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20 abril

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Sculpture bangwa

Sculpture bangwa Maternité figurant une mère de jumeaux fin du XVIIIe-début du XIXe siècle Cameroun Bois H. 78 cm Ancienne collection Pierre Harter Acquis par dation, 1994 Musée du quai Branly Inv. 73.1994.11.1

Médecin, collectionneur, spécialiste des arts du Cameroun, Pierre Harter (1928-1991) acquit cette statue de mère de jumeaux dans une galerie parisienne en 1967. La statue fut collectée sous le règne du dixième chef (roi), Fongang. Occupant d'importantes fonctions sociales et religieuses, l'objet fut vendu après avoir été désacralisé comme le révèle l'amputation d'une partie du pied gauche. Exécutée par un grand maître qui proviendrait d'un royaume voisin, elle aurait été conservée dans le trésor royal depuis le milieu du XIXe siècle.
Les Bangwa occidentaux vivent dans le sud-ouest du Grassland, à l'ouest du plateau bamiléké. Parlant une variante des langues bamiléké, ils se sont organisés en neuf petits royaumes ou chefferies. Les Bangwa appartiennent au confluent de deux grandes aires culturelles : bamiléké de la savane à l'est et au nord, ékoï de la Cross-River à l'ouest.
Leur art présente ainsi des éléments stylistiques provenant des aires mentionnées ainsi que des éléments typiquement locaux. Toutefois leur culture est fondamentalement bamiléké. La vie sociale s'organise autour de la royauté, du roi et des sociétés secrètes. La renommée de l'art bangwa provient surtout de la statuaire dont les œuvres majeures sont les sculptures commémoratives des rois, des reines, des princesses et des serviteurs titrés, ainsi que des parents des jumeaux.
Ces productions, comme cette maternité, sont gardées par les membres de la société lefem (groupe de notables riches et puissants), qui les exhibent à l'occasion des funérailles et des cultes royaux lors d'une liturgie liée à la protection du royaume, à la fécondité ou à la fertilité de la terre, au cours des sacrifices propitiatoires annuels, pour bénir et purifier le royaume.
La sculpture figure une mère de jumeaux identifiable par les traits suivants : coiffure qui leur était réservée avec cette disposition spécifique des cheveux sur le crâne ; collier décoré de dents de panthère rejetées dans le dos, puis, secondairement, les bracelets au poignet. La position assise, la multitude de bracelets, le type de tabouret avec le décor géométrique du plateau circulaire, montre qu'il s'agit d'une anyi de haut rang, femme ou mère du roi.
La fécondité et la procréation sont parmi les sujets omniprésents dans les sociétés du Grassland. Ceci se reflète dans l'art par les fréquentes représentations de femmes enceintes et, surtout, portant un enfant. La sculpture bangwa s'est de plus inspirée des conceptions et des croyances liées aux jumeaux et à leurs parents. La naissance de jumeaux est considérée comme un événement extraordinaire où se manifeste une intervention divine bénéfique. Des sculptures sont exécutées en l'honneur des parents. Ceux-ci, arborant des parures et des insignes spéciaux, changent de noms, le père devient tanyi, la mère anyi. La mère de jumeaux est associée à l'abondance et au renouvellement des forces de la terre. Elle est initiée à la société des anyi qui danse et chante lors des funérailles et d'importantes cérémonies. Pendant les rites agraires annuels relatifs à la fécondité, la prospérité du sol et du pays, les anyi défilent portant leurs insignes spéciaux (bracelets et colliers, branche d'arbre de paix tenue à la main, corps recouvert de la poudre rouge d'acajou) bénissent et fertilisent la terre. Quant aux jumeaux, ils sont considérés comme des personnages magiques à qui l'on accorde des pouvoirs extraordinaires. La réussite de la composition, les grandes libertés prises par l'artiste avec l'allongement de certaines parties du corps et la suppression d'autres, tout en respectant les lois de la tradition plastique bangwa, l'heureuse matérialisation d'une émouvante scène de maternité, doublée d'une grande valeur symbolique et religieuse, témoignent des qualités exceptionnelles de cette sculpture. On trouve ici la main d'un maître, à l'esprit inventif, à la grande capacité d'abstraction et de synthèse, qui gardait un certain équilibre entre naturalisme et idéalisme.
Les nombreuses recherches menées par Pierre Harter pour identifier ce talentueux artiste ont malheureusement été vaines.