Arte vidéo - 2006/2008 toutes zones
NTSC / coul. et N&B / dolby stéréo / 4/3
durée : 6 x 26 mn.
Retrouvez le dossier spécial "Arts du mythe" sur le site d'ARTE : résumés, extraits, interviews et épisodes en téléchargement à la demande.
Une collection de Ludovic Segarra
Dirigée par Jean-Paul Colleyn
Chaque épisode de cette collection consacrée aux arts premiers présente une œuvre emblématique, le mythe auquel elle est liée, son usage, son histoire et le regard que l’on porte aujourd’hui sur elle, ici ou là-bas.
Objets de curiosités, longtemps dédaignés, puis considérés comme de simples documents ethnographiques, les œuvres dites “primitives” sont désormais reconnues comme de véritables objets d’art.
Depuis 2005, le musée du quai Branly est associé à la série en coproduction avec ARTE et Program 33.
Retrouvez toutes les informations sur la série ainsi que les épisodes disponibles en vidéo à la demande sur le site d'ARTE.

“Parler est presque indécent” nous dit l’historien Oleg Kobtzeff à propos des populations du Grand Nord. Que savons-nous du masque-lune? Fleuron d’une collection de 70 masques, il provient de l’archipel de Kodiak en Alaska.
Selon la légende, ces masques furent créés par un chasseur qui les avait vus en rêve. Grâce à eux, la chasse devint fructueuse. Les Sugpiaq ou Alutiiq, habitants de Kodiak, les associèrent à des chants et à des danses. Sans doute l’un des derniers témoins de ces rituels, Alphonse Pinart les transcrivit lors de son séjour sur l’île en 1871. Il rapporta cette collection de masques uniques au monde, qu’il légua au Musée de Boulogne-sur-mer.
Colonie russe, rachetée par les américains en 1867, l’archipel de Kodiak est devenu amnésique de sa propre culture, dont seuls les anciens connaissent encore quelques bribes…
Réalisation : Philippe Truffault

Cette œuvre du Bénin est considérée comme étant « sans contredit, l’un des plus beaux spécimens connus de l’art négro-africain ». Dès son arrivée en Occident, cet objet rituel est appelé « sculpture » comme pour gommer sa véritable nature, le séparer de sa charge médiatrice entre le monde visible et invisible...
Il est très rare que l’on connaisse le nom de l’auteur d’une œuvre d’art africaine antérieure au vingtième siècle. C’est le cas pourtant de cette grande statue en fer fabriquée vers 1850 par un forgeron nommé Akati Ekplekendo.
Habituellement, dans les cours de maisons béninoises, le Gou n’est qu’une motte de terre à laquelle sont mêlés quelques objets en métal (boulons ou clefs…). Gou est conçu comme un principe de fonctionnement, une force aux multiples facettes, qui ne s’incarne pas en un élément individualisé.
Rompant avec la tradition, l’artiste Akati Ekplékendo passe ici d’une motte de terre à une représentation humaine, avec la création d’un personnage qui se fond entièrement dans la symbolique du Dieu Gou, divinité de la guerre et du métal travaillé.
Réalisation : Philippe Truffault
En Papouasie Nouvelle Guinée, chez les Iatmul, la tête est considérée comme le contenant de toute la substance de l’être. Aussi conserve-t-on le crâne des ancêtres, qui une fois surmodelé puis peint devient un esprit familier, un protecteur de la communauté.
Le crâne surmodelé de cet épisode fait partie des collections océaniennes du Musée de l’Homme, il est maintenant au Musée du Quai Branly. Cette relique a été rapportée par l’expédition de La Korrigane, qui fit le tour du monde de 1934 à 1936 et rapporta des milliers d’objets. Par la finesse de sa facture, mais aussi parce qu’il évoque le mystère de la mort, cet objet nous impose le respect. Milan Stanek, ethnologue, a partagé le quotidien des Iatmul pendant plusieurs années.
Yves Le Fur qui a choisi d’exposer ce crâne lors d’une exposition consacrée à l’art funéraire au musée des Arts d’Afrique et d’Océanie détaille cette conception des Iatmul qui associe les tourbillons du fleuve et toutes les formes aléatoires à la résidence des esprits. Les images du cinéaste Hermann Schlenker, restituent le rituel d’un surmodelage, sur les rives du fleuve Sépik. Ainsi sont dévoilées les différentes facettes de ce crâne, renvoyant aussi à notre propre conception de la mort et de la mémoire des défunts.
Réalisation : Ludovic Segarra et Philippe Truffault

Les Mnong Gar vivent sur les hauts plateaux du Vietnam, au milieu d’autres peuples qu’on nomme « Montagnards » parce qu’ils se tiennent sur les hauteurs, à l’écart des populations des plaines qui, longtemps, les ont traités de « sauvages ».
L’anthropologue Georges Condominas a vécu dans un village mnong gar entre 1948 et 1950, notant et photographiant tout ce qui se présentait à ses yeux. Il rapporta, entre autres objets, un piquet de jarre, aujourd’hui conservé au Musée du Quai Branly.
Ce piquet sert à attacher une jarre contenant de la bière de riz. Poteau et jarre sont indispen -sables à l’accomplissement du sacrifice du buffle, un rituel majeur en Asie du Sud-Est.
Pourquoi immole-t-on des animaux ? Qu’espère-t-on en versant le sang d’un buffle ? Faut-il y voir un acte barbare ou, à l’inverse, une marque de civilisation ? Sacrifier, c’est manger avec les dieux. C’est aussi établir l’homme dans le statut qui lui est propre, entre bêtes et divinités.
Ces questions fondamentales sont portées par un simple piquet, objet éphémère conçu à l’occasion d’un sacrifice de buffle, quelques années avant l’entrée en guerre des Etats-Unis.
Réalisation : Jean-Loïc Portron

L’objet est constitué d’une armature en bois tendue de tapa (étoffe végétale). Il figure schématiquement un être humain, dont on distingue nettement la tête, qui apparaît en relief. Cette effigie est dans les collections du musée du quai Branly.
Le tapa est recouvert de motifs noirs et bruns rougeâtres inspirés du tatouage. Il vient des Iles Marquises.
Dans cet archipel au milieu du Pacifique, on ne pouvait être considéré comme un homme accompli tant que l’on n’était pas tatoué entièrement. Le tatouage a été interdit, et les Marquisiens ont perdu la mémoire de ces motifs, mais quelques objets subsistent, comme cette effigie.
Personne n’est sûr de ce qu’elle est, pourtant les Marquisiens lui reconnaissent encore une puissance marquée par le tabou.
Réalisation : Jean-Loïc Portron
Au centre de ce film, une tête sculptée en bois représentant un visage enfantin, suintant d’une résine rougeâtre, et dont le regard, fait de fragments de miroir, plonge celui qui l’observe dans un certain état de fascination. C’est une tête de reliquaire Fang, rapportée du Gabon il y a plus d’un siècle, aujourd’hui exposée au Musée de Neuchâtel.
Les figures de reliquaires Fang tiennent une place importante dans la statuaire d’Afrique Centrale. La finesse de leur trait, leurs mystérieuses patines qui suintent encore, plus d’un siècle après leur collecte, ont fasciné les occidentaux. Ils les ont emportées comme preuve de la conversion au christianisme, mais pour les Fang, ce ne sont pas les figurines qui comptent, mais les ossements qu’elles protègent.
La tête de reliquaire qui est au centre de ce film, nous conduit du point de vue des spécialistes de cette esthétique, au regard contemporain des Fang, qui revendiquent une certaine permanence de leur identité.
Réalisation : Philippe Truffault

Il s’agit d’une petite poupée en bois d’une quarantaine de centimètres. C’est une poupée Hopi, ou tihu, représentation de l’un des quelques 350 esprits Kachinas, une société miroir qui partage la vie des Indiens Hopi, en Arizona, durant la moitié de l’année, animant les villages de leur danse, et surtout apportant pluie et fertilité.
Les enfants Hopi apprennent à se familiariser avec ce monde invisible grâce aux poupées sculptées et peintes à l’image de ces esprits.
Ces poupées ont fasciné les surréalistes, qui en ont rapporté un grand nombre en France et en Europe.
Celle qui est au centre de ce film appartenait à André Breton. Elle est maintenant au musée d’arts africains, océaniens et amérindiens de Marseille.
Comme la plupart des poupées Kachinas, elle porte les symboles de la pluie, des nuages, du maïs, éléments essentiels à la survie des Hopi.
Réalisation : Philippe Truffault

Originaire de Nouvelle-Calédonie, la flèche faîtière est une sculpture de bois qui orne le toit des grandes cases cérémonielles et incarne l’ancêtre fondateur d’un clan. A ce titre, elle est le lieu de passage entre le monde des morts et celui des vivants.
Si la flèche ne s’entend pas sans la case, la case ne s’entend pas sans l’allée. C’est par elle que passe la parole et ceux qui la porte. Ce qui est fait et dit dans la case doit en ressortir par la “bouche-allée”. Ainsi l’acte et la parole se confondent.
Outre sa fonction symbolique, la flèche faîtière possède également une fonction politique. Elle est la propriété d’un chef et marque son pouvoir sur ses sujets. Une dimension qui lui a valu d’être adoptée à l’unanimité par les indépendantistes kanak pour figurer sur leur drapeau dès 1984.
Réalisation : Frédéric Ramade

Dans la culture des Dogons, au Mali, le tissage est un acte fondamental. Tisser, c’est aussi construire la parole, l’articuler, lui donner un sens.
Dans le métier à tisser, construit à l’image de l’univers, la poulie est au centre, face au tisserand. L’action des pieds fait chanter l’axe de la poulie, c’est la Parole primordiale.
La poulie de cet épisode représente deux jumeaux, mâle et femelle, unis par la tête, être primordial. Rapportée dans la mouvance des missions de l’ethnologue Marcel Griaule, sa patine témoigne de son usage, ses courbes irrégulières du travail de l’artiste qui l’a produite, et c’est sans doute ce qui l’a rendu belle aux yeux du collectionneur danois René Rasmussen.
Réalisation : Ludovic Segarra et Philippe Truffault

Regard magnétique, fabrication énigmatique, piège à lumière : enveloppé de questions, ce crâne en cristal de roche est venu du fond des âges, et de l’ancienne capitale des Aztèques, et de l’échoppe d’un marchand d’antiquités célèbre, Eugène Boban.
Comme ses frères à la Smithsonian Institution à Washington, ou au British Museum à Londres, un de ces crânes en cristal de roche est conservé à Paris, et il est porteur de sa part de mystères, dont le moindre n’est pas le trou qui le transperce de part en part.
Quelques éléments de la biographie parisienne de cet étrange objet : donné au Musée d’ethnographie du Trocadéro en 1883; Man Ray l’y photographie en 1929; long séjour au Musée de l’homme, et on vient de l’autre bout du monde le contempler; furtive apparition en 2006 au tout nouveau musée du quai Branly; actuellement à l’abri des regards, dans les sous-sols du Louvre.
Là, il est en train de se faire scruter au microscope électronique, de se faire bombarder de particules élémentaires. Livrera-t-il ses secrets ?
Réalisation : Philippe Truffault

Un personnage d’une quinzaine de centimètre, aux yeux cernés de rouge, la tête penchée de côté, sculpté dans du jade au vert profond, nous emporte au cœur de la culture maori. Ce pendentif est désormais visible au Musée du Quai Branly.
Il s’agit d’un Hei tiki, « hei » signifiant pendentif, et le « tiki » étant une représentation humaine mythique, la figure d’un ancêtre.
Chaque pendentif porte un nom, témoigne d’une histoire, d’une personnalité. Celui qui est au centre de ce film, en étant rapporté par des navigateurs européens, a perdu la mémoire.
A travers le regard affûté d’un sculpteur, d’une historienne, de conservateurs de musée, d’une artiste contemporaine ou d’un des chefs de la tribu des Ngai Tahu, le film nous ouvre une fenêtre sur une culture complexe dont la mythologie est encore très vivante.
Réalisation : Jean-Loïc Portron

Le musée du quai Branly possède un jeu complet de figures d’ombres provenant de Chine. L’une des silhouettes représente Guan Yu, guerrier du IIIe siècle, symbole de fidélité et de rectitude morale, qui accéda au panthéon chinois en devenant le dieu de la guerre, du commerce et des sociétés secrètes.
La légende raconte qu’un prêtre taoïste se présenta un jour devant le Fils du Ciel, qui pleurait amèrement la disparition de son épouse favorite. Le prêtre promit alors à l’empereur désespéré de faire apparaître sur un écran le fantôme de celle qu’il aimait. Et c’est ainsi que le théâtre d’ombres fut inventé, en invoquant les âmes mortes, en faisant revivre ce qui avait disparu.
En 1965, la Révolution Culturelle abolit les pratiques anciennes, à coup sûr réactionnaires. Elle traque les superstitions, éradique les « vieilleries ». Les compagnies de théâtres sont dissoutes, les figures d’ombres et les recueils du répertoire brûlés, les montreurs et les musiciens humiliés…
Les anciens gardes rouges se sont aujourd’hui convertis à l’économie de marché, et le théâtre d’ombres, profondément enraciné dans la culture chinoise, a survécu.
Réalisation : Jean-Loïc Portron
musée du quai Branly
37, quai Branly
75007 – Paris
Tél : 01 56 61 70 00
mardi, mercredi et dimanche : de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi : de 11h à 21h
l'établissement public | marchés publics | conditions d'utilisation | contact | plan du site | aide | crédits