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Musée du Quai Branly, là où dialoguent les cultures

19 avril

Rouleau talismanique

Rouleau talismanique

Description

Au sommet du rouleau, une louange, calligraphiée à l'encre noire, se détache sur fond or : Dieu - que sa grandeur soit exaltée - est puissant (?). Dans le bandeau central, le texte est introduit par la Fatiha (Sourate I, versets 1-7). Dans les marges, les textes sont écrits à l'encre rouge et bleue.

Texte cédérom BNF L'Aventure des Ecritures
"Ce type de talisman est le plus souvent réalisé dans une peau de gazelle ou d'agneau mort-né. Roulé et introduit dans un étui d'argent, il est porté seul ou intégré dans un collier.

Cette mue de serpent est entièrement calligraphiée de la première sourate du Coran...
Au centre, le texte est écrit à l'encre noire, sur les côtés, à l'encre rouge et bleue. Le décor du sommet et les traits séparant les divers corps sont exécutés à la peinture d'or.
A la valeur protectrice du texte sacré se joint la vertu étrange de la mue de serpent trouvée intacte dans la nature.
Les amulettes sont portées soit dans une intention particulière, soit d'une façon générale contre tout mauvais sort. On les suspend surtout au cou des enfants, en raison des dangers auxquels on les croit exposés et aussi des animaux pour ..."



Peut-on détruire un talisman ?
par Anne Regourd

Le talisman - ou ce qui sert à jeter le sort- est un objet total. Dès sa fabrication, tous les éléments qui le constituent se retrouvent dotés de vertus magiques qu'ils contribuent en retour à consolider.
Certaines pratiques yéménites consistant à isoler le support de l'écrit, peuvent en éclairer le statut particulier.

Le sort peut être jeté par le biais de l'écrit, d'un texte manuscrit porté sur du papier ordinaire. Pour conjurer son influence il faut alors dissoudre le texte dans un liquide. Mais de nombreux éléments, outre l'écrit, concourent à l'efficacité du sort : la couleur et la matière de l'encre, le recours à une écriture de type magique, le contenu même de l'écrit (noms de démons, représentations animales), les paroles proférées (invocations, récitations), les influences astrales, son emplacement (généralement dans le mur de la maison où vit l'individu visé) ou encore la personnalité du fabriquant (sa science, ses pouvoirs, ses djinns). Alors la dissolution de l'écrit ne suffit plus à défaire le sortilège : le sort doit être trempé dans un désinfectant puis jeté très loin afin de ne plus nuire. En effet même débarrassé de tout écrit, il ne retrouve pas sa neutralité première de papier ordinaire. Le support ici, totalement "contaminé" par le texte est devenu actif.

On observe la même transformation en magie thérapeutique : dès que le nom de Dieu se trouve inscrit sur un support, celui-ci ne peut plus être traité comme une chose indifférente; lorsqu'il est usagé, son élimination doit obéir à des règles strictes : c'est ainsi qu'on a trouvé des feuillets de Corans entreposés dans un faux plafond de la grande mosquée de Sanaa.

Il arrive aussi que le rite consiste à dissoudre le texte -souvent écrit avec de l'encre jaune- dans un liquide, généralement de l'eau. Le malade doit absorber la mixture; le papier restant est ensuite froissé et balayé avec les autres détritus mais il n'a pas à être jeté au loin, parce qu'il est bienfaisant. Il n'est pas pour autant redevenu neutre puisque étrangement, alors que le papier est au Yémen une denrée relativement rare, on ne le réutilise pas. Le papier ne peut pas retrouver son état antérieur mais il est difficile de définir de quels pouvoirs il dispose encore, pouvoirs cependant attestés par ce qui semble être une impossibilité de le détruire.

Talismans et sorts font, après usage, l'objet de rituels précis d'élimination : les uns sont, après suppression du texte, jetés le plus loin possible, les autres, après absorption du texte par le malade, sont jetés dans les environs. Aucun d'entre eux ne peut être détruit comme si, dans les deux cas, le papier avait été "affecté" de manière irréversible par la puissance active de l'écrit : malfaisants, ils restent virulents; bienfaisants, ils demeurent porteus de forces positives.
http://classes.bnf.fr/dossisup/usages/art5ar.htm

Usage

Destiné à repousser les influences néfastes, ces talismans sont généralement roulés et introduits dans un étui en argent. Il peuvent alors être porté sur soi, seul ou intégré aux éléments d'un collier.
L'encre avec laquelle les formules sont écrites est loin d'être indifférente : les livres de magie ne parlent que d'amulettes écrites avec de l'eau de rose, de l'eau de safran, de l'eau de fleur d'oranger. Si le papier est le support le plus répandu, la peau de gazelle est recommandée.

Culture
Communauté musulmane
Région
Asie > Jérusalem
Matériaux et techniques
mue de serpent, encres
Dimensions d'encombrement
(HxLxPxPoids)
55 x 11 x 1,6 cm
Unité patrimoniale
Afrique du Nord et Proche-Orient
N°inventaire
71.1968.14.3
Donateurs
Don Baronne Alix de Rothschild

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