Le 21 mars 2018

Jean-Paul Marat

Par Olivier Bétourné

Le cycle des Grandes Révoltes est heureusement interminable, tant la révolte est permanente. Cette année, Marcel Duchamp, Richard Wagner pour évoquer les avant-gardes ; et la marche des droits civiques aux USA, rappel qui ne peut pas faire de mal.

JEAN-PAUL MARAT

A y regarder de près, le nom de Jean-Paul Marat témoigne pour trois vies bien distinctes. Celle, d’abord, de l’aventurier d’Ancien régime, défiant les hommes en place pour accéder lui-même aux honneurs, séduisant les femmes de la haute société tout en travaillant à la subversion de leur condition. Celle, ensuite, de l’Ami du peuple pendant la Révolution, journaliste clandestin, vigie et prophète, l’homme de l’insurrection permanente, celui qui aura choisi de sacrifier sa vie à la cause du peuple. Celle, enfin, du Martyr de la liberté, figure d’adoration puis de haine depuis l’heure de sa mort sous le glaive de Charlotte Corday, le 13 juillet 1793, jusqu’à l’époque contemporaine.
On ne s’étonnera pas que les historiens de la Révolution française, une fois évaporée l’odeur de la poudre, se soient sentis mal à l’aise avec cet anti-héros. Difficile d’aller s’asseoir aux Jacobins à côté de lui, comme Jaurès l’eût fait auprès de Robespierre ; mais difficile aussi de lui dénier intelligence et panache dans le combat en faveur de l’égalité des droits. Impossible en tout cas de ne pas être frappé par cette figure sortie de l’Enfer, comme le fut Victor Hugo l’un des premiers. Et c’est, finalement, du côté des écrivains et des gens de théâtre qu’il faut se tourner si l’on veut approcher de plus près le mystère Marat, l’énigme attachée à la fascination qu’exerça sur la scène publique cet homme au tempérament anarchique et qui se débattait avec les mots.
 Sade, Artaud, Peter Weiss. Compagnie indispensable à l’heure de la mise en récit de la vie de celui qui fut, à quelques mois d’intervalle, porté en grande pompe au Panthéon auprès des plus grands puis jeté à l’égout au milieu des rats.
                        

OLIVIER BÉTOURNÉ


Olivier Bétourné est historien et éditeur. Ses années de recherche universitaire (Sorbonne, Paris-I, sous la direction  d’Albert Soboul) ont été consacrées à la Révolution française. Il est l’auteur des ouvrages La section parisienne de Bonne-Nouvelle : contradictions sociales et luttes politiques (juin 1793-prairial an III) (1975), Penser l’histoire de la Révolution. Deux siècles de passion française (en coll., La Découverte, 1989). Dans le cadre du cycle des Grandes révoltes de l’Université populaire du Quai Branly,  il a donné, en 2017, la conférence sur Robespierre. Il est depuis 2010, président-directeur général des Editions du Seuil.

 

 

  • Categorie : Les Grandes Révoltes
  • Durée :  01:30
  • Lieu :   Théâtre Claude Lévi-Strauss
  • Dates :
    Le mercredi 21 mars 2018 de 18:30 à 20:00
  • Accessibilité :
    • Handicap auditif bim (T)
    • Handicap moteur
  • Public :   Tous publics
  • Gratuit (dans la limite des places disponibles)