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16 avril

Daugey Marie (2012-2013)

Identité

Marie Daugey
Doctorante à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris) - Centre d’études des mondes africains (CEMAf-Ivry).
Associée à l’UMR 208 « Patrimoines locaux » (PALOC) de l’IRD-MNHN.
Boursière du Musée du Quai Branly, 2012-2013
marie.daugey(at)quaibranly.fr
mdaugey(at)yahoo.fr

Domaine de recherche

Anthropologie sociale et religieuse, initiation, royauté sacrée, territoire, rites agraires, plasticité du système rituel, aire culturelle voltaïque, pays kabyè (Togo).

Formation

Depuis 2005 : Doctorat d’Ethnologie à l’Université de Paris X-Nanterre (2005-2006), puis à l’EPHE (Paris) sous la direction de Danouta Liberski-Bagnoud (Directrice de Recherches, CNRS).
Titre de la thèse : Cycle initiatique et territoire en pays kabyè (Nord-Togo).
2005 : D.E.A. d’Ethnologie à l’Université Paris X-Nanterre
2004 : Maîtrise d’Ethnologie (certificat d’études africaines) à l’Université Paris X-Nanterre
2002 : Licence d’Ethnologie à l’Université Paris X-Nanterre
2001 : D.E.U.G. de Sociologie à l’Université Toulouse-le Mirail

Projet(s) de recherche

Mes recherches doctorales reposent sur des données ethnographiques recueillies au cours de 26 mois d’enquêtes en pays kabyè, échelonnés en plusieurs séjours entre 2004 et 2010. Cette thèse entend contribuer à l'étude de l'organisation sociale et religieuse de la société kabyè (Nord-Togo) en interrogeant la façon dont s'y articulent, d'une part, le cycle des initiations masculine et féminine, et d'autre part, la mise en œuvre des rites agraires et de préservation du territoire.
L'étude des rites initiatiques féminins et masculins se fera conjointement, en raison des nombreux liens de correspondances que l'on peut établir dans la façon dont se construisent hommes et femmes chez les Kabyè. Les rites individuels auxquels se soumettent les initiants mettent en avant le fait que la vie de chacun (sa bonne santé, sa maturation) est suspendue au bon vouloir de diverses entités qui ont contribué à la formation de la personne. Ils font également apparaître que la possibilité d'être initié est tributaire de l'état de la relation d'alliance dont chaque individu est le fruit. Hommes et femmes sont d’autre part soumis à des épreuves de force, d'endurance et de maîtrise de soi qui sont autant d'évocations du passé guerrier des Kabyè, et à des tests de virginité, qui incitent à questionner cette nécessité de préserver un corps intact et clos.

Les sorties collectives auxquelles prennent part les initiés constituent les temps forts des rites initiatiques. Procédant par regroupements lignagers, elles retracent à rebours le déploiement progressif dans l'espace des diverses branches généalogiques, et conduisent hommes et femmes auprès de sanctuaires boisés liés à la fondation du village. En ces lieux se manifestent des puissances du sol, courantes dans les sociétés de l'aire voltaïque, qui sont les garantes de l'habitabilité d'une terre. C’est à travers le culte rendu à ces puissances qu’est pensé et que se construit le processus de territorialisation d'une communauté. Tout en étudiant les diverses formes données à ces itinéraires initiatiques (qui se font tour à tour dans le mutisme et la nudité, puis dans la parade et la parure, donnant ainsi a voir différents degrés de familiarité avec ces sites, différents modes d'interaction entre initiés et divinités), il s'agira de déceler les logiques sous-jacentes à l'organisation d'initiations en de tels lieux. Les mises en contact répétées de chaque membre de la communauté avec ces sites semblent agir comme une sorte d’enregistrement ou de maturation par les lieux, qui passe par une progressive intégration aux limites de son propre corps des limites du territoire dont on se pense originaire.

Au-delà du fait qu'initiations et rites agraires font appel à de mêmes puissances qui assurent conjointement le renouvellement des générations et la régénération de la terre, il apparaît que les différentes catégories d'initiés masculins jouent un rôle, aux côtés des « grands prêtres » responsables des sanctuaires boisés, dans l'accomplissement du cycle rituel annuel. Le processus initiatique semble « fabriquer » des hommes qui sont aptes, au travers des gestes qu'ils accompliront au sein des bois sacrés, à influer sur les forces naturelles et à rétablir l'intégrité du territoire. L’active participation des initiés masculins aux rites agraires est l'aspect le plus visible d'une articulation plus profonde entre le système initiatique et une forme de royauté sacrée, incarnée par ces grands prêtres qui dirigent tout à la fois initiations et rites agraires. Le calendrier du cycle de l'initiation masculine et les règles de succession des « rois prêtres » se recoupent : c’est au sein du groupe des « grands initiés » masculins (les kondona) que sera choisi, en temps voulu, un nouveau « roi-prêtre » (cojo). Kondona et cojona partagent un sort commun : captifs du territoire dont ils ont la charge, leurs comportements respectifs, toujours mesurés pour ne pas porter atteinte au bon ordre du monde, respectent les mêmes codes. En attribuant pour un temps aux initiés une part du pouvoir des rois-prêtres sur le monde naturel, l'initiation masculine en pays kabyè pourrait n'être qu'une initiation à la royauté sacrée qui, pour la plupart des hommes, n'irait pas jusqu'à son terme.

En outre, cette étude prendra en compte la façon dont interfèrent dans le déroulement des rituels la scolarisation, les mouvements migratoires, la superposition des pratiques religieuses chrétiennes, ou encore les ingérences de l’État togolais. J’examinerai les modalités d'adaptation et d’innovation dont font preuve les responsables rituels face à ces effets de l'histoire comme des éléments permettant souvent de mettre au jour de manière assurée ce qui fait sens dans un rite. Il s'agira de considérer les cérémonies initiatiques kabyè non pas comme des unités fixes, mais comme des pratiques largement modulables d'un village à l'autre, d'une région à l'autre. Toujours dans un souci comparatiste, ces cérémonies seront appréhendées comme un complexe rituel qui fait écho aux pratiques et représentations de quelques sociétés voisines.

Publications

Articles

A paraître (2012) : « Modeler les parts sacrées du paysage : les sites sacrés naturels comme “instruments” des pratiques religieuses (pays kabyè, Nord Togo) », in Actes du colloque « Sacrée nature, paysages du sacré ! », Orléans, 22 au 24 janvier 2009, 2 vol., PUPS.

2010 : « Quand les bois sacrés exigent d’être brûlés : la logique d’un paradoxe (pays kabyè, Nord-Togo) », in D. Juhé-Beaulaton (éd.), Forêts sacrées et sanctuaires boisés. Des créations culturelles et biologiques (Burkina Faso, Togo, Bénin), Paris, Karthala, pp. 203-234.

Compte-rendu

2011 : « HENRY Christine, Les îles où dansent les enfants défunts. Age, sexe et pouvoir chez les Bijogo de Guinée Bissau, Paris, CNRS éd., éd. de la MSH (« Chemins de l'ethnologie »), 1994, 214 p. », Bibliothèque virtuelle de l'IESR (Institut Européen en Sciences des Religions), URL : http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/index6517.html