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20 décembre

les vacances de Noël en Himalaya

du dimanche 26 décembre 2010 au dimanche 2 janvier 2011

spectacles, ateliers, visites, installations, cinéma, rencontres et conférences : découvrez le programme des activités de Noël en Himalaya au musée...

Dans le blanc des yeux

Masques primitifs du Népal

Le musée du quai Branly présente cet hiver un ensemble exceptionnel de 22 masques primitifs du Népal issus de la donation que le collectionneur Marc Petit a faite au musée en 2003.

  • Mezzanine Est
  • billet collections 8,50 € plein tarif et 6 € tarif réduit

du mardi 9 novembre 2010 au dimanche 9 janvier 2011

commissariat : Stéphane Breton et Marc Petit

l'exposition

Masque anthropomorphe © musée du quai Branly photo Thomas Duval

Dans les collines du Népal se trouvent des sociétés tribales, à l’origine ni bouddhistes, ni hindouistes : les plus connues sont les Magar, les Gurung, les Tamang, les Rai, les Limbu.

Depuis des siècles, elles utilisaient des masques, pour certains sans doute associés au chamanisme, qui subsiste de nos jours. Visages d'ancêtres, figures de personnages mythiques, démons et bouffons, ces masques sont le reflet de l'imprégnation du chamanisme et des croyances ancestrales dans la vie quotidienne et les rituels de ces sociétés tribales.

Masque anthropomorphe © musée du quai Branly photo Thomas Duval

Mais ces masques, qui n’ont pas fait l’objet de recherches scientifiques approfondies, sont encore peu connus. Ils ont commencé à apparaître sur la scène mondiale il y a environ 30 ans, et ont frappé de rares amateurs par leur violente étrangeté. Parmi eux, Marc Petit, qui les a collectionnés et a été l’un des premiers à comprendre que leur brutalité résultait d’un art très audacieux. Il a fait don au musée du quai Branly de pièces exceptionnelles.

autour d'un masque

Masque de danse, personnage masculin © musée du quai Branly photo Thomas Duval

Gueule de bois

Qu’est ce que c’est ? – Une patate qui espère le couteau, la trogne rouée de coups d’un ivrogne, un crachat dans le creux de la main, un éclat de visage, un coup d’oeil qui nous porte un coup. Cette chose ressemble comme deux gouttes d’eau à une mauvaise rencontre. Nous sommes vus par quelqu’un que nous ne connaissons pas et qui se moque de nous. Je voudrais vous dire qui il est.

Nous ne savons presque rien de ce masque exceptionnel et de ses semblables venus des piémonts népalais de l’Himalaya, sans doute d’une région peuplée par les Magar ou les Gurung, sinon qu’il a été aimé longtemps par des gens qui ont pris soin de lui et l’ont caressé de leurs mains grasses, génération après génération, qui l’ont enveloppé dans des chiffons, placé au dessus du feu pour qu’il sèche et crie encore. Il a pris toute la saleté et la fumée du monde, il est imprégné de la sueur de tous ceux qui l’ont porté. Peu de choses savent être aussi resplendissantes de crasse.

Une chose est sûre : il ne s’agit pas d’un visage, mais d’une gueule. Sur cette terre, nous dit ce masque, les humains sont équipés d’une gueule. C’est tout à leur honneur et c’est aussi pourquoi nous en sommes. Une gueule est une chose privée de forme – molle et dure à la fois, mais pas aux mêmes endroits. C’est dire beaucoup sur le fond de notre âme. Elle intéresse particulièrement ce masque, qu’il faut sans doute expliquer à la lumière du chamanisme tibétain ou népalais, qui se mêle parfois au bouddhisme tantrique et qui a donné en Sibérie certains masques de feuilles aussi fragile que celui-ci est increvable. Les masques – qui font taire le visage de celui qui les porte – chassent toutes sortes de maladies de l’âme et de la chair.

Nous savons peu de chose de ce masque, sinon qu’il vient du fond des âges et qu’il n’est pas souriant. Les deux vont ensemble. Sa grande ancienneté nous dit que sa grâce étrange avait du prix, celui de la force et de la persistance. L’ignorance et la mémoire menacent notre regard émoussé par l’habitude – l’ignorance de ce que l’on ne connaît pas encore, la mémoire de ce que l’on a déjà vu.

Pas vu et pas pris par les ethnologues, ce masque baigne dans l’inconnu ; on n’y trouve pas l’amabilité plastique et parfois réconfortante de l’ « art primitif » ni le conformisme éclairé des formes.

Stéphane Breton