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16 avril

Marta Amico (2013-2014)

Identité

Nom : Marta
Prénom : Amico

Statut : Chercheuse post-doctorante au Labex CAP (Création, Arts et Patrimoines) affiliée au musée du quai Branly et au Centre Georg Simmel (EHESS-CNRS)

Domaine de recherche

ethnomusicologie, anthropologie, musicologie, contextes de mondialisation, festivals, tourisme, diversité culturelle, authenticité et patrimonialisation, UNESCO, recherche en contexte de conflit, création musicale, World Music.

Aire de spécialisation : Mali, Sahara, Europe

Projet de recherche

Recherche antérieure :

Thèse : La fabrique d’une « musique touarègue ». Un « son du désert » au prisme de la World Music

A partir d'une recherche partagée entre les scènes européennes et celles du désert de Tombouctou au Mali, ma thèse questionne les dimensions mondialisées du label « musique touarègue ». De 2006 à 2012 j'ai étudié les modalités de la fabrication de ce label dans le cadre du réseau marchand de la World Music. Ceci m’a amenée à décrire les scènes sur lesquelles il est à l’affiche, à décrypter les opérations de manipulation technique et technologique de ses sons, à identifier les formes d’adaptation au format du « concert », à saisir les négociations  nécessaires pour créer l’image d’un « retour aux sources », à réfléchir aux modalités de légitimation et de revendication d’une spécificité culturelle « touarègue » au sein d’un circuit musical interconnecté et global. De 2008 à 2012 j’ai élargi mon terrain au Mali, mettant la circulation des pratiques et des imaginaires liés à la World Music au prisme d’un festival qui se tenait dans la région de Tombouctou. La flexibilité des notions d’ « authenticité » et de « tradition » mobilisées par les acteurs qui ont participé à ce festival m’a encouragée à saisir l’élaboration de ce modèle qu'est la « culture nomade » à travers le miroir de ses recompositions culturelles et touristiques et de ses branchements nationaux et internationaux, dans un contexte politique particulièrement conflictuel. De l’analyse d’un festival à celle d’une chanson, des trajectoires des musiciens à celles des stéréotypes et des imaginaires collectifs, ma thèse a ainsi contribué à illustrer la complexité des enjeux de singularisation et d’altérité qui fabriquent l’espace mondialisé d’une World Music et à relever les tensions entre les projets de société qui s’y reflètent.

Recherche en cours :

Au mois d’avril 2012 le Nord du Mali est tombé sous l’occupation de groupes connus sous l’appellation d’« islamistes » et/ou « terroristes ». Ces groupes ont pris pour cible, entre autre, le patrimoine matériel et immatériel. La destruction des lieux saints de Tombouctou, classés au Patrimoine Mondial par l’UNESCO, a soulevé indignation et colère contre la barbarie des ennemis de l’Occident. Aussi l’écoute, l’échange et la pratique de la musique ont été interdits. Bien que moins médiatisée, cette interdiction a affecté lourdement les populations, contraintes à renoncer à l’un des moyens d’expression saillants du lien social, de l’identité et de leur spécificité culturelle. L’interdiction musicale a offusqué aussi la renommée internationale du Mali, jusque-là symbole de « culture », de « patrimoine » et de « tradition », modèle transversal de « démocratie » et de « diversité culturelle », berceau musical d’une Afrique à la fois ancestrale et métissée. L’un des cadres de cette représentation est le label mondialisé de la World Music, qui mobilise une panoplie de syntagmes (« musique malienne », « musique touarègue », « blues du désert », « traditions nomades »…) afin de définir les différentes cultures musicales censées habiter les territoires de la nation malienne et de la zone sahélo-saharienne. 
Ma recherche vise à l’élaboration d’une pensée critique sur les dimensions culturelles des conflits contemporains à partir de ce cas de « controverse patrimoniale » qui concerne la musique. Ici l’engouement pour la patrimonialisation est mis au miroir de certains de ses effets obscurs et pervers : le refus du patrimoine en tant que catégorie culturelle instituée par les grandes organisations internationales qui se consacrent à la protection des biens matériels et immatériels. La labellisation des « diversités culturelles » offertes au monde via la World Music ou la notion d’un « patrimoine en péril » (UNESCO). Les articulations parfois contradictoires entre la sauvegarde de ce « patrimoine en péril » et la création de nouvelles formes culturelles aptes à représenter le « local » sur les scènes mondialisées.
Cette recherche se partage en trois axes. D’abord, je reconstruis l’histoire d’une période de répression sur une échelle volontairement réduite, recourant à la mémoire de ceux qui sont identifiés comme ses victimes. Comment les musiciens racontent-ils l’interdiction musicale et ses conséquences pour leur activité? Que recouvre-t-elle, dans ce contexte, la notion de « patrimoine musical » ? Les musiciens qui ont fui le Nord du Mali ont-ils mis en œuvre, depuis l’exil, des stratégies endogènes de sauvegarde patrimoniale et de création de nouvelles voies d’expression ? Quels rôles sociaux et politiques « la musique », en tant que catégorie culturelle, assume-t-elle au moment où elle est mise sous silence dans un espace reconnu pour la richesse de ses expressions culturelles ? Elucider les trajectoires, le plus souvent invisibles, des musiciens qui ont été affectés par l’interdiction musicale m’aide à dessiner un atlas du conflit vu d’en bas, une perspective souvent absente des rapports des medias et des institutions internationales, enclins à dresser des théories générales partant des grands enjeux d’actualité. S’appuyant sur le récit, cette perspective micro redonne une place centrale à la définition locale de « patrimoine musical du Nord du Mali », qui est l’outil pour d’ultérieurs approfondissements.
Car la destruction du patrimoine musical malien n’a pas suscité des réactions qu’au niveau local. Au contraire, pendant que la ville mythique de Tombouctou sombrait dans la violence, les musiques du Nord du Mali recevaient une reconnaissance certaine sur les scènes de la World Music. Dans le deuxième axe de mon enquête, j’élargis ma perspective pour sélectionner et analyser des images véhiculées par les medias, des opérations de sauvegarde patrimoniale promues par des institutions telles que l’UNESCO, des projets musicaux lancés dans le marché musical international, qui affirment la beauté et la valeur de ce patrimoine en danger. Ceci compose un deuxième atlas consacré à la dimension globale du conflit. Comment la négation et la destruction du « patrimoine musical » sont-elles racontées au monde ? Est-ce qu’elles influencent la création artistique et la confection de produits culturels dédiés au marché international ? Quelles scènes et quels espaces de visibilité le symbole d’un « patrimoine en péril » offre-t-il?  Comment la machine patrimoniale se construit dans un contexte d’urgence ?
En conclusion, j’effectue une mise en perspective de mes deux champs d’enquête, afin de redéfinir l’objet patrimonial au prisme des bouleversements qui ont affecté les musiques du Nord du Mali pendant l’occupation dite « islamiste ». Les controverses dans le domaine du patrimoine traduisent ici les oppositions qui parcourent le champ du politique. Quels sont les effets de la « guerre au terrorisme » au Mali sur la fabrication et la gestion de patrimoines musicaux supposés être enracinés dans le désert ? Quelles significations sont prêtées à la musique lorsqu’elle devient l’objet d’une dialectique de résistance à l’ennemi islamiste ? Comment les projets patrimoniaux proposés par les institutions internationales s’articulent-ils avec les politiques nationales du Mali, les revendications particularistes des communautés du Nord et les stratégies des groupes étrangers qui se disputent son contrôle ? La mise en relation de perspectives plurielles constitue un outil méthodologique pour écrire l’histoire d’une époque troublée et pour comprendre les rapports ambivalents entre les projets de société qui s’y côtoient, contribuant à envisager la complexité des connexions politiques et culturelles qui fabriquent et perpétuent un « patrimoine musical du Nord du Mali ».

Formation

2013 : Doctorat en anthropologie (EHESS – Paris)

2007 : M2 en sciences sociales mention anthropologie (EHESS – Paris)

2006 : M1 en ethnomusicologie (Université de Paris IV – Sorbonne / Université de Turin)

2005 : L3 Communication Interculturelle mention Anthropologie (Université de Turin)

Publications

 Articles dans revues à comité de lecture :
* AMICO Marta, (à paraître), « Labelliser le désert, recomposer le Mali, mixer les diversités  du monde. Un  festival à l’épreuve de la réconciliation », Cahiers d’Ethnomusicologie.

Chapitres d’ouvrages collectifs :
* AMICO Marta, 2013, « The Staged Desert: Tourist and Nomad Encounters at the  Festival au Désert », The Globalisation of Musics in Transit: Music Migration and  Tourism, ed. S. Krueger et R. Trandafoiu. London, Routledge.

* AMICO Marta, (à paraitre), « La recréation des fêtes Bozo du Mali sur la scène parisienne », ed. D. Laborde.  Paris, L’Harmattan.

Communications

* 12 septembre 2013, Etats Généraux des Musiques du Monde, Marseille, France
 Présentation sur invitation à la table ronde : « Diversité, communauté, identité :  concert ou  combat ? »

* 3 juin 2013, Université de Florence, Italie
 Présentation sur invitation au séminaire dirigé par Emanuela Rossi « Antropologia dei  patrimoni  culturali »
 Paper : Festival tuareg. Integrità culturale e costruzioni patrimoniali tra Timbuktu e  Firenze

* 19 février 2013, EHESS, Paris, France
 Présentation sur invitation au séminaire dirigé par Denis Laborde « Création  musicale, World  Music et diversité culturelle »
 Paper: Musique et politique. Des rebelles touaregs sur la scène de la World Music

* 5 avril 2012, EHESS, Paris, France
 Présentation sur invitation au séminaire dirigé par Nadège Chabloz, Saskia Cousin,  Anne  Doquet, David Dumoulin « Tourisme : recherches, institutions, pratiques »
 Paper : Labelliser les nomades sur le plateau du désert. Négociations festivalières et  rencontres  touristiques en « zone rouge » de Tombouctou

* 29 septembre 2011, Fondation de Royaumont, Asnières sur Oise, France.
 Animation de l’Atelier d'Idées « Guerre et création artistique »

* 15-16 septembre 2011, Musée d'Ethnologie de Neuchâtel, Suisse
 Conférence internationale « La mise en scène, l’exploitation, la transmission et  l’invention des  cultures dans le cadre des festivals de musiques du monde »
 Paper: Les Festivals de musique au Mali

* 7 avril 2011, Musée d'Ethnologie de Neuchâtel, Suisse
 Présentation sur invitation à la table ronde: « Les  paysagistes du village global:  débat  autour de ceux qui façonnent les musiques du  monde »

* 5 Avril 2011, EHESS, Paris, France
 Présentation sur invitation au séminaire dirigé par Denis Laborde « Création  musicale, World  Music et diversité culturelle »
   Paper: Enqueter sur les musiques touarègues entre World Music et Sahara

 * 14 novembre 2010, Radio France-France Culture
   Présentation sur invitation à l’émission « Tout un monde » de Marie-Hélène Fraissé,     titre « Touaregs en diaspora »

* 10-14 septembre 2010, Université de Lisbonne, Portugal
 Conférence internationale du Centre for Tourism and Cultural Change (CTCC), Centre  em  Rede de Investigacao em Antropologia (CRIA).
 Paper: A Desert Crowd. Tourism and Territorial Promotion through a Musical Venue

* 05 -10 septembre 2010, Centre Marc Bloch pour la recherche en Sciences Humaines,  Berlin,  Allemagne.
 Workshop « Musique Musique, immigration, diversité culturelle : les musiques du  monde et  l’idéal d’une société plurielle. Questions de méthode »
 Paper: Musiques maliennes du désert

* 3  mars 2010, Università di Torino, Italie
 Direction de table ronde avec le groupe musical Tartit et présentation
 Paper : Femmes touarègues entre activisme politique et artistique

* 17 Juillet 2009, International Association for the Study of Popular Music IASPM,  Liverpool,  UK
 Conférence internationale annuelle
 Paper: The Struggle of Desert Rebel on the World Music Scene

* 25-28 Juin 2009, Université de Hannover, Allemagne
 Séminaire international « Ethnomusicology Today »
 Paper: La musique touarègue entre Occident et territoires d’origine. Enjeux,  transformations et  effets « en retour » par le marché de la World Music

* 24 Juin 2009, Cité de la Musique, Paris, France
 Présentation sur invitation pour la formation professionnelle de l’équipe
 Paper: Les touaregs et leur musique

* 16 Avril 2009, British Forum for Ethnomusicology, Liverpool, UK
 Conference « Music and Globalisation »
 Paper : Desert Festival: When Nomad Music Turns to Global

* 5 Juin 2008, Università di Torino and IASPM International Association for Popular Music  Studies,  Turin, Italie
 Conference nationale
 Paper: Musica tuareg e World Music. Un percorso etnografico nell'epoca della globalizzazione

* 07 Juin 2007, EHESS, Paris, France
 Journées doctorales du Centre d’Histoire Sociale de l’Islam Méditerranéen
 Paper: La « musique touarègue ». Ethnographie de sa commercialisation dans le  marché de  la World Music

* 10 Avril 2007, EHESS, Paris, France
 Journée d’Etude « La musique pour objet »
 Paper:  La musique touarègue dans le marché de la World Music

Projets de recherche et de diffusion

2014 : Comité d’organisation de l’exposition « Touaregs. Regards Croisés » au Musée de la Ville de Cahors. Responsable focus musique

2013-2014 : Pilotage de l’équipe de recherche et d’évaluation du projet DEMOS pour la Cité de la Musique de Paris

2013 : Coordination et modération de la journée « Faire orchestre, faire société » avec le Festival Villes de Musiques du Monde de Paris

2012-2013 : Deux études ethnographiques/rapports d’expertise pour la Fondation de France auprès du WIP Villette – Paris

2011 : Etude du projet « SleepSong » pour la Fondation Royaumont  - Asnières sur Oise, dans le cadre d’un partenariat avec l’EHESS

2010-2011 : Ethnographies collectives du Festival Ville des Musiques du Monde, Paris et Festival Creole, Berlin. Centre Franco-Allemand pour la Recherche en  Sciences Sociales Marc Bloch, Berlin. Projet de recherche coordonné par Denis Laborde (EHESS-France) et Raimund Vogels (Université de Hildesheim-Allemagne)

2009 : Etude ethnographique collectif du Festival de l’Imaginaire – Paris. Projet de recherche coordonné par Denis Laborde (EHESS)