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la présentation des acquisitions

le don Guérin-Faublée et la collection Thérèse Rivière

La médiathèque du musée du quai Branly a reçu en octobre 2005 un don constitué de photographies et d’archives de Jacques Faublée, ancien responsable des collections malgaches du musée de l’Homme. Ce don fut aussi l’occasion pour sa fille, Véronique Guérin, de restituer les archives de la mission de Thérèse Rivière dans l’Aurès, conservées par son père pour les protéger de la destruction. Cet ensemble rassemble essentiellement des documents et photographies concernant la mission dans l’Aurès de 1934-1937 (1) mais il réunit également des tirés à part, des articles, des notes, des tirages photographiques et des carnets de terrain reflétant les différents travaux scientifiques de Jacques Faublée et de sa femme Marcelle Urbain(2).

Grenier collectif ©musée du quai Branly, photo Jacques Faublée. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Grenier collectif ©musée du quai Branly, photo Jacques Faublée.

La mission dans l'Aurès (1934-1937)

En décembre 1934, Thérèse Rivière et Germaine Tillion (3), deux anciennes élèves de l’Institut d’ethnologie de Paris (4), arrivent en Algérie pour, selon Henri Labouret (5), mener « une enquête ample, à la fois sociologique et ethnologique sur l’Aurès et ses habitants dans le but d’apporter une contribution efficace aux méthodes de colonisation ; la connaissance des usages, croyances et techniques des possessions indigènes rendant possible avec ces dernières une collaboration plus féconde et plus humaine, et conduisant à une exploitation plus rationnelle des richesses naturelles…Accessoirement, nous nous proposons de constituer une collection d’objets systématiquement recueillis avec photographies, croquis et films »(6). Cette mission patronnée par l’institut d’ethnologie de Paris reçoit 600 livres de l’institut international des langues et civilisations africaines de Londres.

A cette époque, Germaine Tillion a déjà l’expérience du terrain (7) tandis que Thérèse Rivière mène pour la première fois une réelle enquête ethnographique. Elle connaît uniquement la colline de Chaillot et le Musée d’ethnographie du Trocadéro où elle est embauchée en 1928 comme « aide-technique » pour seconder son frère Georges-Henri Rivière, un des fondateurs du futur Musée de l’Homme. En 1931, le Muséum d’histoire naturelle, institution à laquelle le Musée d’ethnographie du Trocadéro est rattaché, la nomme officiellement assistante. Elle occupe alors les fonctions les plus variées, secrétariat, enregistrement des collections, classement des photographies, dépoussiérage d’objets, organisation d’expositions (8)… A partir de 1933, Paul Rivet lui confie la responsabilité d’un département nouvellement créé : « l’Afrique blanche et le Levant » (9).

Arrivées dans la région de l’Aurès, les deux jeunes femmes se séparent rapidement et mènent de manière autonome leurs enquêtes. Germaine Tillion s’occupe de l’enquête sociologique et Thérèse Rivière étudie les techniques et collecte les objets du quotidien. Jacques Faublée, assistant auxiliaire au Musée d’ethnographie du Trocadéro et ami de Thérèse Rivière depuis un cours de préhistoire de l’Ecole du Louvre, la rejoint plusieurs étés de suite (1935-1936-1937) pour l’aider dans son travail. Il entre au musée d’ethnographie de Trocadéro en 1932, où il travaille d’abord bénévolement : il aide Thérèse Rivière à la photothèque et déballe les objets de la mission Dakar Djibouti. En 1934, l’arrivée d’objets malgaches au musée donne naissance à une nouvelle section. Paul Rivet lui confie alors la création d’une petite exposition sur Madagascar dans la galerie d’exposition permanente, qui ouvre le 14 décembre 1934. C’est à partir de cette époque qu’il se spécialise dans l’étude de Madagascar (10).

Il revient dans l’Aurès en 1950, avec sa femme Marcelle Urbain, étudier les greniers collectifs qui l’avaient déjà intéressé lors de ses premières expériences dans la région. A leur retour, Marcelle Urbain publie deux articles dans le Journal de la société des africanistes (11) et constitue un fonds de 400 négatifs accompagnés de leurs inventaires et légendes et des notes de terrain donné à l’iconothèque du musée du quai Branly par sa fille Véronique Guérin.

De la mission dans les Aurès, Thérèse Rivière rapporte 857 objets (collection 71.1936.2) et Germaine Tillion 130 (collection 71.1937.9). Les fiches muséographiques de chaque objet ont été rédigées par Thérèse Rivière (jusqu’en 1944) avec une très grande rigueur : les noms des artisans y figurent très souvent ainsi qu’une photographie montrant aussi bien les étapes de sa fabrication que son usage.

La mission dans les Aurès de 1934-1937 est donc aujourd'hui, grâce à ce don et à cette restitution, richement documentée.

Portrait de vieille femme ©musée du quai Branly, photo Jacques Faublée. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Portrait de vieille femme ©musée du quai Branly, photo Jacques Faublée.

L'exposition L'Aurès

Les résultats de la mission sont  présentés au musée de l’Homme dans une exposition intitulée l’Aurès à partir du 28 mai 1943. Jacques Faublée est alors chargé de l’exposition. Thérèse Rivière est en effet souffrante et Germaine Tillion, résistante dans le “réseau du musée de l’Homme” a été arrêtée sur dénonciation. Elle est alors incarcérée à la prison de Fresnes avant d’être déportée à Ravensbrück d’où elle sera libérée en 1945.

Organisée en trois parties, l’exposition présente de très nombreux objets et photographies : la première porte sur les constructions (champs à terrasses, appareils d’irrigations, greniers et ruchers collectifs) et l’habitat à travers des photographies et des croquis, la seconde sur les techniques (des objets et des photographies présentant les étapes de l’utilisation et réalisation), la dernière sur l’organisation sociale (avec des prises de vues d’événements : noces, semailles, circoncisions, etc.).

Le Catalogue des collections de l’Aurès (12) est rédigé par Jacques Faublée, d’après les notes de Thérèse Rivière et celles de Germaine Tillion envoyées depuis son lieu de détention. Dans le contexte difficile de la guerre, cette exposition dure 3 ans et reste en place jusqu’en mai 1946.

Portrait de Thérèse Rivière ©musée du quai Branly, photo Jacques Faublée. - Cliquer pour agrandir, ouverture dans une nouvelle fenêtre
Portrait de Thérèse Rivière ©musée du quai Branly, photo Jacques Faublée.

Les archives de Thérèse Rivière

Les archives de Thérèse Rivière rassemblent une vingtaine de carnets de terrain, le questionnaire linguistique de la mission, les légendes de ses photographies, les inventaires des objets collectés, un ensemble de dessins réalisés par les habitants de plusieurs villages, le rapport de la mission, les publications envisagées et les textes de quelques conférences. Elles réunissent également quelques documents liés aux autres missions qu’elle a effectuées quelques années plus tard en Algérie.

La lecture des carnets de terrain révèle les objectifs et les méthodes de travail de Thérèse Rivière. Elle étudie la culture matérielle et esthétique de la population Chaouia en exécutant minutieusement les cours donnés par Marcel Mauss sur l’ethnographie muséale et la constitution d’une collection (13), mais aussi en suivant les instructions du manuel d’Instructions sommaires pour les collecteurs d'objets ethnographiques élaboré en 1931 pour la mission Dakar-Djibouti. Ces archives apportent une somme d’informations importantes et sans équivalent sur la population Chaouias entre 1934 et 1937 et illustrent clairement les principes de l’ethnographie des années 1930.

Les archives de Jacques Faublée

Les archives de Jacques Faublée sur cette mission dans l’Aurès se composent de relevés de greniers, un ensemble de tirés à part de Etudes et documents Berbères dans lesquelles Thérèse Rivière et lui-même ont publiés des articles (14), mais aussi de nombreux autres catalogues et tirés à part, ainsi que sa propre documentation de travail aussi bien sur l’Aurès, que sur Madagascar et l’Océanie. Quelques 3 000 photographies avec la majeure partie de leurs négatifs prises au Rolleiflex durant la mission dans l’Aurès accompagnées d’un inventaire et de leurs légendes, viennent compléter celles de Thérèse Rivière que le musée de l’Homme possédait déjà et qui sont maintenant conservées à l’iconothèque du musée du quai Branly.

Les photographies

Les photographies de Thérèse Rivière, prises au Leica, mais aussi celles de Jacques Faublée, recensent les techniques, les constructions, toutes les formes de productions et de créations des populations Chaouia de l’Aurès, notamment des Ath Abderrahman Kebèche chez qui elle s’installe pendant un an, les accompagnant dans leurs déplacements au rythme de la transhumance. En suivant les Instructions (15) à la lettre, ils réalisent un des premiers enregistrements quasi systématiques par la photographie des techniques, des savoirs faire d’une population, ce qui peut être perçu aujourd’hui comme un travail très académique mais finalement très moderne pour l’époque. Cette enquête photographique intensive semble être une tentative de définition des Chaouias essentiellement à travers leurs techniques et leurs réalisations, s’attardant sur les détails d’objets isolés de leur environnement, les gestes des mains lors des travaux de tissage, de la laine, de la vannerie, de la poterie, etc. On perçoit à travers ces photographies les liens que Thérèse Rivière a pu tisser avec les populations.

L’apparente austérité et l’aspect figé, qui peuvent se dégager au premier abord de certaines photographies, s’expliquent par leur rigueur scientifique et par la volonté forte des deux auteurs de décrire au mieux la population, dans une démarche moins esthétique qu’ethnographique. Bien qu’une «absence de prétention à l’esthétisme» (16) domine, certaines photographies s’apparentent au style des années 1930.

Cette mission est la parfaite illustration de l’ethnologie professionnelle française émergente dans les années 1930. «Vue du côté de l’Algérie (…), il s’agit là de la première enquête ethnologique professionnelle menée comme telle, c’est-à-dire de manière autonome par rapport aux structures administratives et académiques coloniales.» (17).

Ce don a permis d’enrichir de manière importante les collections photographiques et documentaires du musée du quai Branly concernant cette région de l’Afrique.

Sarah Frioux-Salgas, responsable de la documentation des collections et des archives

Carine Peltier, responsable de l'iconothèque, chargée de la gestion des collections

texte de février 2006, revu en 2008

notes

(1) Et quelques séjours jusqu’en 1939 ; Le contexte et l’histoire de cette mission sont remarquablement présentés dans un article de Fabrice Grognet et Mathilde de Lataillade, « Des montagnes de l’Aurès à la colline de Chaillot, l’itinéraire de Thérèse Rivière », Revue de l’Outre-mer, tome 92, n° 344-345, 2004 ainsi que dans l’ouvrage de Fanny Colonna, Aurès/Algérie 1935-1936. Elle a passé tant d‘heures…, Paris, Editions de la MSH, 1987.

(2) Marcelle Urbain, fille d’Achille Urbain, directeur du Muséum d’histoire Naturelle entre 1942 et 1949.

(3) Thérèse Rivière s’occupe de la partie ethnographique la mission et Germaine Tillion de la partie sociologique.

(4) L’institut d’ethnologie de Paris est créé en 1925 par Paul Rivet, Marcel Mauss et Lucien Levy-Bruhl.

(5) Représentant français de l’Institut international des langues et civilisations africaines de Londres. Cette mission est financée par cet institut et patronnée par l’Institut d’Ethnologie de Paris.

(6) Colonna, Fanny, Aurès/Algérie 1935-1936. Elle a passé tant d‘heures…, Paris, Editions de la MSH, 1987, p130.

(7) « J’avais interviewé quelques indigènes du Cantal, de la Bretagne et de l’île de France », Tillion, Germaine, Il était une fois l’ethnographie, 2000, Seuil.

(8) Thérèse Rivière serait à l’initiative de la grande exposition « Sahara » de 1934. Interview de Jacques Faublée par Nicole Boulfroy, ancienne responsable des collections malgaches du musée de l’Homme, 10 février 1998.

(9) Depuis 1992 appelé Afrique du Nord et Proche Orient. Aujourd’hui les collections de cet ancien département du musée de l’Homme sont réparties entre les collections Asie et Afrique du musée du quai Branly.

(10) Le don comprend également les études de Jacques Faublée sur Madagascar : Faublée, Jacques, Inventaire d’objets Bara collectés à Madagascar, 1939-1940 ; Faublée, Jacques, La musique à Madagascar, Sépia Découverte jeunesse, Collections du Laboratoire d’Ethnologie du musée de l’Homme, 1999 ; Faublée, Marcelle et Jacques, « Pirogues et navigation chez les Vezo du sud-ouest de Madagascar » L’Anthropologie ; Urbain-Faublée, Marcelle, L’art malgache, PUF, Paris, 1963 ; Faublée, Jacques, Ethnographie de Madagascar, Musée de l’Homme (exemplaire de travail de Jacques Faublée).

(11) Faublée-Urbain, Marcelle, « Sceaux de magasins collectifs (Aurès) », Journal de la Société des Africanistes, 1955 ;  « Magasins collectifs de l’Oued El Abiod (Aurès)», Journal de la société des Africanistes, 1951 ; mais aussi Faublée-Urbain, Marcelle et Jacques « Un rite masculin de moisson dans l’Aurès », A la croisée des études Libyco-Berbères.

(12) Paris, Musée de l’Homme, 1943.

(13) Notes restituées

(14) Rivière, Thérèse et Faublée, Jacques, « Dans le sud de l’Aurès en 1935. Circoncisions, mariages, et Hiji chez les Ouled Abderrahman », Etudes et documents Berbères, 1991 ; Faublée Jacques « A propos de Thérèse Rivière (1901-1970) et de ses missions dans les Aurès », Etudes et documents Berbères, 1988 ; Rivière, Thérèse et Faublée, Jacques, « Les Tatouages berbères dans l’Aurès», Etudes et documents Berbères, 1989 ; Perret, Robert « Carte des gravures rupestres et des peintures à l’ocre de l’Afrique du Nord », Journal de la société des africanistes, tome VII, Fascicule 1, 1937 ; Rivière, Thérèse, « L’habitation chez les Ouled Abdderrahman Chaouia de l’Aurès »,  Africa, vol XI, Number 3, 1937.

(15) Instructions sommaires pour les collecteurs d’objets ethnographiques, Paris, Musée d’ethnographie, 1931.

(16) Colonna, Fanny, Aurès/Algérie 1935-1936. Elle a passé tant d‘heures…, Paris, Editions de la MSH, 1987.

(17) Colonna, Fanny, Aurès/Algérie 1935-1936. Elle a passé tant d‘heures…, Paris, Editions de la MSH, 1987, p149.

Bibliographie associée

Colonna, Fanny, Aurès/Algérie 1935-1936. Elle a passé tant d‘heures…, Paris, Editions de la MSH, 1987.

Faublée, Jacques, La musique à Madagascar, Sépia Découverte jeunesse, Collections du Laboratoire d’Ethnologie du musée de l’Homme, 1999

Urbain-Faublée, Marcelle, L’art malgache, PUF, Paris, 1963 ; Faublée, Jacques, Ethnographie de Madagascar, Musée de l’Homme

Tillion, Germaine, Il était une fois l’ethnographie, 2000, Seuil.

Articles

Grognet, Fabrice et Lataillade, Mathilde de ,« Des montagnes de l’Aurès à la colline de Chaillot, l’itinéraire de Thérèse Rivière », Revue de l’Outre-mer, tome 92, n° 344-345, 2004

Rivière, Thérèse, « L’habitation chez les Ouled Abdderrahman Chaouia de l’Aurès »,  Africa, vol XI, Number 3, 1937.

Faublée Jacques, « A propos de Thérèse Rivière (1901-1970) et de ses missions dans les Aurès », Etudes et documents Berbères, 1988.

Rivière, Thérèse et Faublée, Jacques, « Les Tatouages berbères dans l’Aurès», Etudes et documents Berbères, 1989.

Faublée, Marcelle et Jacques, « Pirogues et navigation chez les Vezo du sud-ouest de Madagascar », L’Anthropologie, 1950, n°5-6.

Perret, Robert « Carte des gravures rupestres et des peintures à l’ocre de l’Afrique du Nord », Journal de la société des africanistes, tome VII, Fascicule 1, 1937. 

Rivière, Thérèse et Faublée, Jacques, « Dans le sud de l’Aurès en 1935. Circoncisions, mariages, et Hiji chez les Ouled Abderrahman », Etudes et documents Berbères, 1991.

Faublée-Urbain, Marcelle, « Sceaux de magasins collectifs (Aurès) », Journal de la Société des Africanistes, 1955. 

Faublée-Urbain, Marcelle, « Magasins collectifs de l’Oued El Abiod (Aurès)», Journal de la société des Africanistes, 1951.