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16 septembre

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Les Maîtres du désordre

 - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre

du mercredi 11 avril au dimanche 29 juillet 2012

  • galerie Jardin
  • billet Expositions temporaires et billet jumelé

Commissariat

  • Jean de Loisy, assisté de Sandra Adam-Couralet
  • Nanette Jacomijn Snoep, responsable des collections Histoire au musée du quai Branly

Conseiller scientifique

  • Bertrand Hell, professeur d’ethnologie à l’Université de Franche-Comté

Certaines œuvres de l’exposition peuvent heurter la sensibilité du public, notamment celle du jeune public.

bande-annonce de l'exposition

l'exposition

Dans la plupart des cultures, des traditions mettent en scène des forces contraires qui se disputent le monde en un combat nécessaire et sans fin. Tout ordre, y compris l’ordre divin, est fondamentalement imparfait, limité, menacé d’implosion. Cette conscience du désordre semble être commune à toute civilisation et les forces perturbatrices, nécessaires à l’équilibre de l’univers et à sa continuité.

Articulée en 3 grandes sections, l’ordre imparfait, la maîtrise du désordre et la catharsis, l’exposition analyse la notion de désordre à travers les différents modes de négociations mis en place pour le contenir.

L’exposition s’intéresse aux figures du désordre, inscrites au panthéon de nos croyances et des cultures, de Dionysos à Seth Typhon, et aux techniciens, chamanes et autres intercesseurs ici appelés « maîtres du désordre », chargés des négociations avec les forces du chaos. Dans ce compromis permanent entre turbulence et raison, les rites sont le mode privilégié de négociation avec les puissances qui gouvernent les sociétés humaines. Parallèlement à ces rituels sacrés, les fêtes, bacchanales, carnavals ou fêtes des fous semblent être l’autre moyen, profane, qui autorise le déchaînement des pulsions transgressives.

Les maîtres du désordre met en scène des objets, des costumes, des représentations issus des grandes collections anthropologiques mais aussi des oeuvres d’artistes contemporains dont Annette Messager, Jean-Michel Alberola ou Thomas Hirschhorn.

la websérie autour de l'exposition

En parallèle à l'exposition, découvrez notre websérie autour des "Maîtres du désordre" : des rencontres avec quatre artistes exposés, des interviews du commissaire et du conseiller scientifique, les présentations de la scénographie et de l'espace "Paroles d'initiés". 

le parcours de l’exposition

L’exposition s’organise autour de trois grandes sections : le désordre du monde, la maîtrise du désordre et la catharsis. Les installations des artistes contemporains (Thomas Hirschhorn, Anne Charlotte Finel, Annette Messager, Jean-Michel Alberola…), qui rendent « lisibles » dans un langage contemporain des signes et des comportements desquels nous pensions être délivrés, scénographient ou introduisent chaque salle thématique.

le désordre du monde

L’ordre imparfait

Dès l’entrée, Outgrowth, oeuvre de Thomas Hirschhorn, donne, avec ces globes terrestres tuméfiés, un aperçu des désordres du monde.

Les puissances du désordre

La mort, la douleur, les catastrophes naturelles et les guerres manifestent l’imperfection du monde et témoignent de cette impuissance des dieux des religions établies, de leur silence ou de leur distance.

En réponse à cette impuissance, apparaissent, en marge de tous les panthéons, des figures transgressives, passeurs de limites : Seth Typhon, Dionysos, l’esprit du Tonnerre de l’Ouest, Legba, etc. Figures de déstabilisation, ils opposent la démesure insensée à l’ordre gouverné par la raison, ils introduisent la confusion dans l’ordonnance des codes et la condition des êtres. Incarnant le mouvement et l’échappée des cadres sociaux, ils révèlent un désordre générateur en lutte contre la fermeture des systèmes.

Leur récurrence dans la plupart des traditions met en évidence le caractère indispensable du désordre dans la mise en mouvement du monde. Une ambivalence essentielle : ce désordre maintient l’ordre des choses.

Activation des forces

L’exposition présente un véritable autel vodun activé pour l’exposition par un prêtre « sorcier du fou-rire » togolais. Fait de bois, de boue, de fer rouillé, d’os, de sang et de quelques matériaux modestes, il est éphémère et appartient au monde nomade. Activé, il met en mouvement les forces et permet la communication avec les esprits.

la maîtrise du désordre

Le rite est le mode privilégié de négociation avec les figures du désordre. Il est célébré pour traiter avec les puissances qui gouvernent les sociétés humaines. Il est un effort fait pour maîtriser les infortunes, les déséquilibres personnels, sociaux ou écologiques et a pour seule fin l’harmonie sociale et le maintien des régularités naturelles.

Or, dans la plupart des régimes animistes, les agents de l’infortune sont des êtres d’un autre monde et un intercesseur, spécialiste de la surnature, sert de médiateur entre ces deux pôles. Il négocie avec ses alliés, les esprits multiformes à la nature variable, génies anthropomorphisés ou avatars de dieux et d’ancêtres prestigieux.

Les intercesseurs

Personnages liminaires, ils sont par définition marginaux. Ils enfreignent les séparations entre des mondes habituellement dissociés : le masculin et le féminin, le monde des vivants et celui des morts, celui des animaux et des hommes. Non désignés mais élus par le monde autre, ils deviennent, après un enseignement, initiés, aptes à effectuer les éprouvantes négociations avec les esprits.

Leur maîtrise des forces permet aux « maîtres du désordre » de guérir et donc d’exorciser, de protéger, d’enchanter ou de désenchanter, de prédire ou de décrire les troubles à l’origine des infortunes mais, dans tous les cas, leur rôle est de rétablir les déséquilibres cosmiques à l’origine des désordres écologiques, psychologiques ou humains.

Les Clowns sacrés

Parmi les hommes-limites, certains se distinguent par leur condition de clown : ce sont les bouffons rituels d’Amérique du Nord, qui ont leurs homologues en Afrique et parfois en Océanie. Ces clowns sont loin d’être de simples amuseurs : ils représentent les héros triksters. Ces bouffons cérémoniels ont comme fonction de rendre manifeste le censuré, le refoulé, le réprimé.

Voyages cosmiques et psychonautes

Le voyage permet à l’intercesseur d’aller négocier avec les esprits célestes ou souterrains. Vols magiques, rites d’ascension d’une échelle, d’un arbre cosmique ou d’un mat, expériences extatiques de lévitation, mais aussi voyage au fond de la mer sur un poisson, sous la terre avec une fourmi ou sur le dos d’un animal volant.... les maîtres du désordre sont les techniciens du difficile passage de l'abîme spatial qui nous sépare du monde des esprits. Sont présentés quelques véhicules utilisés par les voyageurs cosmiques : sièges, échelle mapuche, bâtons bouriates à têtes de chevaux, tambours, etc.

Utilisés dans de nombreuses cultures, les psychotropes ouvrent la voie vers les esprits, enclenchent la communication et permettent une grande mobilité de l’âme. Une série d’objet taïno, inhalateurs, pilons, cuillères, plat pour la cohoba, spatules vomitives, illustre cette pratique dans les Grandes Antilles.

Caractéristique de notre époque contemporaine, un grand intérêt s’est développé pour le néochamanisme, associé au mouvement "New Age" et à l’utilisation des psychotropes traditionnels (Ayahuasca, Peyotl ou Iboga).

Pour évoquer ce courant, une grande sculpture en verre des artistes Berdaguer & Péjus plongera le spectateur dans un « Jardin d’addiction », entrelacs de fioles géantes de parfums, odeurs de différentes substances (alcool, cocaïne, herbe, opium...) toutes responsables d'un état de dépendance chez l'homme.

Métamorphoses

Le « maître du désordre » exerce un art oral et théâtral. Dans certaines régions, pour la chasse ou pour la cure, pour le voyage, il doit pouvoir se métamorphoser en animal. Son corps, par le chant, le son, les psychotropes, le masque, ou par simple concentration, s’ouvre au monde autre. Sa communication avec le sur-monde est attestée par l’effet de cette transformation. Le costume animal qu’il revêt n’est pas un simple déguisement : il illustre la capacité du chamane à s’élever vers les différents mondes des esprits. Cet « ensauvagement », ce zoomorphisme est un pilier essentiel de beaucoup de sociétés dont les cultures contestent la distinction des règnes. Le rôle des esprits auxiliaires est dans ces cas-là fondamental. Ils sont l’alter ego ou le support d’incarnation temporaire de « l’homme-limite » qui peut devenir esprit animal : poisson, oiseau, renne ou baleine. 

Des linogravures de Picasso (autoportraits de l’artiste en faune) et une vidéo de l’artiste contemporaine Chloe Piene viennent faire écho à ces rituels animistes de métamorphoses, en évoquant en différentes étapes le processus mental de transformation de l’artiste, laissant libre cours à son animalité.

Épicerie des forces

Afin de négocier avec les esprits, la fabrication et la manipulation de divers objets réceptacles de cette force cosmique est nécessaire. 

Cette section présente un grand « bazar » rassemblant, dans un apparent désordre, les éléments nécessaires à l’activation des forces dans différentes cultures : bâtons, récipients, livres magiques, hochets, statuettes, etc.

Maladie

Au désordre cosmique répond le désordre individuel, illustré entre autres par la maladie. Dans cette partie sont présentés des objets africains et européens qui évoquent cet état de « grotesques », des corps déformés par différentes afflictions.

Exorcisme

En réponse à la maladie, intervient la notion d’exorcisme, illustrée dans l’exposition par le rite d’exorcisme sri lankais. Il s’agit de localiser la source du désordre puis de l’expulser, et de restaurer ainsi le bien-être du patient et provoquer son retour à la « normalité ». Dancing my Cancer d’Anna Halprin, présentée dans cet espace, montre l’artiste effectuant une performance de conjuration de sa propre maladie.

paroles d’initiés

Au centre du parcours, des « maîtres du désordre contemporains » de différentes cultures encore vivantes aujourd’hui, interrogés par Bertrand Hell et d’autres ethnologues, commentent les différents thèmes de l’exposition. Fruit d’un soigneux travail de recueil, leur parole vivante et forte est présentée dans un « Arbre – Chamane » dont les 14 branches portent chacune un écran vidéo consacré à une aire culturelle : Mexique (Huichols), Maroc (Gnawa), Tadjikistan, Ouzbekistan, Liban, Amazonie, Sibérie…

catharsis

Si le travail et le rythme des jours maintiennent l’ordre du monde, le déchaînement des corps dans l’effervescence de la fête est le moment de suspension de cet ordre. Ces excès sont nécessaires au renouvellement de la nature ou de la société ; tout ce qui existe est alors rajeuni et l’usure du sacré, surtout, manifesté par des tabous et des expiations, est rendu supportable à nouveau par ces purgations.

Le musiqué

Le temps de la transe est un temps sacrificiel. Le corps animalisé du ou de la possédé(e) est offert à la surnature. Il peut subir des métamorphoses, incarner des fragments d’un mythe collectif. Le désordre de son corps atteste de la réalité du contact. Mu par la dramaturgie organisée par l’initié, porté par la musique, il atteint une autre perception, participant à un rituel collectif, ou sujet d’un travail individuel destiné à le guérir.

À travers deux exemples, pris en Italie du Sud et en Haïti, il s’agit de donner sa place au déchaînement corporel, non pas seulement comme une pulsion hystérique mais, surtout, parce qu’il est contrôlé du début à la fin, dans son rôle sociétal. La danse agitée est une performance cathartique.

Les Bacchanales et les fêtes du désordre

Débordements collectifs, pratiques ritualisées qui provoquent un retournement des rôles, évocation d’un univers dont le désordre s’est emparé, appartiennent à une tradition populaire ancestrale. Depuis les Sacées babyloniennes, les Bacchanales, en passant par les fêtes des fous du Moyen Age, les fêtes calendaires et divers carnavals, transformés au gré des siècles et des différentes régions du monde, témoignent d’un mécanisme de transgression passé peu à peu de la sphère du sacré à celle du profane.

Conjurations profanes

Les nouveaux « maîtres du désordre » sont, dans notre monde profane, des acteurs ou artistes qui mettent en désordre les conventions qui nous entourent. L’espace consacré à ce thème est confié à l’artiste Arnaud Labelle-Rojoux pour l’organisation et la conception d’un désordre par différentes installations d’artistes contemporains. Cette installation prendra la forme d’un char de carnaval, rassemblant la « confrérie » des artistes qui raillent la société.

L’exposition s’achève sur la projection de la vidéo Quarta-Feira de Cinzas / Epilogue, réalisé par les artistes brésiliens Rivane Neuenschwander et Cao Guimaraes : à l’issue de ce qui aurait pu être un carnaval, des fourmis transportent un à un des confettis multicolores, formant une sorte de ballet aux allures de recyclage de déchets. La fête est finie.

le projet scénographique

Le projet scénographique, conçu par l’agence Jakob+MacFarlane à l’occasion de l’exposition Les Maîtres du désordre, dessine et structure un grand espace tubulaire subdivisé en cellules qui présentent les différentes thématiques artistiques. Cet espace prend la forme d’un système à l’intérieur duquel le visiteur va être projeté, immergé puis expulsé à la fin du parcours. Il s’agit d’une véritable expérimentation et initiation du public à travers un chemin exploratoire. La scénographie souligne les différents univers, rythme la découverte des oeuvres par le public et crée une évolution dynamique qui conduit et fait progresser le spectateur dans un circuit ouvert, non figé dans le temps ni dans l’espace. Voyage initiatique qui invite le spectateur à explorer des thématiques variées et à opérer une transformation de soi au fur et à mesure du parcours. Cette mutation est rendu possible non seulement par le contenu conceptuel de l’exposition mais aussi par la scénographie.

en savoir plus sur l'agence Jakob+MacFarlane

itinérance

L’exposition sera présentée au Kunst-und Ausstellungshalle der Bundesrepublik Deutschland (Bonn, Allemagne) du 31 août au 2 décembre 2012 et à "La Caixa" Foundation (Madrid, Espagne) du 7 février au 19 mai 2013.

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