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22 novembre

la bouche du roi

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© Romuald Hazoumé
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© Romuald Hazoumé

Romuald Hazoumé et La bouche du roi

12 septembre – 13 novembre 2006

Romuald Hazoumé est né en 1962 à Porto Novo au Bénin. Il y vit et travaille.
Ses œuvres sont exposées dans le monde entier depuis plus de 25 ans.

des masques Fa à la théorie du Bidon : une installation d’art contemporain qui fait sens

« La bouche du roi , explique Romuald Hazoumé, vient du nom de l’estuaire du fleuve Couffo que les Portugais ont appelé « a boca do rio » (embouchure du fleuve), que les Français ont plus tard transformé en « bouche du roi » par ignorance ».
Cette installation qui a été présentée pour la première fois à Cotonou en 1999, est porteuse d’un message fort à la fois symbolique et politique.
Elle est constituée de 304 masques réalisés à partir de bidons d’essence. Disposée à même le sol, elle rappelle la structure d’un bateau négrier. Chaque masque possède une identité propre et représente un esclave à l’exception de deux d’entre eux, qui figurent des rois, un Africain et un Européen, visibles à la proue de ce navire retransposé.
Une nouvelle forme d’esclavage est née, liée avant tout à des enjeux économiques et à une denrée précieuse, source de travail des Béninois, l’essence. Des centaines de litres accumulés dans des bidons, véritables bombes en puissance sont ainsi transportés régulièrement par des hommes en mobylettes, « héros de la survie ».
Si la réalité de l’esclavage s’est transformée, elle reste suspendue au danger de cet « aller simple pour le tombeau » décrit en 1686 dans « La Ballade du Négrier », long poème du XVIIe siècle qui a influencé Romuald Hazoumé.
L’objet rejoint la parole dans cette installation par la restitution d’un fond sonore qui semble émaner des masques eux-mêmes : une litanie de noms d’esclaves et une improvisation de chants alternés, des « Lamentations » ou implorations aux divinités yoruba afin que cesse la souffrance de ces hommes qui « ne savent pas où ils vont ».

extraits d’un entretien avec Romuald Hazoumé

« Etre artiste c’est répondre à un questionnement, et mes réponses ne me satisfaisaient plus. Il fallait que j’aille à la source pour comprendre pourquoi nous avions cette attitude, ce fatalisme… Comprendre pourquoi mes ancêtres Yoruba faisaient des masques : c’est cela qui m’a poussé à faire des kaélétas (masques). Il fallait voir ce qu’il y avait derrière. Je me suis plongé dans le Fa. Du sud-ouest du Nigeria au sud-ouest du Ghana, on parcourt la région du Fa. Le Fa c’est la géomancie divinatoire qui permettait de savoir l’avenir […]. Le travail que j’ai réalisé sur le Fa m’a fait beaucoup avancé.
[…].
Après cette nouvelle étape de mon parcours, j’ai commencé à m’ennuyer et je suis revenu aux masques bidons.
Il n’y a aucune rue au Bénin où l’on ne trouve un bidon, du type même que j’utilise : le bidon du trafiquant d’essence. Car à Porto Novo, le trafic d’essence est partout. […].
C’est comme cela que je suis devenu photographe, parce que ces bidons, je ne pouvais pas les obtenir facilement […].
J’ai travaillé sur La bouche du roi en filmant tous les jours les trafiquants, ces as de la débrouille, dans leurs gestes au quotidien. Ils vont au marché, achètent des bidons, y mettent de l’essence, et cette essence est utilisée par la population béninoise. Mais quand on voit comment se passe ce trafic, on se rend compte que les bidons sont traités exactement comme l’étaient les esclaves auparavant. On peut établir une métaphore entre ces deux situations […].
C’est toute une vie autour de l’objet bidon. Et cet objet bidon devient l’esclave d’aujourd’hui […].
Un film de 7 minutes rend compte de ce trafic des bidons d’essence évoqué par Romuald Hazoumé.

le catalogue

"La bouche du roi" de Romuald Hazoumé