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20 avril

Et là-bas quelle heure est-il ?, de Tsai Ming-Liang © Diaphana

The World, de Jia Zhang-Khe © Ad Vitam

Exilé, de Johnny To © ARP

Adresse inconnue, de Kim Ki-Duk © Zootrope Films

Ghost in the Shell II, Innnocence, de Mamoru Oshii © Shirow Masamune / Kodansha

Natural City, de Min Byung-Chun © Kubik Vidéo

Bataille dans le ciel, de Carlos Reygadas © Bac Films

Trois enterrements, de Tommy Lee Jones © Europacorp

note du commissaire

Les métissages planétaires ont envahi nos écrans. Le cinéma d’auteur nous aide à mieux les observer et à en prendre toute la mesure. Il offre l’œil doublement privilégié du témoin et du créateur d’images. Qu’on n’imagine pas que le musée du quai Branly a la prétention de se substituer aux circuits d’art et d’essai ni celle de rivaliser avec la critique cinématographique.  Mais il fallait bien qu’il y ait un lieu dans Paris où l’on puisse porter un regard d’historien, de sociologue et d’anthropologue sur la production cinématographique, d’où qu’elle vienne.

Que nous apprend le cinéma de Tommy Lee Jones (Trois enterrements)  sur la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, et sur toute frontière en général ? Que signifie être métis, non pas fils d’Européen et d’Africaine mais de Coréenne et de Noir américain ? Mieux que bien des discours, Adresse inconnue de Kim Ki-Duk nous fait toucher des yeux ce que représente la condition métisse à l’autre bout du monde et tout ce qu’elle peut avoir de tragique ou de bouleversant. Des soirées réunissant deux films nous inviteront à mieux comprendre  comment  un même thème – les « réplicants » de la science-fiction, les couples asiatiques  en Amérique…– ont retenu l’attention de cinéastes issus d’horizons fort différents. 

Les métissages ne connaissent ni frontière, ni centre. On  circule de Bombay à Londres, de Taïpeh à Paris (Et là-bas quelle heure est-il ?), de Hong Kong à Buenos Aires (Happy together)… Autant de films qui tissent des liens inédits entre toutes les parties du monde, confrontant cultures et  expériences de vie.

Ils nous intéressent autant par ce qu’ils nous révèlent sur  les métissages  que par les images qu’ils inventent pour nous familiariser avec eux. On peut aujourd’hui être un cinéaste mexicain et filmer le Japon comme le fait Alejandro González Iñarritu (Babel). Et être vu sur la terre entière et… au musée du quai Branly, quelque part entre les arts premiers et la planète parisienne. 

Serge Gruzinski

cycle Métissages de l’image, métissages du regard

programme des séances

salle de cinéma du musée du quai Branly

14 séances en accès libre, dans la limite des places disponibles

En résonance avec l’exposition Planète métisse, un cycle de projection de longs métrages invite au croisement des regards.

téléchargez le programme des 14 séances...

en savoir plus sur l'exposition Planète métisse...

visitez le site internet Planète métisse...

mercredi 12 novembre 2008 - 17h

Paris / Taipeh

Et là-bas quelle heure est-il ?, de Tsai Ming-liang (Taïwan / France, 2001, 1h56, vostf)

Avec Lee Kang-sheng, Chen Shiang-chyi, Jean-Pierre Léaud

A Taipeh une jeune femme s’arrête sur le stand d’un vendeur de montres. Elle veut une montre qui lui indique à la fois l’heure de Paris et celle de Taipeh. Le vendeur apprend qu’elle part le lendemain pour la France. Obsédé et séduit par sa cliente, le jeune homme tentera par tous les moyens de se rapprocher d’elle  et d’abolir  la distance et le temps qui séparent Taipeh de Paris.

L’œuvre joue sur le désir irrépressible de vaincre l’obstacle de l’espace et du temps en abolissant le décalage horaire et en inventant des succédanés de l’ailleurs convoité. Rencontres avortées, coïncidences sans lendemain, épisodes au goût doux-amer tentent de mettre un terme à la solitude de chacun en ébauchant une géographie imaginaire de tout ce qui pourrait lier ces êtres entre eux. A chacun sa planète métisse…

jeudi 13 novembre 2008 - 18h30

De Disneyworld à Pékin  

The World, de Jia Zhang Khe (Chine, 2005, 2h13, vostf)

Avec Zhao Tao, Chen Taisheng, Jing Jue, Jiang Zhongwei

Quatrième film de fiction de Jia Zhang Ke, The World nous entraîne dans un parc d’attraction qui n’a rien à envier aux Disneylands d’Europe et d’Amérique. Le cinéaste poursuit son exploration impitoyable des bouleversements économiques et sociaux qui frappe la Chine du début du XXIe siècle. Le parc à thèmes avec ses décors kitsch et exotiques, représentant les grands monuments de la planète, incarne les métamorphoses de la Chine et du monde.

Face au triomphe de la World Culture sous ses avatars les plus grotesques, les coulisses sordides du parc dévoilent la misère des mélanges subis et des imaginaires frelatés. L’autre face de notre planète métisse…

vendredi 14 novembre 2008 - 18h30

Macao / Hong Kong

Exilé, de Johnny To (Hong-Kong, 2006, 1h49, vostf)

Avec Anthony Wong, Francis Ng Chun-Yu, Nick Cheung

Cinq tueurs à gage dans une vieille maison coloniale de Macao. L’un d’eux doit mourir des balles de deux autres, à moins que les deux derniers ne le protègent – mais tous les cinq ont par le passé effectué une mission conjointe et dangereuse.

Au milieu des boiseries et des azuleijos portugais transplantés sur cette petite île de mer Chine, une profonde remise en question de l’éthique du gangster et un ballet chorégraphié d’armes à feu…

samedi 15 novembre 2008 - 14h30

Corée / US Army    

Adresse inconnue, de Kim Ki-duk (Corée, 2001, 1h57, vostf)

Avec Min-Yung Ban, Jang Dong-kun, Young-Min Kim  

L’œil de Kim Ki-duk explore la vie quotidienne de deux jeunes garçons et d’une jeune fille, dans un village coréen situé près d'une base américaine, dans les années 70. Des soldats américains désœuvrés vus comme des troupes d’occupation vingt ans après la guerre de Corée... Une mère coréenne qui s’entête à correspondre avec le  père américain de son enfant. Sans jamais recevoir de réponse. Le soldat est noir et son fils un mulâtre asiatique en proie aux vexations des villageois. Que signifie être métis en Asie dans des milieux populaires, et au sein d’une société peu portée aux mélanges ?

samedi 15 novembre 2008 - 17h

S’aimer aux Amériques   

Happy Together, de Wong Kar-waï (Hong-Kong, 1997, 1h36, vostf)

Avec Leslie Cheung  & Tony Leung Chiu-wai 

Ho Po-wing et Lai Yiu-fai sont des Chinois de Hong Kong. Un jour, ils décident de partir à l'aventure et gagnent l’Argentine. Presque à l'autre bout du monde, ils s'aiment, se querellent à tout bout de champ et se séparent. Afin de mieux se retrouver pour « repartir à zéro », comme ils voudraient bien le croire.

Des Chinois plongés dans l’Amérique du sud, perdus dans le chaos de la ville du tango et de la nature argentine. La rencontre de deux grands ports de la planète : Buenos Aires et Hong Kong. Mais également la capture cinématographique de Buenos Aires dans les filets de l’un des plus grands cinéastes de notre temps.

Never Forever, de Gina Kim (Etats-Unis, 2007, 1h44, vostf)

Avec Vera Farminga, Ha Jungwoo, David Mc Innis

Sophie est mariée à Andrew, un brillant avocat d’origine asiatique. Leur couple est en crise lorsqu’ils découvrent qu’ils ne peuvent pas avoir d’enfant. Sophie entame alors une liaison avec un travailleur clandestin venu de Corée.

L’Américaine Sophie, blonde aux yeux bleus, est l’enjeu sentimental et sexuel de deux hommes asiatiques alors même que le cinéma hollywoodien montre généralement l’inverse, faisant du corps féminin asiatique un objet de fantasme. Autre choix intéressant, celui de centrer le récit sur une jeune New-yorkaise isolée au sein de la communauté de son mari coréen, incapable de pleinement s’intégrer à celle-ci. Décalages entre les sexes, les cultures et les classes sociales… et l’art d’apprendre à les surmonter.

dimanche 16 novembre 2008 - 14h30

Bombay / Londres

La famille indienne, de Karan Johar (Inde, 2001, 3h30, vostf)

Avec Amitabh Bachchan, Jaya Bachchan, Shah Rukh Khan, Kajol, Hrithik Roshan, Kareena Kapoor, Rani Mukherjee

On n’avait jamais réuni un tel casting, de tels décors et costumes pour un seul film indien, à l’intrigue classique (un jeune homme doit fuir sa famille pour vivre son amour, son petit frère devenu adulte essaie de le réconcilier avec son père) mais cherchant à présenter le meilleur du cinéma de Bombay à un public tant indien qu’occidental. Un film couvert de récompenses en Inde et voyageant à travers le monde comme un ambassadeur haut de gamme du cinéma indien, le premier cinéma du monde.

mardi 18 novembre 2008 - 17h

Berlin / Istanbul

Crossing the Bridge, the sound of Istanbul, de Fatih Akin (Turquie, 2005, 1h30, vostf)

Avec Alexander Hacke, Baba Zula, Replikas

Suivi par la caméra du réalisateur de Head-On, le bassiste du groupe d’avant-garde allemand Einstürzende Neubauten vient s’installer quelques temps à Istanbul pour s’imprégner des ambiances musicales qui font se rejoindre les deux rives du Bosphore. L’accent est mis sur la diversité des sons rencontrés, du hip hop aux derviches tourneurs, des studios high-tech aux citernes centenaires, dans une harmonie entre Asie et Europe particulièrement créatrice.

mercredi 19 novembre 2008 - 17h

Londres / Karachi

My beautiful Laundrette, de Stephen Frears (Grande Bretagne, 1986, 1h33, vostf)

Avec Gordon Warnecke, Daniel Day-Lewis, Roshan Seth

Omar, jeune pakistanais de la banlieue Sud de Londres, prend la gérance d'une vieille laverie automatique appartenant à son oncle. Il est aidé de Johnny, un ami d’enfance qui devient son amant. Quand son cousin Salim blesse un membre de l'ancien gang de Johnny, une bagarre éclate. Il ne reste à Omar qu'une laundrette dévastée et l'amour de Johnny.

Dans l’Angleterre thatchérienne, Stephen Frears travaillle avec le scénariste et écrivain d’origine pakistanaise Hanif Kureishi que le film révèlera au public. Personnages complexes, atmosphère sombre, ce film noir a marqué son époque et mis en lumière les difficultés d’intégration de la communauté pakistanaise et le racisme ordinaire.

jeudi 20 novembre 2008 - 18h30

Métis du futur

Metropolis, de Fritz Lang (Allemagne, 1927, 2h05)

Avec Brigitte Helm, Alfred Abel, Rudolf Klein-Rogge, Gustav Frohlich, Fritz Rasp

En l’an 2026, Metropolis est une mégalopole divisée en deux : la ville haute, où vivent les familles dirigeantes, dans l'oisiveté, le luxe et le divertissement, et la ville basse, où les ouvriers travaillent pour assurer le bonheur des nantis qui vivent dans les jardins suspendus de la ville. Un androïde mène les ouvriers vers la révolte.

Grand film muet de science-fiction réalisé sous la République de Weimar, Metropolis met en scène un monde déshumanisé où la machine asservit l’homme. Ce film expressionniste allemand a marqué l’histoire du cinéma : la récurrence de cette thématique dans la littérature et les films de science-fiction de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle ne saurait passer inaperçue.

vendredi 21 novembre 2008 - 17h  

Métis du futur

Ghost in the Shell II, Innocence, film d’animation de Mamoru Oshii (Japon, 2004, 1h40, vostf)

Quelques temps après la disparition du major Kusanagi dans la matrice (à la fin du premier épisode de Ghost in the shell), Batou le cyborg de la section anti-terroriste se trouve confronté à des androïdes-prostituées qui suppriment leur client avant de s’autodétruire. L’intrigue-prétexte permet à Mamoru Oshii de poursuivre sa réflexion sur la nature de l’humanité et sur son prolongement possible dans la robotique, qu’il transforme en poème graphique et musical de haute volée anticipant les métissages du futur.

Natural City, film d’animation de Min Byung-Chun (Corée, 2003, 1h54, vostf, en version DVD)

En 2080, au sein de Natural City, mégalopole high-tech, les hommes sont assistés de cyborgs auxquels ils ne peuvent s’attacher. R, un soldat assurant la sécurité de la mégalopole, tombe pourtant amoureux d’une cyborg, Ria, qui n’a plus que 3 jours à vivre.

Série B de science-fiction coréenne, Natural City est une relecture de Blade Runner à la lumière de Ghost in the Shell.

samedi 22 novembre 2008 - 14h30

La belle et le métis

Bataille dans le ciel, de Carlos Reygadas (Mexique, 2006, 1h28, vostf)

Avec Marcos Hernández et Anapola Mushkadiz

À Mexico, Marcos est le chauffeur d’un important général. Il est métis. Lui et sa femme ont enlevé un bébé qu’ils ont laissé mourir par inadvertance. Marcos le vit très mal et s’en ouvre à la fille du général, une jeune fille blanche qui se prostitue par plaisir.

Film de monstres sur une ville monstrueuse, Bataille dans le ciel présente un visage très cru de la capitale mexicaine, et cherche à faire réagir au moyen de scènes de sexe explicite, de processions doloristes, de dialogues désenchantés, de musique désarticulée.

samedi 22 novembre 2008 - 17h

De Cinecitta à Bangkok 

Il était une fois dans l’Ouest, de Sergio Leone  (Etats-Unis / Italie, 1969, 2h45, vostf, en version DVD)

Avec Charles Bronson, Henry Fonda, Claudia Cardinale

Un massacre dans une ferme du Far-West, l’arrivée d’une femme dans une gare écrasée de soleil, des duels au pistolet avec l’homme à l’harmonica...

Quintessence, renouveau et crépuscule du genre, le western-spaghetti pousse à l’extrême toutes les particularités du western classique avec ses antihéros brutaux, misogynes et mal rasés, pour donner aux mythes fondateurs de l’Amérique (et du cinéma) une profondeur psychologique inégalée.

Les larmes du Tigre Noir, de Wisit Sasanatieng (Thaïlande, 2000, 1h37, vostf)

Avec Chartchai Ngamsan, Stella Malucchi, Supakorn Kitsuwon, Arawat Runagvuth 

En Thaïlande, au siècle dernier, deux jeunes gens s’aiment d’amour tendre. Depuis leur enfance, Rumpoey, jolie et riche, et Dum, campagnard timide, n'aspirent qu'à vivre une belle histoire d'amour, mais le sort en décide autrement. Des années plus tard, leurs destins se croisent à nouveau.

Les larmes de Tigre Noir mêle à un train d’enfer toutes sortes d’influences : le western spaghetti  à la Sergio Leone (dont Sasanatieng est un fervent admirateur), le cinéma populaire thaïlandais et ses mélodrames, la forme et le rythme latino-américain des telenovelas et des romans-photos latino-américains. Un exemple étonnant des brassages cinématographiques entre Pacifique et Méditerranée. 

dimanche 23 novembre 2008 - 14h30

Métissages et frontières

Trois enterrements, de Tommy Lee Jones (Etats-Unis, 2005, 2h, vostf)

Avec Tommy Lee Jones, Barry Pepper, Julio Cedillo

À la mort mystérieuse de son employé mexicain et néanmoins ami Melquiades, Pete Perkins doit accomplir sa promesse de ramener la dépouille dans le village d’origine du jeune cow-boy, mais non sans avoir auparavant retrouvé l’auteur du meurtre – et même si celui-ci est un policier de la frontière. Commence alors un voyage à l’envers pour le bon, la brute et le cadavre, à la découverte d’une Amérique fantasmée par-delà le Rio Grande.

dimanche 23 novembre 2008 - 17h

En passant par le Maroc

Babel, d’Alejandro Gonzalez Iñaritu (Mexique, 2006, 2h25, vostf)

Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael García Bernal

Dernier volet d'une trilogie inaugurée par Amours chiennes et 21 grammes, Babel associe plusieurs histoires situées dans différents points du monde, réunies par un mince fil conducteur, en alliant un vertigineux sentiment de proximité et une impression irrépressible de cloisonnement.

Babel aurait mérité de figurer au sein de l'exposition Planète métisse. En plus de deux heures, le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárittu nous entraîne du désert marocain aux routes poussiéreuses du Mexique et des Etats-Unis via le Japon des métropoles post-modernes. En croisant et en recroisant les images de trois continents, la caméra de Gonzalez Iñárittu fouille la trame qui rassemble aujourd’hui les habitants de la Terre, où qu’ils se trouvent. Invasions touristiques, migrations clandestines, mobilités sans frontières et frontières meurtrières, partout jour après jour des mondes se heurtent et s’interpénètrent, des millions de liens se font et se défont tandis que la menace terroriste et, davantage encore, les manipulations qu’en tout lieu elle suscite, plongent l’humanité, riche ou pauvre, dans un imaginaire commun, sinistrement réducteur.