Changer de langue :

1 November

Patagonie

images du bout du monde

 - Click to enlarge, open in a new window

du mardi 06 mars 2012 au dimanche 13 mai 2012

  • mezzanine Est
  • billet Collections

Commissaire de l’exposition

  • Christine Barthe, responsable scientifique des collections photographiques du musée du quai Branly

Conseiller scientifique

  • Peter Mason

autour de l’exposition

Livret-jeu, catalogue, dossier pédagogique, rendez-vous au salon de lecture Jacques Kerchache

en savoir plus (autour de l’exposition Patagonie)

 

bande-annonce de l'exposition

l'exposition

Qu’évoque la Patagonie ? Un territoire du bout du monde aux contours flous, le mythe des géants patagons, des animaux fabuleux survivants de la préhistoire.
Le terme « Patagonie » prend son origine dans une construction imaginaire romanesque, que l’on peut dater du XVIe siècle. Elle a suscité depuis de nombreuses représentations visuelles et interprétations notamment dans les textes et légendes qui se sont mélangées les unes aux autres et enrichies au fil du temps.

L’exposition Patagonie, Images du bout du monde, présente cette diversité de représentations, de récits et de mythes attachés à la pointe australe du continent américain. Elle aborde ces territoires du bout du monde selon une géographie de la fiction mettant en perspective représentations imaginaires et réalité tangible. Poursuivant un fil chronologique, l’exposition propose au visiteur ce va et vient entre le réel et la fiction, à travers photographies anciennes et contemporaines, gravures et dessins sur 300 m² de la mezzanine Est du musée du quai Branly.
L’exposition invite à une déambulation visuelle et sonore, en partie chronologique, dans laquelle le visiteur se laisse porter par la magie du récit, alternant des évocations fantastiques et des retours à la réalité. Elle rassemble des oeuvres issues des collections du musée du quai Branly et de prêts provenant de collections françaises et allemandes.

parcours de l'exposition

introduction

Afin de rappeler dès le début de l’exposition l’origine littéraire du mot Patagonie, le public est accueilli par des lectures de citations extraites du roman de Primaléon (1512) ou provenant du récit du navigateur Antonio Pigafetta. Le visiteur pénètre dans l’univers fantasmagorique de l’exposition avec une série de tirages du photographe argentin Hugo Aveta sur les immenses glaciers de Patagonie.

du récit à l’image

Cette première partie de l’exposition plonge le visiteur dans un voyage à travers les représentations imaginaires de la Patagonie des XVIe et XVIIe siècles : le bout du monde où tout est possible…

  • Fictions cartographiques

Alors que les géographes s’interrogent sur l’existence d’un continent austral, la Terre de Feu apparaît comme une fin ou comme un début, le lieu des extrêmes. Les monstres fleurissent dans les blancs des cartes, participant de ce que le chercheur Frank Lestringant appelle la fiction cosmographique. « Regarder une carte est un art de l’espace : ce « voyage en esprit » permet même d’inventer la géographie réelle ».
Les images créées par les premiers illustrateurs sont réutilisées par leurs héritiers : on les retrouve dans des représentations d’auteurs et d’époques différentes, à peine modifiées.
Le cosmographe André Thevet (1516-1590) s’approprie le texte de Pigafetta sans se priver, pour plus de vraisemblance, de lui ajouter des détails de son cru.

  • Gyganstosléologie

Les géants décrits par Pigafetta connaissent une postérité certaine au long des XVIe et XVIIe siècles, étayée par la mention de géants dans la Bible. Leur existence est pourtant fermement contestée par plusieurs auteurs. Le récit de Byron en 1768 relance soudainement la popularité du géant pour un temps, avant qu’il ne soit définitivement relégué au rang de simple étrangeté anatomique, sans plus de lien avec la Patagonie.

Duplessis : Le voyage de Beauchesne en Terre de feu (1698-1701)

Entre 1698 et 1701, le capitaine de vaisseau Jacques Gouin de Beauchesne (1652-1730) conduit une expédition jusqu’au détroit de Magellan. Duplessis membre de l’équipage, rédige un journal très vivant, illustré de nombreuses aquarelles détaillant les côtes, la faune des lieux approchés, essentiellement poissons et oiseaux. Il raconte également l’épisode de rencontre avec les "Sauvages du détroit de Magellan". Il décrit de façon très précise et réaliste les échanges entre Européens et Indiens, dans un récit qui témoigne d’une réelle curiosité, sans prévention à l’égard des Indiens.

Le manuscrit de Duplessis, document rarement montré, est présenté accompagné d’un diaporama de pages de l’ouvrage.

Moins d’un siècle plus tard, Nicolas Restif de la Bretonne (1734-1806) situe l’action de sa fable utopique La découverte australe par un homme volant, ou Le dédale français en "Magapatagonie". Il y invente une Patagonie totalement imaginaire : de l’autre côté du monde, elle est décrite comme une France inversée, dont la capitale s’appelle "Sirap" ("Paris" à l’envers).

Un album de gravures de Jacques Grasset Saint-Sauveur (1757-1810), illustre ce thème accompagné d’un diaporama de gravures de l’ouvrage de Restif de la Bretonne.

toucher du doigt la réalité : explorations et relevés

Le 19e siècle voit s’étendre des explorations plus systématiques : la couverture géographique et ethnographique du monde s’étend et se précise. Le Voyage au Pôle sud et dans l'Océanie par Dumont D’Urville entre 1837 et 1840 traverse le détroit de Magellan. Comme leur homologue Duplessis, bien que de façon plus distanciée, les dessinateurs de marine vont s’efforcer de rendre fidèlement la physionomie des paysages et de leurs habitants par le dessin, puis la photographie. A la fin du siècle, la mission scientifique du cap Horn produit un enregistrement extensif de plusieurs aspects de la Terre de Feu.

A cette époque des pionniers occidentaux s’installent en Patagonie : ils établissent des frontières et tentent d’exploiter les ressources minières. A cette période, la vision des hommes de Patagonie se précise et devient plus réaliste. La Mission scientifique du cap Horn, qui s’installe longtemps en Terre de feu, établit des contacts privilégiés avec les Indiens qu’elle présente, à l’instar de Duplessis, comme des hommes et des femmes à part entière. Des photographies réalisées par la Mission scientifique du cap Horn, ainsi qu’un manuscrit scientifique sont présentés au visiteur.

Si l’histoire des contacts entre Européens et Indiens de Terre de Feu voit des moments de rencontre, elle a aussi sa face sombre. La littérature s’est emparée du personnage bien réel de Juliu Popper en l’associant au processus génocidaire qui verra les Indiens rapidement éliminés de leurs territoires.
Enfin les voyages transatlantiques ne furent pas le seul fait des Européens. C’est une toute autre gloire que celle de découvreurs qui fut réservée aux Indiens qui firent la traversée au XIXe siècle. En 1881, plusieurs Indiens Qawesqar et Yamana furent enlevés en Terre de Feu et exhibés dans plusieurs capitales européennes avant que leur état de santé n’impose leur rapatriement en Amérique du sud.

Martin Gusinde et la cérémonie du Hain

Entre 1918 et 1924, Martin Gusinde (1886-1969), prêtre et ethnologue, part en Terre de Feu. Formé à l’anthropologie au Chili, il consacre une grande partie de son temps à une étude extensive des populations qui peuplent le territoire. Il interroge, observe, photographie les Qawesqar et Yamana nomades des canaux, ainsi que les Selk’Nam de la Grande Île.

L’étude de Martin Gusinde se situe à un moment charnière, dans les débuts de l’anthropologie participante. Sa recherche, effectuée après les hécatombes de la fin 19e, témoigne d’une ethnographie de l’urgence.

Il est en outre l’un des premiers anthropologues à être initié sur son terrain, et l’un des rares à avoir pu observer la cérémonie du Hain, étudiée ensuite par l’anthropologue Anne Chapman (1922-2010). Ce rituel initiatique, qui peut se dérouler sur une année entière, est photographié par le missionnaire dans ses dernières manifestations.

Exposés pour la première fois, une quarantaine de tirages originaux sont visibles dans cette partie de l’exposition, et des photographies de Martin Gusinde sont projetées en grand format accompagnées de musique de cérémonie du Hain - rite d’initiation des jeune hommes Selk’nam - restituant l’atmosphère particulière et fantastique de ces rituels.

représentations contemporaines

A l’heure actuelle, la Patagonie et ses mythes fascinent toujours, les artistes contemporains s’emparent du territoire, qu’ils revisitent eux aussi. L’exposition propose au visiteur de découvrir le regard de trois photographes sur la Patagonie :

  • Rodrigo Gomez Rovira (Chili-1968) donne de ces paysages une vision résolument quotidienne et intime où se perçoit la poésie prégnante des lieux.
  • Faustine Ferhmin (France-1980) revisite les lieux décrits dans le mythe de la « Cité des Césars », eldorado utopique patagonien dont le mythe apparaît au début du XVIe siècle.
  • Esteban Pastorino (Argentine-1972) explore par la photographie les paysages du bout du monde, les étendues inhabitées de Terre de feu.

partenaires médias de l'exposition