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30 octobre

avec le soutien de

 

Crédits photos du paragraphe "L'univers de Charles Ratton..."

(1) © musée du quai Branly, photo Hughes Dubois.

(2, 4, 5, 6 et 10) © musée du quai Branly, photo Claude Germain.

(3) © musée du quai Branly, photo Patrick Gries.

(8, 9) © Société française de photographie.

(4, 7, 10) Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris.

 

 

Charles Ratton, l’invention des Arts "Primitifs"

Affiche de l'exposition "Charles Ratton, l'invention des arts "primitifs"" - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre

du mardi 25 juin au dimanche 22 septembre 2013

  • mezzanine Est
  • billet collections ou billet jumelé

commissariat

  • Philippe Dagen, historien de l’art et Professeur d’histoire de l’art contemporain à l’Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne

conseiller scientifique

  • Maureen Murphy, historienne de l'art et maître de conférences à l’Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne

autour de l'exposition

visites, catalogue et événements autour de l'exposition

Bande-annonce de l'exposition

À propos de l'exposition

Cette exposition est l’occasion de mettre en valeur le regard de Charles Ratton (1895-1986), expert, marchand et collectionneur qui a marqué l’histoire de la réception des arts "primitifs", en faisant la promotion d’objets dérogeant au goût pour l’art "nègre" qui prévalait jusqu’aux années 1930.

Sa proximité avec les milieux des musées, ainsi que sa curiosité scientifique, dont témoigne la richesse de ses archives, ont contribué à nourrir son expertise. Par ses activités de marchand et les expositions qu’il a organisées, il a participé au glissement de statut des œuvres d’Afrique, d’Amérique et d’Océanie : d’objets d’étude anthropologique à objets d’art dans les années 1930, puis chefs-d’œuvre dans les années 1960, en France mais également aux États-Unis. L’évocation de ses liens avec les artistes (les Surréalistes, Jean Dubuffet) et la photographie (photographie "documentaire" et artistique : Man Ray) participe à la mise en valeur de ce glissement vers l’art et l’histoire.

Parcours de l'exposition

Portrait de Charles Ratton, Studio Harcourt, Paris, années 1930. Archives Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Portrait de Charles Ratton, Studio Harcourt, Paris, années 1930. Archives Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain.

L’exposition rassemble plus de 200 œuvres (sculptures, objets en trois dimensions et documents tels que cartons d’invitations, affiches, catalogues).

L'univers de Charles Ratton, entre curiosité et érudition

L'exposition s'ouvre sur la reconstitution du bureau de Charles Ratton. Traité comme un cabinet de curiosités, ce premier espace donne à voir les œuvres d’art qui entouraient Charles Ratton au quotidien, dans le décor de son bureau. Cette section rassemble aussi ses notes et croquis qui témoignent de sa méthode de travail extrêmement précise.

Des objets de diverses provenances géographiques (Extrême-Orient, Afrique, Océanie,...) et temporelles (Antiquité, Moyen-Âge) soulignent la diversité de ses achats, ainsi que ses liens avec les Surréalistes, parmi lesquels Tristan Tzara, Roland Tual ou encore Paul Éluard.

 


Le marchand des surréalistes et l'activité vers les États-Unis

Dès les années 1920, Charles Ratton s’impose comme le connaisseur de cultures méprisées et mal connues en créant la figure du marchand érudit. Il développe un réseau d’acheteurs et de prêteurs dans lequel les grands amateurs fortunés côtoient artistes d’avant-garde et poètes surréalistes désargentés.

Très vite, Charles Ratton comprend qu’il ne suffit pas d’être le premier à Paris, mais qu’il faut être international et prendre pied aux États-Unis. Enfin, il s’appuie sur tous les moyens de communication modernes : presse, photographie et cinéma.

Dans cette section, le visiteur découvre Charles Ratton, à travers les expositions et ventes auxquelles il est associé, en France et aux États-Unis.

 

Masque d'épaule Nimba, prêt du musée Picasso © RMN-Grand Palais / Béatrice Hatala. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Masque d'épaule Nimba, prêt du musée Picasso © RMN-Grand Palais / Béatrice Hatala.
Couple de jumeaux, population Yoruba, Nigéria, 19ème siècle. Atelier de Shaki, bois, perles, métal. Inv. 70.2003.3.7.1 et 70.2003.3.7.2 © musée du quai Branly, photo Patrick Gries, Valérie Torre - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Couple de jumeaux, population Yoruba, Nigéria, 19ème siècle. Atelier de Shaki, bois, perles, métal. Inv. 70.2003.3.7.1 et 70.2003.3.7.2 © musée du quai Branly, photo Patrick Gries, Valérie Torre
Sculpture Zemi, bois, Taïno, Saint-Domingue. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Sculpture Zemi, bois, Taïno, Saint-Domingue. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain.
Portrait de Charles Ratton, Jean Dubuffet, novrembre 1946 © musée du quai Branly, photo Claude Germain. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris / © ADAGP, Paris 2013 - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Portrait de Charles Ratton, Jean Dubuffet, novrembre 1946 © musée du quai Branly, photo Claude Germain. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris / © ADAGP, Paris 2013

Charles Ratton et l’art brut

De leur rencontre en 1944 jusqu'à la fin des années 1950, Ratton et Jean Dubuffet se voient souvent et correspondent. Ratton présente Dubuffet à Pierre Matisse, qui l’introduit aux États-Unis. Il l’initie à la sculpture africaine et lui montre des travaux de "fous". Son rôle est décisif dans l’invention de la notion d’ "art brut" et la création de la Compagnie de l’Art Brut qu'il cofonde en 1948 avec André Breton et Henri-Pierre Roché. Il y fait adhérer Georges Henri Rivière et l’un de ses grands collectionneurs, le baron Eduard von der Heydt.

Une partie de la correspondance entre Charles Ratton et Jean Dubuffet est exposée dans cette section.

Masque, population Dan, 19-20ème siècle, Côté d'Ivoire. Bois © musée du quai Branly, photo Claude Germain. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Masque, population Dan, 19-20ème siècle, Côté d'Ivoire. Bois © musée du quai Branly, photo Claude Germain. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris.

Après la guerre

Après la guerre, Charles Ratton, qui est demeuré à Paris durant l’Occupation, renoue avec les Surréalistes de retour de leur exil américain et poursuit son activité de marchand international. Il apparaît alors comme la référence suprême en matière d’Afrique et d’Océanie et sa galerie de la rue de Marignan est visitée par tous ceux qui comptent dans le monde des amateurs et des savants.

Jusqu’à la fin des années 1970, malgré l’âge et l’apparition d’une nouvelle génération de marchands voyageurs, il se maintient au premier rang, participant au triomphe, mais aussi au renchérissement régulier d’objets qui sont de plus en plus considérés comme des chefs d’œuvres du patrimoine mondial.

Homme assis dont un serpent avale la tête, bois, royaume du Danhomè (?). Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Homme assis dont un serpent avale la tête, bois, royaume du Danhomè (?). Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain

Le mystère, malgré tout

Dans les années 1980, Charles Ratton souhaite offrir le meilleur de sa collection au musée du Louvre. L’institution n’ouvrira pourtant ses portes aux arts extra-occidentaux que 20 ans plus tard, après avoir refusé à plusieurs reprises les propositions de dons du marchand.

Si Charles Ratton contribue à faire connaître certains aspects de la création artistique extra occidentale et en particulier les arts de cour, la nature des rapports qu'il entretient avec les objets reste mystérieuse. Soucieux d'en conserver la mémoire mais aussi d'en contrôler l'image, il photographie chaque objet passé entre ses mains. Il en est un dont il ne se sépare jamais et qui pourrait offrir quelques clés d'interprétation des liens entretenus par le collectionneur à l'art : cette œuvre représente un homme assis, frappé d'immobilité tandis que sa tête est happée par la gueule d'un serpent cornu.

Œuvre rare, sans doute réalisée à l'attention des Européens, et qui incarne la discrétion et le secret d'un homme qui ne voulut jamais rien révéler ni de son parcours, ni de son activité. Étrange et contradictoire, expression de la prédation et de la dévoration, elle peut être interprétée comme un reflet déformé du rapport entretenu par Charles Ratton à l'art et au marché : passionnel, parfois aveuglant mais toujours maîtrisé et chargé d'émotions.

Repères biographiques

Affiche de la vente de la collection de Georges de Miré, 1931. Archives Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Affiche de la vente de la collection de Georges de Miré, 1931. Archives Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain.

Quelques repères biographiques et professionnels, comprenant notamment les expositions auxquelles Charles Ratton a été associé. 

1895

Naissance de Charles Ratton.

Années 1920

Il achète des objets à Tristan Tzara, Roland Tual, Paul Éluard.

19 mars 1927 : Charles Ratton obtient l'autorisation d'exercer le métieur de "brocanteur à demeure".

1931

Exposition ethnographique des colonies françaises, musée d’Ethnographie du Trocadéro.

Juillet 1931 : vente des collections André Breton et Paul Éluard.

Décembre 1931 : expert pour la vente de la collection Georges de Miré.

1932

Ratton se voit confier la conception de l'une de ses premières expositions temporaires par l'équipe du futur Musée de l'Homme, consacrée aux bronzes et aux ivoires du royaume de Bénin (actuel Nigeria).

1933

Exposition Sculptures et objets à la Villa Guibert.

1935

Exposition African Negro Art, MoMA, New York.

Exposition African Sculptures from The Ratton Collection, Pierre Matisse gallery, New York.

Exposition Masques et ivoires Esquimaux et de la Côte Nord-Ouest de l’Amérique, galerie Charles Ratton.

25 octobre 1935 : André Breton écrit à Charles Ratton : "Il faudra que j’essaie un jour de tirer cette question au clair : de ce qui est surréaliste dans l’art primitif et de ce qui ne l’est pas."

Masque, embouchure du Sepik ou du Ramu, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Océanie, début du XXe siècle. Bois, pigments ocre rouge. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Masque, embouchure du Sepik ou du Ramu, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Océanie, début du XXe siècle. Bois, pigments ocre rouge. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain.

1936

Exposition surréaliste d’objets, galerie Charles Ratton.

1937

Exposition La mode au Congo, galerie Charles Ratton.

Exposition de sculptures africaines, Théâtre Edouard VII.

1944

14 juin 1944 : première visite de Charles Ratton dans l'atelier de Jean Dubuffet.

1953

Charles Ratton est expert et prêteur pour le film Les statues meurent aussi d'Alain Resnais, Chris Marker et Ghislain Cloquet. 

1957

Il est conseiller pour l’ouverture du Museum of Primitive Art, New York.

1966

Vente de la collection Helena Rubinstein.

Années 1980

Le marchand participe à six ventes d'art "primitif" en 1980, une en 1981, deux en 1982, et est encore présent sur les catalogues de deux ventes en 1983 et 1984.

1986

Charles Ratton s'éteint, à la veille de ses 90 ans. 

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