acquisitions 2011
En 2011, le musée du quai Branly a acquis une centaine d'oeuvres dont voici une sélection parmi les pièces majeures.
textile de prestige
- Ghana , population Ashanti
- 1930-1950
- fil de soie
- 341 x 226 cm
- 70.2011.2.2
Ce textile oyokoman est rarissime et fait partie du trésor royal au même titre que les objets de prestige. Produit en très petites quantités il était porté par le roi ashanti à l'occasion de la cérémonie Kwesi Adae : c'est un emblème de la royauté.
Les rois ashanti possédaient des tissus inédits où le nouveau motif prenait un nom devenant leur emblème : les bandes tissées en soie se lisaient d'après leurs motifs de trame qui vont jusqu'à recouvrir complètement la chaîne. Ici le motif a été identifié en 1927 par S. Rattray sous le nom d'Oyokoman : Oyokoman ogya da mu ( " il y a du feu entre les deux factions du clan Oyoko ") fait référence à la guerre civile qui sévit après la mort d'Osei Tutu, le fondateur de la confédération ashanti au début du 18è siècle.
La beauté de la composition, la fraicheur des couleurs, la qualité des motifs de trames supplémentaires et la préciositédu matériau -chaîne et trame de soie, ce qui est très rare- sont remarquables. Cette pièce est exposée sur le plateau des collections permanentes depuis août 2011.
masque cagoule de déguisement représentant un homme noir
- fabriqué à Londres
- années 1920
- textile, cheveux, pigments
- 35 x 25 x 10 cm
- 70.2011.4.1
Ce masque-cagoule exceptionnel, se présente encore dans sa boîte originale d'une entreprise spécialisée dans les accessoires et costumes de théâtre, Frank May, Son & CO. basée à Londres. Souvenir des bals nègres et objet insolite, il illustre le goût pour l'art nègre de l'entre-deux-guerres mais aussi l'histoire générale de la représentation de l'homme noir.
Cet objet figure dans l'exposition "Exhibitions. L'Invention du Sauvage" qui est présentée au musée du quai Branly du 29 novembre 2011 au 3 juin 2012.
cape du Yunnan
- Chine, province du Yunnan, population Yi (Nossou)
- début du 20e siècle
- feutre en laine de yack et de mouton, cheveux
- hauteur : 110 cm
- 70.2011.6.1
Cette cape en feutre servait de vêtement, mais aussi de couverture. Elle était utilisée par les hommes et les femmes sur leurs vêtements quotidiens. Plus ces capes étaient riches en cheveux, plus la famille montrait sa richesse. Le musée du quai Branly a acquis un ensemble de quatre capes ainsi qu’une paire de protège-pieds en cheveux des populations Yi. Des pièces de cette qualité ne sont plus fabriquées depuis les années 1940. Ces capes viennent compléter une collection importante de manuscrits, costumes, armures et objets laqués des Yi (les anciens Lolo) constituée depuis la fin du 19ème siècle.
clés à baratte
- Népal
- Fin du 19e- début du 20e siècle
- bois
- environ 20 cm de hauteur
- 70.2011.7.1 à 10
Le terme "neti" ou "ghurra" est employé au Népal pour désigner l'élément en bois sculpté servant à guider l'axe (arbre) de la baratte dans le récipient de battage du beurre. L'axe est actionné manuellement au moyen d'une lanière de cuir (enroulée sur l'axe) suivant un mouvement de va-et-vient. Tout neti ou ghurra se compose de deux parties essentielles: la partie circulaire, à l'intérieur de laquelle tourne l'axe et celle permettant d'attacher le dispositif à un point fixe. La rencontre de ces deux éléments, phallique et circulaire, est un appel à la fertilité.
Cette acquisition est constituée de deux ensembles de clés de baratte à beurre présentant des variantes de deux typologies caractéristiques : cylindrique et circulaire. Les collections du musée conservent aujourd'hui quatre barattes à beurre du Népal et six barattons, mais seulement une clé de baratte (collectée en 1968 par la mission C.Jest), objet du quotidien porteur de significations liées au substrat rituel animiste et hindouiste caractéristique de la culture des populations des vallées himalayennes.



étoffe d'écorce battue, ngatu'uli
- Iles Tonga
- 20e siècle
- mûrier à papier (Broussonetia Papyrifera), colorants naturels
- H: 2610 L: 422 cm
- 70.2011.10.1
- Don de Pierre Langlois et Jean-Michel Huguenin
Ce ngatu' uli de grande dimension, aux tons sombres (uli signifie noir), pouvait être offert lors des deuils ou des mariages. Il est caractéristique de la production, aux îles Tonga, de très grandes étoffes d’écorce, dont certaines pouvaient atteindre cent mètres de long. La longueur du ngatu, inscrite ici en chiffres romains sur la bordure, manifestait la valeur du présent offert.
Le décor central est composé de trois types de motifs géométriques se répétant de manière symétrique : Manulua (oiseaux stylisés), Lau fala (natte), Kapakau (aile). Le terme Manulua signifie deux oiseaux, représentés graphiquement par deux paires de triangles noirs et beiges. Ce motif fait partie du vocabulaire iconographique le plus ancien de Polynésie, hérité des cultures archéologiques Lapita. Symboliquement, il évoque la mêlée de deux lignées de chefs.
Cette œuvre vient enrichir une importante collection d’étoffe d’écorce des îles Tonga, mais dont aucune pièce n’atteignait une telle longueur (vingt six mètres).
crochet samban au personnage féminin
- Papouasie Nouvelle-Guinée, province du Sepik de l’est, région du moyen Sepik
- population et groupe linguistique Iatmul
- fin du 19e siècle
- bois, pigments, surmodelage, coquillages, cheveux
- Hauteur 126 cm
- 70.2011.15.1
- anciennes collections : Überseemuseum de Brême ; A. Speyer, Berlin ; Ralph Nash et Vander Schyff, Londres, musée Barbier-Mueller, Genève
Les collections du musée du quai Branly possèdent des séries importantes de crochets du Moyen Sepik. L’exceptionnel crochet de la collection Barbier-Mueller vient parfaitement compléter cette série. Par sa taille, par la qualité de sa sculpture, par les matériaux dont il est constitué, il est un exemple majeur de la stylistique de l’art iatmul, En acquérant cet objet rare, le musée serait en mesure de montrer tous les aspects de la stylistique iatmul allant du visage peint au visage surmodelé, soulignant la complexité des concepts iatmul liés à l’imaginaire de la constitution du corp
pendentif zoomorphe
- Burkina Faso
- population Gan
- alliage cuivreux
- 18,4 x 5 cm
- 70.2011.19.1
- Don de la Galerie Maine-Durieu
Implantés au sud-ouest du Burkina Faso dans la première moitié du 16e siècle, les Gan sont voisins des Lobi et Dorossié. Apparentés au groupe akan, ils seraient arrivés du Ghana et auraient employé les lorhon, castes de forgerons itinérants connus pour leur habileté à extraire et exploiter le métal.
Parmi leurs productions, on trouve ce pendentif en forme de serpent mythique, torfan. L'image du torfan est utilisée dans le cadre de pratiques divinatoires ou de protection. parfois il se combine avec l'image du crocodile ou de la tortue.
Les bijoux (pendentifs, bracelets, torques) occupaient une place majeure au sein des productions des forgerons gan et étaient réservés aux familles royales et aux notables.
pagne kuba
- République démocratique du Congo
- population Kuba / Shoowa
- 1920-1950
- raphia, pigments
- 55,5 x 78 cm
- 70.2011.22.14
- Don de Jean-Matthieu Matisse et Ann-Maxence Vérel-Matisse
- Ancienne collection Henri Matisse (1930/1954) et Jean Matisse
Ce pagne-monnaie fait partie d’une acquisition de vingt et un textiles de même provenance ayant appartenu à l’artiste Henri Matisse.
Tissés et brodés par les femmes de l’entourage royal, les pagnes ntshak des Kuba (Républiqudémocratique du Congo actuelle) présentent toujours des motifs géométriques. Les dessins, obtenus par la technique de l’appliqué ou avec un effet « velours », dans des tons brun, jaune ou noir, sont imbriqués les uns dans les autres formant des variantes à l’infini, ce qui caractérise l’art kuba marqué par une sorte « d’horreur du vide ».
Portés autour des reins, utilisés comme linceul ou objets d’échanges interrégionaux, les pagnes kuba ont séduit certains artistes européens du début du 20e siècle parmi lesquels Henri Matisse ou Paul Klee.
figure du théâtre d'ombres Karagöz : quatre hommes tirés par les cheveux
- Turquie
- fin du 19e siècle
- cuir de chameau découpé et teinté
- 70.2011.23.11
Le théâtre d’ombres aurait été introduit en Turquie au 16e siècle par des artistes égyptiens. Son répertoire s’est alors enrichi de nouveaux personnages. Le plus célèbre est Karagöz, ancêtre de polichinelle, qui laissa son nom au théâtre d’ombres turc. Cet art devint populaire dans un Orient sous domination ottomane. Tombé en désuétude au début du 20e siècle, cet art a aujourd’hui quasiment disparu.
Ces figures ont été confectionnées dans de la peau, sans doute de chameau frottée, polie et rehaussée de couleurs. Certaines ont les jambes et la taille articulées. D’autres sont percées dans la partie supérieure d’un orifice dans lequel était placée la tige qui permettait au marionnettiste de les animer.
Touchantes par leur facture naïve, ces figures reproduisent dans leurs moindres détails les différents éléments du costume traditionnel : turban, seroual, gilet. Les personnages représentés dans cet ensemble de quatorze figures sont parmi les principaux du théâtre d’ombres traditionnel turc : Karagöz – analphabète, gaffeur, astucieux – Hacivat son compère très érudit, Çelebi – le jeune dandy –, le marchand juif.
sculpture rituelle
- Indonésie, île Tanimbar
- fin du 19e siècle – début du 20e siècle
- bois, rotin, coquillage
- 37 x 9 cm
- 70.2011.31.1
- Acquis grâce au soutien d'Antoine Zacharias, Grand Bienfaiteur de la société des Amis du musée du quai Branly
Cette sculpture représente un personnage assis, genoux et coudes pliés. Le regard est donné par deux rondelles de coquillage.
Sur l'île Tanimbar, la plupart des sculptures rituelles accueillent les esprits des ancêtres lors de certaines manifestations. Elles forment parfois un couple. Elles peuvent être placées à l'entrée des villages ou encore dans les maisons. La cérémonie durant laquelle les statues étaient utilisées est liée au processus vital de régénération. Vie et mort sont intimement liées pour générer de la vie.
Les sculptures des archipels de Kei-Tanimbar sont rares. Ce personnage intact est un témoignage précieux de la sculpture de ces îles de l'extrême Est de l'Indonésie.
casque et masque de protection de Samouraï
- Japon
- 18e siècle, période Edo
- métal laqué, bois, lacets de soie, lin
- 46 x 45 x 31 cm et 22 x 19 x 17 cm
- 70.2011.32.1 et 70.2011.32.2
- Don d'Ann et Jean-Gabriel Barbier-Mueller
Dans le cadre de l’exposition « Samouraï, armure du guerrier » présentée du 8 novembre 2011 au 29 janvier 2012, le musée du quai Branly a reçu en don différents éléments d’armure de Samouraï.
Les armures des anciens guerriers japonais, en particulier les casques en métal laqué, aux ornements et cimiers souvent inspirés par la nature, avaient pour autres fonctions de signaler le statut du guerrier, de différencier chaque samouraï dans le chaos des combats, mais aussi d’effrayer l’ennemi sur le champ de bataille.
La période Edo (ancien nom de la ville de Tokyo) est divisée en 3 sous-périodes : Début Edo (1603 – 1700), Milieu Edo (1700 – 1800) et Fin Edo (1800 – 1868). Durant cette époque de paix relative, l'histoire des samouraï se poursuit, avec une succession de progrès et d'évolutions culturelles visibles dans le développement des armures. Le net recul de la guerre permet l'éclosion de formes d'art plus élevées, les artisans rivalisant de qualité d'exécution, d'imagination et de beauté à l'occasion des processions bisannuelles accomplies par les principaux seigneurs samouraï depuis leur domaine jusqu'à Edo.




















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