Changer de langue :

23 July

Regards du cinéma estonien sur la Sibérie

du mythe identitaire à l'exploration de l'individu

vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27 novembre 2011

Les Estoniens définissent leur identité, ce qui les distingue de tous leurs voisins, comme étant avant tout linguistique. Or leur langue, qui appartient à la famille finno-ougrienne et plus largement ouralienne, est parlée non seulement par les ressortissants de trois États européens, où le hongrois, le finnois et l’estonien sont langues officielles, mais aussi par une douzaine de groupes minoritaires, la plupart d’entre eux en Russie (mais les Lives vivent en Lettonie et les Sames, en plus de la Russie, occupent des aires en Suède, en Finlande et en Norvège). Parmi ces populations linguistiquement parentes – même si cette parenté est fort éloignée ! – il y a des populations vivant dans la taïga sibérienne et dans les toundras au nord de la Russie d’Europe et de la Sibérie occidentale.

La conscience d’origines communes, fussent-elles lointaines, a attiré les cinéastes estoniens, dans les dernières décennies du XXe et dans les premières du XXIe siècle, à aller chercher leurs parents les plus éloignés et aussi les plus exotiques. Ils bénéficiaient d’un atout unique : citoyens, bien malgré eux, de l’Union soviétique, ils avaient libre accès à des contrées reculées où nul étranger ne pouvait pénétrer. C’est cette parenté que Lennart Meri (qui deviendra plus tard le premier président de l’Estonie indépendante) était allé chercher chez les Khantys de Sibérie occidentale, et qu’il exprime dans divers films, avant de se concentrer sur un rituel tout à fait particulier, la Fête de l’Ours. D’autres cinéastes, moins visionnaires, ont préféré se concentrer, dans les années 1990, sur les problèmes sociaux auxquels sont confrontés les autochtones de Sibérie occidentale : acculturation via l’instruction, oppression politique, domination étouffante des compagnies pétrolières. Les films de Mark Soosaar et de Valentin Kuik, malgré des langages cinématographiques différents, dénoncent et témoignent. Les années 2000, sans ignorer ces problèmes, double le regard politique d’une sensibilité anthropologique à l’homme et à sa culture : il n’est plus question de peuples dans leur abstraction de communauté inventée, mais de groupes voire de personnes, explorés dans leur vécu quotidien, avec leurs pensées et leurs émotions.

Manifestation organisée dans le cadre d’Estonie tonique, festival estonien à Paris et en Ile-de-France (octobre - novembre 2011), organisé et mis en œuvre :

  •  pour l’Estonie : par le ministère de la Culture, le ministère des Affaires étrangères et l’Ambassade d’Estonie en France
  •  pour la France : par le ministère de la Culture et de la Communication, le ministère des Affaires étrangères et européennes, l’Ambassade de France en Estonie et l’Institut français.

Regards du cinéma estonien sur la Sibérie est organisé en partenariat avec l’Institut national des langues et civilisations orientales.

Regards du cinéma estonien sur la Sibérie est organisé en partenariat avec l’Institut national des langues et civilisations orientales et l'Association pour le développement des études finno-ougriennes.

 

programme

tables rondes et projections en accès libre dans la limite des places disponibles

salle de cinéma

vendredi 25 novembre 2011

Les films de Lennart Meri

à partir de 17h, salle de cinéma

  • 17h00 : Présentation de Lennart Meri par son fils et collaborateur Mart Meri et Jaak Lõhmus, auteur du film Danses sur la voie lactée.
  • 18h00 : Les fils de Torum (Lennart Meri, 1990, 59 min)

Ce film est consacré à la fête de l’ours, une festivité caractéristique de la culture Khanty, en Sibérie occidentale : quand un ours est abattu, les Khantys l’honorent comme un visiteur de marque, envoyé par le Dieu suprême à son peuple. Ils organisent en son honneur une fête qui dure entre trois et cinq jours, chantent, dansent et récitent des saynettes. Lennart Meri a filmé lors de deux fêtes de l’ours dans le bassin de l’Agan.

Le chamane © Lennart Meri
  • 19h00 : Le chamane (Lennart Meri, 1997, 22 min)

Lors de ses tournages en Sibérie, Lennart Meri avait filmé entre autres des Nganassanes, un peuple minuscule du Taïmyr, l’un des plus septentrionaux du monde. Il avait utilisé des vues dans ses premiers films, montrant différents peuples finno-ougriens. Mais ce matériau était d’une richesse telle, qu’il a eu l’idée a posteriori, de consacrer un film au chamane Denmnime, qui a été filmé le 16 juillet 1977.

  • 19h45 : Danses sur la voie lactée. Images des itinéraires filmiques de Lennart Meri (60 min)

samedi 26 novembre 2011

Les films de Valentin Kuik

à partir de 14h, salle de cinéma

  • 14h30 : Le vol (Valentin Kuik, 1995, 28 min)

Le film est consacré à une réflexion sur l’instruction telle qu’elle est dispensée aux autochtones du Nord de la Russie : en se concentrant sur une famille de Khantys vivant dans la taïga dans le bassin du Pim, un affluent du cours moyen de l’Ob, le réalisateur nous montre d’une part la vie dans la nature et d’autre part comment l’institution vient chercher les enfants en hélicoptère pour les emmener à l’internat où ils passeront l’année scolaire, loin de leurs parents.

  • 15h00 : Voix (Valentin Kuik, 1996, 52 min)

 L’un des Khantys les plus célèbres est certainement Eremeï Aïpine, écrivain et homme politique. Ce film suit la campagne électorale pour la réelection à la Douma en 1995, elle permet, grâce à ses rencontres avec les électeurs, de voir en même temps ses positions et la situation de la population khantye confrontée à l’invasion de l’industrie pétrolière. L’éventualité qu’ils soient représentés au plus haut niveau fait manifestement peur, comme la fin du film nous le révèle.

Table ronde sur les films estoniens en Sibérie Occidentale

16h30, salle de cinéma

  • Anne-Victoire Charrin, professeur de russe, docteur d'Etat, spécialiste des peuples du Nord de la Russie
  • Dominique Samson, docteur, chargé de cours à l'INALCO, spécialiste des cultures khantu et mansi
  • Eva Toulouze, maître de conférences de langues et cultures finno-ougriennes à l'INALCO, organisatrice du festival "Worldfilm" de Tartu
  • Colette Piault, réalisatrice, fondatrice de la Société française d'Anthropologie visuelle
Le père, le fils et le saint Torum © Mark Soosaar

Mark Soosaar

19h, salle de cinéma

  • Le père, le fils et le saint Torum (Mark Soosaar, 1997, 90 min)

Ce film, construit comme une fiction, est l’histoire des relations conflictuelles d’un couple de vieillards vivant dans la taïga avec leurs rennes, avec leurs fils, Petja, qui est allé vivre en ville, qui travaille pour une entreprise pétrolière. Par ce prétexte, Mark Soosaar  nous présente sa vision fort pessimiste des perspectives de cette communauté sibérienne.

dimanche 27 novembre 2011

Les Khantys aujourd'hui

13h, salle de cinéma

  • L'automne sur le fleuve Ob (Janno Simm, 2004, 46 min)

Les Khantys que Janno Simm a visités vivent sur l’estuaire de l’Ob de pêche. Le film suit leur vie quotidienne, avec son rythme et son organisation du temps.

Les Nenets de la toundra

14h, salle de cinéma

  • Une brigade (Liivo Niglas, 2000, 57 min)

Liivo Niglas a vécu pendant plusieurs années entre deux et trois mois par an avec la septième brigade d’éleveurs de rennes nenets du sovkhoze du Sud de la péninsule du Yamal. Il a ainsi nomadisé avec eux. Ce film nous montre les membres de la brigade et leur vie quotidienne au moment le plus difficile de l’année, quand les rennes ont mis bas et que le troupeau se déplace presque quotidiennement en quête de nourriture avec les petits.

Le monde de Iouri Vella © Liivo Niglas

Débat : Deux figures de la littérature contemporaine en Sibérie Occidentale, Eremeï Aïpine et Iouri Vella

15h30, salle de cinéma

  • Anne-Victoire Charrin, traductrice d'Eremeï Aïpine
  • Dominique Samson, traducteur d'Eremeï Aïpine
  • Eva Toulouze, traductrice de Iouri Vella
  • Olga Kornienko, cinéaste russe de Sibérie Occidentale
  • Liivo Niglas, cinéaste et anthropologue, auteur d'un film sur Iouri Vella
  • Valentin Kuik, cinéaste et écrivain, auteur d'un film sur Eremeï Aïpine

Un intellectuel du Nord, Iouri Vella

18h, salle de cinéma

  • Le monde de Iouri Vella (Liivo Niglas, 2003, 58 min)

Le Nenets des forêts Juri Vella est une personnalité intéressante, poète, éleveur de rennes vivant dans la taïga, et en même temps militant pour les droits des autochtones face aux menaces que fait peser l’industrie pétrolière. Le film montre comment dans sa vie quotidienne, Juri Vella fait preuve d’une vision du monde profondément enracinée dans ses traditions, qui lui permet de survivre dans les défis permanents.