Joao Castilho

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Joao Castilho

Brésil

Né en 1978 à Belo Horizonte, dans l’Etat du Minas Gerais, João Castilho est l'une des valeurs montantes de la photographie brésilienne. Il fait partie des pionniers du « documentaire imaginaire ». Dans ses séries les plus récentes, l'artiste a emprunté aux concepts du land art afin de donner une nouvelle impulsion à son processus créatif, dans le domaine de l'image construite. La série Vade Retro opère un équilibre entre la spontanéité de ses premiers travaux, comme Redemunho (2006), qui montrait un choc violent entre des forces antagonistes, et l’intervention sur le paysage, comme dans Linhas (2008).

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Vade Retro

Résidences photographiques 2011

"Vade Retro est un essai photographique qui cherche à établir un champ de réflexion autour de la notion du surnaturel, du mal et de la mort. La photographie, presque toujours liée à ce qui peut être vu, permet ici de rendre apparentes les couches invisibles, ou occultes, de l'expérience humaine. Les images de cette série traitent de la relation de l'homme avec un monde qui n'est pas palpable, qui ne présente pas de forme immédiate, un monde dépourvu de visibilité. La série fait ainsi apparaître un univers spectral, fait d'apparitions et de traces. Parmi les photographies qui composent l'œuvre, il y a des scènes réelles, survenues lors de voyages à l'intérieur du Brésil, d'autres qui ont été construites pour la caméra, d’autres encore nées de déplacements d'objets et d’interventions sur le paysage. La majorité de ces images est en noir et blanc, avec une prédominance croissante du noir. Des images, dans les tons ocre, s’intercalent au fil de la présentation. Cette économie de couleurs tranche avec mes œuvres précédentes : cela crée une unité chromatique, sans contrastes, avec une épaisseur intense. Les formats sont très variés : de 60 cm X 90 cm pour la plus petite photographie à 110 cm X 165 cm pour la plus grande. L’accrochage doit jouer entre l’aspect temporel d’une narration, d’une progression, et l’espace imaginaire créé par les photographies devenues objets.

Dans cette série, l'homme et la nature sont des entités fissurées, scindées. Les corps se présentent toujours brisés. Il n'y a pas de plénitude. L'individu se trouve confronté à sa propre impuissance dans une atmosphère échappant à son contrôle. Les images montrent des silhouettes, des corps éclatés, des objets en décomposition dans un environnement fait d’obstacles, où l'obscurité et la discontinuité précipitent tout et tous dans un profond malaise. D'une certaine manière, j’ai cherché à réfléchir sur notre époque. Depuis la fin des grandes utopies, les échecs des modèles politiques s'accumulent et engendrent des reconfigurations incessantes des structures de pouvoir. La perversité socio-économique a fini par atteindre une échelle globale et précipité le monde dans des crises successives. Pour Giorgio Agamben, est contemporain celui qui concentre son regard sur son temps, "pour y distinguer non les lumières, mais l'obscurité". Nous sommes dans une époque sombre. Vade Retro tente justement de percevoir cette noirceur, en se plongeant dans l'obscurité du présent. Il faut briser les apparences pour révéler ce qui est dissimulé et mutilé."

Série réalisée en 2011.