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Musée du Quai Branly, là où dialoguent les cultures

19 avril

Sculpture anthropomorphe

Sculpture anthropomorphe

Description

Statuette monoxyle représentant une figure féminine debout les bras le long du corps, les pieds reposant sur une petite base circulaire. Les traits du visage sont succintement marqués.

Usage

Il existe seulement six exemplaires de ce type de sculptures recensés actuellement dans les musées, dont certains mutilés. Elles présentent, avec des nuances, les mêmes caractéristiques stylistiques naturalistes et sont supposées représenter le dieu Hikuleo, au sexe indéterminé,
sauf l'une d'elles, qui serait la déesse Sakaunu. Une vingtaine de sculptures plus petites du même style sont connues. Travaillées dans de l'ivoire de cachalot, elles étaient portées comme des charmes, des ornements ou constituaient la hampe de crochets avec deux figures en Janus. L'habitude est de les attribuer à Lifuka, île principale de l'archipel Ha'apai.
Sylviane Jacquemin, spécialiste de l'histoire des collections polynésiennes en France, nous retrace le parcours historique de cette sculpture1, qui figurait dans les collections du cabinet de curiosités du baron Vivant-Denon2, dont les objets furent mis en vente en 1826. Ne sachant comment cette pièce est entrée dans ses collections, l'auteur fait l'hypothèse qu'elle a pu être rapportée par Bruny d'Entrecasteaux (1791-1794) ou James Cook au cours de son deuxième ou troisième voyage (1772-1775 ou 1776-1780). Parmi les cinq autres exemplaires,
trois sont au musée d'Auckland (Nouvelle-Zélande), dont une sculpture assise, la plus délicate de toutes, une au Marischal Museum d'Aberdeen, en Écosse, censée représenter la déesse Sakaunu. La dernière est au Field Museum, à Chicago. Campées sur leur socle rond faisant
corps avec la sculpture, visage et nez triangulaires, des yeux et une bouche à peine marqués par d'étroites fentes horizontales, des oreilles bien dessinées, des épaules carrées, une poitrine plus ou moins haute, un bassin cambré et des jambes légèrement fléchies, des bras se terminant en général par des moignons, telles sont leurs marques de fabrique. Celle du musée du quai Branly, plus grossière sur un plan esthétique, n'est pas pour autant dénuée de sensibilité. Elle apparaît telle qu'elle a été rapportée d'Océanie, " dans son jus ", sans être passée par les mains caressantes ou la cire des collectionneurs et donne l'impression
de sortir de la terre.
Roger Neich, directeur de la section Océanie du musée d'Auckland en Nouvelle-Zélande et professeur d'anthropologie à l'université renouvelle la vision de ces six sculptures, dans une étude récente, particulièrement rigoureuse et approfondie, telle une enquête policière bien menée, ne négligeant aucun indice ni vérification, mais dont il nous est impossible de rendre compte du détail dans cette courte notice. L'auteur passe au peigne fin les écrits des missionnaires, les relations de voyage des premiers navigateurs qui ont vu ces sculptures et qui donnent leurs interprétations sur leur relation avec la royauté, la religion, les temples et les dieux. Il croise ces données avec les théories anthropologiques plus récentes, trop souvent reconduites d'un auteur à l'autre, pour expliquer leur sexe féminin, la période où elles sont
apparues et les différents statuts religieux et politiques qu'elles ont eues dans l'histoire de Tonga. D'après lui, ces figures féminines apparaissent dans les années 1830, succédant aux représentations masculines connues, datées de 1773 à 1827, plus grandes, figurant des chefs
ou des têtes de lignage et liées aux sépultures. Objets de culte, elles étaient conservées enveloppées dans des tissus d'écorce, dans des lieux sacrés, maisons des dieux, concentrées sur Ha'apai et représentaient des dieux féminins. Lorsque le révérend Thomas, membre de la
London Missionary Society, débarque à Ha'apai en1830, le roi de l'époque, Taufa'ahau, pour montrer son adhésion à cette nouvelle religion chrétienne monothéiste, les sort des temples, les suspend par le cou, dévêtues, dans les arbres ou aux poutres des maisons pour les montrer au grand jour, les désacraliser et prouver que les dieux étaient morts. R. Neich souligne comment, dans ce contexte ambigu de changement de religion, d'objets divins, elles sont devenues des trophées pour les missionnaires. Ayant perdu leur caractère sacré, elles leur sont
offertes, voire proposées à la vente contre des clous, couteaux, ou autres produits importés et servent alors de monnaie. Leur changement de statut en fait le support symbolique du processus de conversion des Tongiens au christianisme dans cette année décisive du point de vue historique. Aujourd'hui, elles sont devenues des œuvres d'art dans les musées et sont référencées comme " représentations de divinité ". L'auteur procède également à une analyse approfondie de leurs canons esthétiques qui le conduit à distinguer trois groupes stylistiques parmi les six sculptures, le présent exemplaire se rapprochant des images visibles sur une gravure du voyage de Dumont d'Urville (1833). Ce qui l'amène à formuler l'hypothèse qu'elle pourrait provenir de Mu'a, village de Tongatapu où étaient situés les tombeaux des chefs, et non de Ha'apai comme les autres. Son analyse renouvelle le regard sur ces objets-témoins d'une période importante de l'histoire des îles Tonga. Quant à leur statut féminin, il semble aller de pair avec cet aspect de l'organisation sociale spécifique du Royaume où la sœur est supérieure au frère, d'où son statut de mehikitanga, qui prend le nom tamaha dans la famille royale. Ainsi se révèle une analogie, voire une adéquation entre le monde des dieux, l'organisation de l'univers, celui des hommes et le statut des femmes.

Marie-claire Bataille-Benguigui
In Le Fur, Yves, 2009 - La Collection. Paris : musée du quai Branly - Flammarion

Sculpture

Région
Océanie > Polynésie > Tonga
Dates
Fin du 18e siècle
Matériaux et techniques
bois
Dimensions d'encombrement
(HxLxPxPoids)
36,8 x 10,6 x 11 cm, 715 g
Unité patrimoniale
Océanie
N°inventaire
72.56.127
Donateurs
Ancienne collection Vivant Denon

Situer cet objet dans le musée

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