Texas, Austin

conseiller scientifique : Anne-Christine Taylor, directeur du département de la recherche et de l’enseignement du musée du quai Branly

l'exposition

L’exposition « Sexe, mort et sacrifice dans la religion Mochica » rassemble, pour la première fois en Europe, 134 céramiques mochica montrant avec un réalisme surprenant des actes sexuels ou sacrificiels. Ces poteries nous racontent le lien que le peuple mochica établissait entre la religion, le pouvoir, la sexualité et la mort.

Cette iconographie religieuse, surprenante rencontre de l’acte sexuel et du sacré, est unique dans l’art précolombien et propre à la mythologie mochica.

Elle figure des actes sacrificiels, mais surtout sexuels entre animaux et/ou personnages anthropomorphes.

Les artisans mochica ont pétri dans leurs poteries ces rites non reproducteurs, faisant des attributs sexuels stylisés les thèmes centraux d’une iconographie à fonction rituelle dont l’audace est à la hauteur de la force de leurs croyances.
Steve Bourget propose des clés d’interprétation de cette imagerie sexuelle qui n’est pas liée à la vie quotidienne des Moche, mais renvoie à une idéologie politique et religieuse caractéristique de leur société. Cette idéologie est habitée par le souci d’assurer, par la reproduction de l’autorité gouvernante, la propre continuité de la société, et d’une manière générale celle de l’univers.

cette exposition présente des céramiques Mochica figurant de manière explicite des actes sexuels

figura 63 © Museo Larco, Lima photo Daniel Giannoni et Steve Bourget

décrypter les rites d'une civilisation méconnue

Cette civilisation précolombienne de premier plan, contemporaine de la culture nazca de la côte sud, se situe au rang des plus grandes cultures indigènes des Andes, au même titre que l’empire inca qu’elle précède de plus de cinq siècles. Elle s’est développée du Ier siècle au VIIe siècle de notre ère dans une zone aride du nord du Pérou. Des sites funéraires imposants (tels celui du « Seigneur de Sipan », exhumé en 1987), et les huacas (immenses sites cérémoniels de forme pyramidale), ont permis d’approfondir les connaissances sur cette civilisation grâce aux nombreux témoignages exhumés des sépultures et aux peintures murales qui ornent les monuments funéraires.

L’exposition invite à découvrir cette civilisation précolombienne par le prisme de sa mythologie unique qui, en l’absence d’écriture, nous est transmise par une imagerie propre qui témoigne de la surprenante rencontre du sacré, de l’acte sexuel et de la mort.

Il est important de comprendre que les images sexuelles figurant sur les céramiques mochica ne sont pas des illustrations de la vie quotidienne de la société Moche. Aussi, leur interprétation ne peut se baser sur les idées et valeurs de notre propre société : leur message doit être déchiffré à partir d’une reconstruction du contexte particulier du monde des
Moche, que propose cette exposition.

En mettant particulièrement l’accent sur la production céramique, facette de l’artisanat Mochica particulièrement riche et connue pour son abondance et son réalisme, l’archéologue Steve Bourget révèle le résultat des recherches qu’il a effectuées en étudiant de manière systématique l’ensemble de l’iconographie Moche.

Toutefois, les interprétations présentées dans l’exposition sont nécessairement spéculatives, compte tenu du caractère lacunaire des sources archéologiques relatives à cette civilisation.

L’exposition s’appuie librement sur l’ouvrage publié par Steve Bourget, en 2006 : Sex, Death and Sacrifice in Moche Religion and Visual Culture.

femme caressant un personnage squelette aux traits simiesques © Museo Larco, Lima photo Daniel Giannoni et Steve Bourget

une idéologie unique et complexe

Les vestiges de la culture mochica renvoient à une cosmologie complexe organisée selon un principe dualiste, typique aujourd’hui encore des cultures indigènes des Andes : l’univers et les phénomènes qui le composent sont scindés en deux parties, et les éléments du monde, regroupés par paires, sont assignés à l’une ou l’autre partie.

La société mochica, telle qu’elle est représentée dans l’iconographie, regroupe quatre grandes classes d’êtres :

  • les vivants (humains et animaux domestiques)
  • les morts
  • les esprits animaux
  • les divinités principales ou esprits ancestraux

Tous ces êtres sont pris dans des cycles de reproduction impliquant le basculement d’une moitié à l’autre, dans le cadre de grands rituels collectifs où les sacrifices, notamment de guerriers prisonniers, occupaient une place importante.

On aborde ici un des aspects les plus complexes de la religion Mochica : les rites associés au passage de leur Seigneur – dignitaire tout puissant qui régnait sans partage tant sur ses sujets que sur la nature – du Monde des vivants à celui des morts. Des rites qui, en l’absence d’écriture, sont évoqués par la production de ces céramiques aux teintes rouge brique. Les vases sont ornés de scènes sexuelles et sacrificielles peintes ou sculptées; la représentation d‘actes explicites, impliquant des humains, des animaux voire des squelettes, accompagnait le Seigneur et l’élite mochica dans leur voyage vers le Monde des morts, garante de leur retour à la vie et à la fertilité.

visage ridé copulant avec une femme © Museo Larco, Lima photo Daniel Giannoni et Steve Bourget

un savoir faire-inégalé, une lecture inédite

Les Mochica sont connus depuis longtemps pour la virtuosité technique, l’abondance et le surprenant « réalisme » de leurs productions céramiques, en particulier celles figurant des actes sexuels entre animaux et entre personnages anthropomorphes. Cette imagerie sexuelle, unique de par sa complexité dans l’art précolombien, pose de multiples problèmes d’interprétation, d’autant qu’elle est liée à des contextes funéraires, probablement de dignitaires.

En se basant sur une étude systématique de l’iconographie religieuse, le commissaire Steve Bourget a pu mettre en évidence une focalisation de la céramique funéraire sur deux grandes formes de sexualité :

  • l’une impliquant des actes sexuels non-procréatifs (sodomie, masturbation, fellation…) entre un humain vivant (généralement une femme) et une éventuelle victime sacrificielle, un mort ou un être squelettique
  • l’autre une copulation procréative soit entre des animaux symbolisant des éléments importants de la fertilité (batraciens, rongeurs…), soit entre une divinité majeure – principalement celle connue sous le nom de « Wrinkle Face » ou « Face Ridée » – et une femme humaine

La première catégorie d’images renverrait à une sexualité inversée et ne pouvant pas mener à la procréation propre aux habitants de l’inframonde, tandis que la seconde, figurant une copulation entre une divinité et une victime sacrificielle, évoquerait une sexualité génératrice sur le plan cosmologique, gage de la fertilité du monde habité par les Mochicas.

Ces représentations étonnantes n’ont donc rien d’érotique, et leur naturalisme n’est que de surface, puisqu’elles figurent pour l’essentiel des entités ou des processus surnaturels combinant des choses normalement disjointes : des morts-vivants, des animaux avec des attributs humains, des dieux à la fois destructeurs et régénérateurs. Il s’agit en réalité d’une imagerie religieuse, à fonction rituelle, qui utilise la sexualité pour symboliser des opérations cosmologiques abstraites : le passage du monde d’ici à l’inframonde, les échanges continus de substances nourricières – sang, liquide séminal, eau… – entre les vivants et les divinités ou esprits ancestraux, échanges réglés qui garantissent la bonne marche de l’univers et dont la gestion incombe aux souverains et aux dignitaires religieux.